Mi ^o F ^ %^^^^^^ ^ ^^ illllï?'-%, ^ \ '->. NATIONAL MUSEUM LIBRARY OF Henry Guernsey Hubbard AND Eugène Amandus Schwarz «^ DONATED IN 1902 ACCESSION NO. n ri-U 7<5^ îî: ■V/ V i ^ .^^ %. >^ ^^r /> '^^^' >>< /^e v- ^ 'M t^. i^---^ ..%:" y^^ ^'^''-^ ^ \ J^ '*^, .<>' _- -"o. .V ' t), >^ 1:11! \ / .. ::tirifijir ./ ''''t> "o ^■' ■^V^^r"Hi,H,..i' ,o?-^ "O Vi >^ .:^^ .O^ !H|t ^^> TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE D'ENTOMOLOGIE Le TraiÉc (reutoiuol»»io , tome II, comprendra les Orthoptères, Névro- PTÈRES, Hyménoptères, Lépidoptères, Hémiptères, Diptères, et les ordre* SATELLITES. OUVRAGES DU MÊME AUTEUR. Pérou, naturaliste voyaspur aux terres au<4trale»«, ouvrage couronné par la Société d'émulation de l'Allier et publié sous ses auspices. Paris, 1857. l%oticcs cntoniologi!>. .\uuvc!lle!>i .^otiee.x entomol«»gi<|ue<^ , 1'^ et 2« série. Paris, 1859, 1860, 1869. (Extraits des Annales de la Société eiitomo- logùjue de France.) Les Auxiliaires du Ver à soie. Paris, 1864. lies Insectes utiles et nuisibles à l'Exposition universelle. Paris, 1867. lHsectolo$;ic agricole (Direction de 1'), 3^ année. Paris, 1869. iUcmoires et Motes au Bulletin de la Société zoologique d'' acclimatation. lOtudes sur Ba plialeur Hlirc «ié;;agée par les aniiiiaii\ invertcbréii, et spécialement par les Insectes. Thèse pour le doctorat es sciences. Paris, 1869. lies Métamorphoses «tes Insectes, o^ édition. Paris, 1870. Ikauls. — iMPHiumui; on li. maiitinkt, nuE Ul(i^o^J 2. -763 V / LES INSECTES TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE D'ENTOMOLOGIE c COMPRENANT L'HISTOIRE DES ESPÈCES UTILES ET DE LEURS PRODUITS DES ESPÈCES NUISIBLES ET DES MOYENS DE LES DÉTRUIRE L'ÉTUDE DES MÉTAMORPHOSES ET DES MŒURS LES PROCÉDÉS DE CHASSE ET DE CONSERVATION / MAURICE GIRARD Docteur es sciences naturelles Professeur «le sciences physiques et naturelles au Collège muninipal Holl Ancien président de la Société Eiitomologiquo de France Membre du Conseil de la Société zoologique d'acclimatation, etc. .% V C e p I n >i c b 4> s c o ! o r i o o s INTRODUCTION - COLEOPTERES PARIS LIBRAIRIE .L-Iî. BAILLIERE et FILS ^ lUIE IIAUTEFEUII.I.:., 1'.), VWVA DU BOUI.EVAKD SAINT-GGnM AIN \ 8 7 .", Tou^ dioits réservé» AVERTISSEMENT DE L'AUTEUR Il existe en France deux espèces de livres consacrés à l'Ento- mologie ou science des Insectes en général. Les uns sont uniquement destinés aux études théoriques. Ce sont, pour la plupart, des ouvrages très-étendus, formant de nombreux volumes, s'occupant d'une manière minutieuse des caractères descriptifs. Ils sont consultés, bien plutôt (|u'on ne les lit, par les amateurs de collections. Dans tous ces traités, les plus élémentaires comme les plus développés, les mœurs, la distribution géographique, l'utilité ou les méfaits des Insectes, sont à peine indiqués en quelques mots. D'autre part, certains livres, bien plus souvent des mémoires insérés dans des revues périodiques, des journaux agricoles, font connaître les Insectes utiles, et plus fréquemment, c'est une triste nécessité, les dévastations parfois terribles causées par de trop nombreuses espèces de cette classe, la plus mul- tipliée du Règne animal. Ces travaux sont souvent confus, et même peu exacts au point de vue des déterminations scien- tifiques. Les Insectes y sont passés en revue sans ordre mé- thodique, suivant qu'ils nuisent, par exemple, à un végétal déterminé; dans les travaux de ce genre faits par les enlomo- VI AVEilTISSEMlNT DV. r,'AllTEI"n. logistes les plus distingués, on suppose toujours que le lecteur connaît les principes généraux de l'Entomologie et la classifica- tion. A cet ordre d'ouvrages appartiennent, parmi les ouvrages français : /es hisectes nuisibles de MM. Goureau, Géliin, etc., les mémoires de M. E. Perris sur les Insectes du Pin maritime, la Zoologie agricole de M. E. Blanchard, V Essai sur r Entomo- logie horticole de M. Boisduval, etc. J'ai cherché à réunir dans un ouvrage unique les avantages de ces deux systèmes d'étude si distincts. La classification naturelle forme la partie fondamentale du Traité d'E]nto7nologie. J'ai soin, à mesure que les principaux genrr^s se présentent à leur place méthodique, d'insister avec détail sur toutes les applications. Les Insectes utiles sont le sujet d'un développement étendu. Les espèces les plus nuisibles sont suivies dans leurs mœurs, de manière à en déduire les seuls procédés rationnels et effi- caces de destruction. J'ai fait connaître tous les moyens de ce genre essayés ou proposés, car c'est ce qui intéresse surtout l'agriculteur et l'horticulteur, et, souvent aussi, les industriels et les ingénieurs, pour la conservation, soit des matières pre- mières, soit des produits manufacturés. En outre les espèces curieuses au point de vue de la biologie, de l'anatomie, de l'habitat, etc., figurent dans l'ouvrage, et j'ai eu soin de réunir les meilleures descriptions des métamorphoses dans tous les ordres. Ce Trait (' d'Entimiologic, conservant la fornic didactique, peut être utile aux jeimes gens qui désirent connnencer le clas- sement d'une collection, relative à l'ordre des Insectes objet de leurs préférences. Les espèces ])rincipales des environs de Paris sont citées et caractérisées en peu de mots, de f;\çon cependant à permettre de les reconnaître et de les nommer. AVIilîTISSEMKNr l)i: L AUTELli. VII Une inlruduclion à l'Entomologie est placée au début. Elle est beaucoup plus abrégée que les excellents ouvrages sur cet objet publiés par MM. Kirby et Spence, par M. Westwood et par Th. Lacordaire; mais elle ne suppose absolument chez le lecteur que les connaissances générales et très-élémentaires d'histoire naturelle résultant de l'enseignement secondaire. Elle se trouve ainsi à la portée des gens du monde, tandis que les ouvrages dont nous venons de parler, s'étendant sur de nom- breux détails, exigent que l'on coimaisse passablement l'Ento- mologie pour les comprendre, et perdent ainsi le caractère véritable d'une introduction. J'ai eu soin d'y joindre une indication complète de la chasse et de la récolte des différents ordres d'hisectes, et d'exposer comment on doit disposer méthodiquement les collections, ainsi que les moyens de conservation conlbrmes aux données les plus récentes de la science pratique. La plus grande partie des planches de l'ouvrage proviennent de X Iconographie du Règne animal de G. Guvier publiée par M. Guérin- Méneville. Elles ont été retouchées en certaines parties pour quelques sujets défectueux. Des Insectes non retrouvés dans les catalogues les plus récents ont été remplacés par des espèces bien authentiques. Les détails anatomiques et le coloriage ont été revus sur nature. Enfin des planches nouvelles ont été ajoutées, soit pour l'anatomie, soit pour les figures d'Insectes récemment décou- verts et curieux, inconnus à l'époque où a paru la publication du savant entomologiste, notamment pour les espèces caver- nicoles. Des citations très-nombreuses renvoient le lecteur qui désire des notions plus approfondies aux livres et aux mémoires originaux les plus modernes, principalement ceux des auteurs français. VIII AVEiniSSEMtNT DE L'aUTEUU. L'ouvrage se terminera, outre la tal)le méthodique, par une labîe spéciale comprenant les espèces utiles, domestiques ou industrielles, et l'indication des genres où se rencontrent des espèces nuisibles, soit au bois et aux matières diverses, soit aux cultures agricoles, forestières et de jardin, sous ces rubriques distinctes, de sorte que le lecteur puisse trouver immédiatement les sujets qui l'intéressent d'une façon spéciale. Mauuice GIRARD. Décembre, 1872. TRAITÉ D'ENTOMOLOGIE INTRODUCTION § I. — Uéliiiition. Au début de l'étude de chaque ordre de uos connaissances scienti- fiques, alors que les objets à comparer sont encore peu nombreux, l'esprit humain est porté à réunir à côté les uns des autres des faits ou des èlres qui s'éloigneront ensuite de plus en plus. A mesure, en ell'et, que de nouvellesnotions s'ajoutent aux anciennes, des diflerences appa- raissent, de petites variations qu'on croyait secondaires, peu importan- tes, seulement spécifiques ou génériques, prennent une plus grande valeur. La précision s'établit peu ta peu, des noms nouveaux sont créés pour répondre à des idées nouvelles, et les noms anciens reçoivent une acception plus spéciale et plus restreinte. C'est ainsi que le mot Insrcte, qui signifie, à proprement parler, animal dont le corps est formé de segments {corpus inlersectu7n), comprenait pour Mnnicus, dans sa signi- fication générale, le grand embranchement actuel des Entomozoaires, avec des limites nécessairement moins exactes qu'aujourd'hui. Selon l'ingénieuse et philosophique conception de Dugès, on peut se représen- ter leur type abstrait par une série d'animaux identiques soudés en ligne droite, chacun formant un anneau ou zoonite, cliacun possédant les organes des fonctions végétatives et animales. On voit les représen- tants très-inférieurs du type, comme les Ttcnias, obéir à cette formule théorique avec une assez grande approximation. Puis l'analogie des segments s'eil'ace peu à peu, chacun tend de plus en plus à exécuter un travail physiologique distinct, et c'est dans la classe des Insectes, telle que les naturalistes l'admettent aujourd'hui, que les caractères diftérentiels des Zoonites sont les plus tranchés, surtout chez les êtres adultes. L'embranchement des Lntomozoaires, eu cIVct, appartient à l'un GIK.\KD. 1 I INTRODUCTION . des types élevés de la création animale, et c'est l'adulte qui ofl're les caractères de la plus haute valeur. Il est bien rare, en effet, qu'on observe ces développements rétrogrades fréquents dans les types infé- rieurs. Nous devons définir avant tout, avec toute la précision possible, les Kntomozoaires, auxquels est actuellement réservé le nom d'Insectes, et dont l'étude sommaire, plus spécialement affectée aux espèces utiles et nuisibles, constitue l'objet de cet ouvrage. Nous avons à peine besoin de faire remarquer que certains individus du groupe peuvent ne pas offrir la totalité des caractères de la défini- tion : jamais la nature ne se prête complètement à ces cadres distincts et tranchés, dans lesquels il nous semblerait si commode de les voir rentrer exactement; toujours, comme pour défier notre impuis- sance, des faits, des êtres, échappent aux formules rigoureuses et nous montrent que nous ne connaîtrons jamais qu'approximalivement les grandes lois dont le Créateur s'est réservé le secret. Les caractères extérieurs qui sont immédiatement visibles chez les Insectes sont l'existence de trois paires de membres de locomotion terrestre pour les adultes. Dans cette seule classe des Entomozoaires apparaissent souvent des ailes, ou appendices de locomotion aérienne, toujours fixées à la partie dorsale de certains segments et au nom- bre de deux paires diversement modifiées. Les anneaux se groupent autour de trois centres de coalescence et le corps se partage, toujours chez les adultes, en trois régions : la tète, le thorax, l'abdomen. Ces premiers caractères, les plus apparents, ne sont pas les plus généraux par leur constance. V.n certain nombre d'Insectes manqueiit . d'ailes : ce sont les ordres inférieurs de la classe et parfois les femelles de certaines espèces des types supérieurs. Dans les derniers ordres, les Parasites et les Thysanoures, la dislinclioa des trois régions du corps tend à s'effacer, l'abdomen prédomine et semble amoindrir l'importance des deux autres régions, régions privilégiées auxquelles appartiennent les sens supérieurs, la vue et l'ouïe. Enfin certaines espèces de Thysa- noures ofi'rent des appendices locomoleurs à l'extrémité de l'abdomen, et d'autres ont des vestiges de pattes abdominales. Un examen plus attentif conduit l'observateur à reconnaître d'autres caractères. Les pièces buccales ou appendices préhenseurs et diviseurs des aliments restent complètement distinctes des membres locomoteurs, tandis que dans le type Gnathopodaire, composé, selon M. Milne Edwards, des Myriapodes, des Arachnides, des Crustacés, certains de ces derniers appendices, raccourcis ou déformés, servent, sous le nom de pattes- mâchoires, soit à muinlenir les aliments contre les véritables pièces buc- cales, soit à saisir la proie : ainsi les pinces des Écrevisses et des Scor- pions. Nous devons remarquer que che/ cerlains Insectes, les Mantes, les Mantispes, les membres locomoteurs auléiieurs, dits alors pattes ravisseuses, ont été modifiés dans un but analogue. Chez les Insectes, à part un partage exceptionnel entre deux régions du corps chez les mâles DÉFINITION. 3i des l.ibelliiles, les organes de la génération ont toujours leur orifi(;e de sortie dans le voisinage immédiat de l'extrémité anale du tube digestif. 11 faut dire à ce sujet que certains Myriapodes, les Soolopendrides, par- tagent ce caractère avec les Insectes. I/anatomie intérieure nous fournit un caractère qui est, jusqu'à présent, sans exception ni extension. Dans les (Jnatiiopodaires le sang s'épanche entre les viscères dans des régions plus ou moins étendues du corps; mais toujours cependant, dans une portion variable de son cours, il est contenu dans des tubes ou \ aisseaux clos. Chez les Insectes la circulation est partout essentiellement lacunaii'e, à l'exception peut- être d'un rudiment d'aorte à la partie antérieure après les cœurs sériés ou organes de l'impulsion du sang. Eniin, comme le remarque M. Milne Ed^vards, le travail embryogénique paraît différer dans les types Insecte et Gnathopodaire. Chez l'insecte tous les zoonites se forment simulta- nément, ainsi que les articles des membres, tandis que chez les Gna- thopodaires, le développement des zoonites tend à s'effectuer successi- vement d'avant en arrière, et le nombre des appendices peut augmenter des premiers états de l'embryon à l'âge adulte. Tous les autres caractères que donnent diflerents auteurs sont loin d'avoir l'importance distinctive des précédents et ne doivent pas figu- rer dans la définition ou caractéristique de l'Insecte. Ainsi l'absence de squelette intérieur, la forme et la position du système nerveux, consti- tué par des ganglions cérébroïdes, un collier circa-œsophagien et une double chaîne abdominale sous le tube digestif, appartient à l'immense majorité, sinon à la totalité des Entomozoaires. Le sang incolore et dépourvu de corpuscules discoïdes est propre à tous les Arthropodaires ou animaux Entomozoaires à appendices articulés ; certaines Annélides seulement, ainsi les Lombrics, les Arénicoles, ont un sang coloré. Les prolongements céphaliques nommés antennes existent, non-seulement chez les Insectes, mais chez les Myriapodes et les Crustacés, avec dédoublement môme dans les représentants supérieurs de cette classe. On ne peut les méconnaître dans les Arachnides, d'après l'origine des nerfs qui s'y rendent; seulement la fonction a changé et elles devien- nent les chéîicèrcs avec glandes \énénitiques. La respiration trachéenne, par des tubes où l'air va chercher le sang et l'hémaloser sur place dans toutes les parties du corps, se rencontre chez les Myriapodes et chez une partie des Arachnides, et même chez les Arachnides dites pulmonaires, la respiration s'effectue encore par des trachées, modifiées et localisées. L'existence d'yeux composés, à cornées multiples, se remarque non- seulement chez les Insectes, mais aussi chez beaucoup de Crustacés. La séparation des sexes sur deux individus différents, les femelles ovi- pares et parfois ovovivipares, sont le cas normal de presque tous les Entomozoaires, où l'hermaphrodisme, c est-à-dire la réunion des organes mâles et femelles sur le même individu ne se manifeste que très-ra- rement dans les types les plus dégradés des Vers. !x INTRODUCTION. On a souvent donné conamc formant un attribut essentiel des insectes l'existence des métamorphoses. D'une manière absolue, tous les animaux, ne passant de l'état embryonnaire à l'état adulte que par une évolution successive de leurs organes, offrent des changements variés de forme ; mais on restreint le nom de métamorphoses à celles de ces modifica- tions qui affectent les animaux lorsqu'ils sont déjà sortis des enveloppes de l'œuf. Elles consistent enmiies ou successions différentes de l'enve- loppe cutanée, en suppression ou addition d'appendices et même de zoonites. Les anciennes classitications des Insectes montrent toute l'im- portance qu'on a longtemps attaché aux métamorphoses. Certains au- teurs ont même retranché des Insectes les Parasites et les Thysanoures à métamorphoses nulles ou incertaines. Puis on divisait les Insectes en Insectes à métamorphoses complètes, avec une période d'immobilité et déjeune, et Insectes à métamorphoses incomplètes, toujours agiles et prenant de la nourriture. Les progrès effectués dans la science ento- mologique ont singulièrement diminué l'importance de ce caractère. On a reconnu dans certains insectes de véritables hypermétamorphoses ou changements supplémentaires; ainsi chez les Éphémères, chez les Méloïdes, qui cependant n'étaient accompagnées d'aucune modification réelle du type fondamental, on a vu apparaître les métamorphoses dans des classes qu'on en croyait dépourvues : ainsi chez les Myriapodes, chez beaucoup d'Arachnides, chez les t'.rustacés de types divers, même les plus élevés, comme les Langoustes. Si les métamorphoses ne doivent pas figurer dans la définition des Insectes, elles constituent toutefois un phénomène très-important; et nous aurons continuellement à comparer ces êtres sous divers étals au point de vue anatomique et physiologique. [1 est donc nécessaire, sans entrer dans aucun des détails qui trouve- ront leur place naturelle dans l'étude de chaque groupe d'Insectes, et seulement pour fixer le sens des mots, d'étabhr la notion des diverses phases qu'on observe dans l'accroissement de ces êtres. Au sortir de l'œuf, les Insectes sont appelées larves, et sont alors toujours dépour- vues d'ailes, même à l'état rudimentaire. Le nom plus spécial de che- nilles est donné aux larves des Papillons, et, parfois, à tort aux larves de certains Hyménoptères, plus exactement nommées fausses chenilles. Cette première période est celle de l'accroissement, avec une série de mues ou de changements de peau en nombre variable. Chez les Insectes à métamorphoses complètes le nom de larve est excellent, car le mot larva, masque, convient parfaitement à un état où se dissimule tout à fait la forme de l'adulte : ainsi les Abeilles, les Papillons. Il convient beau- coup moins aux autres, comme les Sauterelles, les Criquets, les Punai- ses, où la larve ressemble à l'adulte. Dans le second état l'insecte est appelé du nom général de nymphe^ et des rudiments d'ailes, plus ou loins apparents, existent. Ce nom est plus spécialement réservé aux 'ohes agiles et prenant de la nourriture, et à celles immobiles et DÉFINITION. 5 sans nourriture, mais où les parties bien visibles de l'adulte sont enve- loppées d'une simple membrane : ainsi chez les Coléoptères. On appelle chrysalides les nymphes des Papillons, à peau plus consistante, laissant les parties moins distinctes : ce nom, ou celui d'aurélic, vient des taches dorées ou argentées et dues à de l'air intercalé qu'oft'renl alors quelques espèces. On a quelquefois désigné par le mot fi'oe ces mêmes états quand l'aspect est brun et terne. Les pupes sont ces nymphes d'un nombre considérable de Diptères, où les parties sont cachées s^jus une peau opaque qui est celle de la larve épaissie, blntin vient l'état adulte ou parfait, dans lequel l'insecte est apte à la reproduction, et pour le- quel il serait à désirer qu'on eût adopté le nom d'image [imago dt\ Lin- nœus), signifiant que l'animal, dégagé des enveloppes qui masquaient sou type, offre la véritable représentation de son espèce. Ce qui montre avec quelle prudence les métamorphoses doivent entrer dans la carac- téristique des ordres des Insectes, c'est que les Insectes inférieurs, sans métamorphoses, sauf peut-être des mues, doivent se regarder comme des larves avec organes générateurs, et que , dans des ordres à méta- morphoses, tels que les Orthoptères et les Hémiptères, certains genres, par arrêt dans le nombre des mues, demeurent toujours ou à l'état de larve ou à celui de nymphe, avec un développement exceptionnel de l'appareil génital, permettant la reproduction de l'espèce. Bien que la classification des Insectes doive terminer cette introduc- tion, il est cependant indispensable, pour éviter toute obscurité aux lecteurs étrangers à l'entomologie, d'établir en quelques mots les prin- cipaux ordres des Insectes. Sans cela de continuelles confusions nui- raient à l'étude générale des fonctions. Les Coléoptères sont essen- tiellement caractérisés par l'existence de deux paires d'ailes, dont les supérieures dures et coriaces servent d'étuis ou d'éliitn-s au\ inférieures membraneuses : tels sont les Carabes, les Cétoines, les Hannetons, les Coccinelles, etc. Les Orthoptères, également à quatre ailes, ont les étuis supérieurs bien moins complets, moins résistants, constituant des pseu- délytres ; ainsi les Forflcules ou Perce-Oreilles, les Grillons, les Mantes, les Sauterelles, les Criquets, etc. Les Xévroptères ont les quatre ailes membraneuses : par exemple, les Libellules ou Demoiselles, les Ilémé- robes, les Phryganes, etc. Dans ces trois premiers ordres, les adultes et les larves sont broyeurs, c'est-à-dire coupent et mâchent avec leurs pièces buccales des aliments plus ou moins solides. Viennent ensuite des Insectes lécheurs ou suceurs, du moins à l'état adulte, se nourissant de substances visqueuses ou limpides. On y distingue les Hyménoptères à quatre ailes membraneuses et nues, comme les Abeilles, les Bour- dons, les Guêpes, les Fourmis, les Ichneumons, etc.; les Lépidoptères à quatre ailes membraneuses, mais couvertes de petites écailles, ressem- blant à une farine colorée : ce sont les Papillons de jour et de nuit ; les Hémiptères, tantôt à ailes supérieures ou héméh/tres à demi coriaces du côté de la base, comme les Punaises des bois cl des cauv, laiihM à quatre INTRODUCTION. ailes membraneuses, comme les Cigales; les Diptères n'ofl'rant, à la première apparence, que deux ailes membraneuses : ainsi les Cousins, les Tipules, les Taons et l'immense légion des Mouches. Enfin, en négligeant des groupes trôs-secondaires, nous réunirons provisoirement sous le nom d'Aptères ces Insectes dégradés, totalement privés d'ailes, ou ne gardant que d'inutiles vestiges, comme les Poux et les Puces. § 11. — Fitiicle anntoaiili|uo i^t pliy^^iologique «Ion fonoUoiif*. On sait que les tissus élémentaires des animaux constituent par leur assemblage les divers organes, et qu'on donne le nom de fonctions auv rôles accomplis par ces organes dans l'évolution vitale. En vertu de la dis- tinction la plus nette que l'esprit puisse concevoir entre les animaux et les végétaux, on partage les fonctions en deux grandes classes, végétatives et animales. Les premières, communes aux deux règnes, sont les grandes fonctions de nutrition^ conservant la vie de l'individu, et de généndion, assurant celle de l'espèce. Les secondes, plus élevées, spéciales aux ani- maux doués du mouvement volontaire et de la sensibilité, sont celles de locomotion et de relation, mettant l'être vivant en rapport avec le monde extérieur. I. — Fonctions végétatives. Les fonctions végétatives comprennent la nutrition et la reproduction. Nutrition. La fonction générale de nutrition comprend plusieurs appareils dis- tincts qui sont ceux de la digestion, de la circulation, de la respiration, et des sécrétions. Digestion. On désigne par ce nom l'acte au moyen duquel les matières alimen- taires, introduites dans l'intérieur du C(jrps de l'animal, sont modifiées de manière à se subdiviser en deux parties, les matières assimilables destinées, après absorption, à entretenir ou à nourrir les divers tissus, à fournir des produits spéciaux dans les glandes, et les excréments qui doivent être rejetés au dehors comme inutiles. Cette fonction s'accomplit dans un tiibi^. à parois closes, muni de ren- flements divers, et où sont versés certains liquides, soit par des glandes annexes, soit par des follicules disposés dans le tissu du tube et s'ou- vrant dans son intérieur. Chez les Insectes et chez l'immense majorité des Entitmozoaires, les orifices d'entrée et de sortie des aliments sont aux extrémités opposées du C()r[)s; c'est un (■.iraclèrc de supériorité, ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — DICKSTION. •S car on voU l'anus chez les Mollusques se rapprocher de la bouche; chez les Polypes vrais, un seul orifice existe pour Icnirée et la sortie des matières, et enfin, chez les Spongiaires, tout canal digestif propre disparaît. Le tube digestif des Insectes, de même que chez tous les Arlliropo- daires, ofï're dans sa paroi trois tuniques. A l'intérieur est une mem- brane muqueuse revêtue extérieurement dune couche musculaire, à deux ordres de fibres, circulaires et longitudinales, de puissance frés- variable selon la région du tube. Enfin le tout est revêtu à l'extérieur d'une Irés-mince tunique péritonéale ou séreuse. Chez certains In- sectes, la tunique interne de la portion postérieure du lube intestinal se sépare et se dégage lors des mues; ainsi chez le Ver à soie. Cet ap- pareil digestif est situé dans la région médiane du coi'ps, entre le sys- tème nerveux et celui des cœurs sériés ou vaisseau dorsal, soutenu par des amas graisseux, parfois par des brides membraneuses et par de nombreux vaisseaux trachéens, dépendant de l'appareil respiratoire et se ramifiant dans les parois. 11 est fort difficile de décrire d'une manière générale l'appareil diges- tif des Insectes à cause de ses modifications continuelles dans les dillé- rents ordres ; elles nous obligeront à y revenir lors des considéralioas générales propres à chacun d'eux. Par une loi qui semble appartenir à tout le règne animal, la variation fréquente parait être la formule de cet appareil, et c'est pour cette raison qu'il ne donne aucun caractère important aux naturalistes classificateurs, à l'opposé des appareils de la circulation et de la respiration beaucoup plus fixes pour chaque type dans leurs détails. Après les pièces buccales, dont l'étude si importante chez les Insectes se rattache à celle du squelette externe et de ses appendices, vieiil l'orifice buccal présentant chez certains Insectes au fond de sa caxité une sorte de pharynx, sans la complication nécessitée chez h'a Verté- brés aériens par le voisinage de l'orifice de l'appareil respiratoire. Ce sont des lobes plus ou moins corm-s et poilus : l'un à la face supérieure de la chambre buccale, Vépiplutrynx, se voit chez beaucoup de (Coléo- ptères et à l'étal riidimentaire chez les Orthoptères et les Névroptèrrs; l'autre lobe intrabuccal, plus ou moins bifide, Vhypopharynx, ou plan- cher de la bouche, très-développé chez certains Coléoptères, rudimen- taire chez d'autres, se montre développé chez les tirthoptères, les Libellules et d'autres Névroptères. A la suite de ce pharynx, qui n'existe pas chez les Insectes lécheurs et suceurs, se présente Vœsophayc, tube de longueur varialiU;, se prolon- geant habituellement jusqu'à l'origine de l'abdomen, surtout quand celui-ci est pédoncule. Il olTre à sa suite di\ers renllements dont les noms ont été empruntés à l'analomie des Oiseaux (iallinacés. Comme certains d'entre eux peuvent manquer, nous devons choisir pour exenqde un Insecte à appareil digestif plus complet; ainsi, dans les 8 INTRODUCTION. Orthoptères, la grande Sauterelle \evle {Locustaviridissima) ou l'Épliip- pigère des vignes {Ephippigera vitium). L'œsophage se renfle graduelle- ment en un premier réservoir nommé jabot, auquel succède un gésier ou estomac triturant et masticateur, à fortes parois musculaires, avec pièces cornées internes sur plusieurs séries longitudinales; puis vient un renflement, qui ne manque jamais dans la classe des Insectes, le ventricule succenturié ou jabot succenturié de Straus-Durckheim (1), ven- tricule chylifique de F^éon Dufour. En réalité, c'est un estomac dans le sens ordinaire, cà suc gastrique acide, où s'accomplit la chymification et sans doute aussi la chylification, opérations fort peu distinctes chez les Insectes. Il faut bien noter que le gésier, quand il existe^ est avant ce renflement stomacal, et non après, comme cela arrive chez les Oi- seaux. Le tube digestif se termine par un intestin grêle débouchant dans un gros intestin ou réservoir stercoral dans lequel les excréments se moulent de manières diverses selon les groupes. Un anus à sphincter le termine, s'ouvrant dans le dernier segment abdominal. On prétend que l'anus fait défaut chez certaines larves vivant parasites dans des tissus animaux ou au milieu d'une pâtée mielleuse. Le jabot et le gésier ne se rencontrent pas dans certains groupes de Coléoptères et chez beaucoup de larves de Diptères. L'œsophage aboutit alors directement à l'estomac. Les larves des Insectes à métamorphoses complètes ne présentent fréquemment pas de jabot; on le voit se déve- lopper peu à peu par dilatation régulière ou irrégulière de l'œsophage à mesure que l'Insecte approche de l'état adulte. C'est ce qui arrive chez les Hyménoptères et le jabot est surtout prédominant et plus ou moins excentrique chez les Mellifiques adultes. C'est alors un réservoir de miel pompé ou léché dans les nectaires des fleurs, et que l'Insecte dégorge pour la nourriture de ses larves. Les Lépidoptères à l'état parfait ont le jabot transformé en une panse rejetée en arrière, se déta- chant à angle droit de l'œsophage auquel elle communique par un canal étroit, et qui paraît généralement gonflée de gaz. Les physiolo- gistes sont fort indécis sur l'usage de ce jabot modifié. Faut-il y voir un appareil devant faciliter la montée ou la descente de rinsccte, à la façon du ludion, en faisant varier le poids du corps plongé dans l'air, sans changement de volume, par introduction ou sortie de gaz plus ou moins comprimé ou de liquide ? doit-on, avec les auteurs allemands, y reconnaître une vessie aspiratoire {Saufiblase, Saugniagen) destinée à la succion des liquides, parce que son développement semble en rapport avec celui de la spiriirompe? Rien de plus contestable que toutes ces opinions. Les Diptères adultes, sauf les Pupipares dégradés, offrent cette panse, avec un col fort long naissant le plus habituellement près de la bouche ; mais on la trouve souvent pleine d'aliments. D'un antre côté, les Hémiptères et les Puces, qui sont aussi des su(;eurs, manquent (1) C'est le nom douiié par Cuvier à l'estomac à suc gnstiique des Oiseaux. AiNATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — DIGESTION. 9 toujours de cette panse, tout en ofl'rant assez souvent un véritable jabot. Le gésier est incontestablement un li(iuée au cha- pitre spécial aux (Joléuplùres. 1 2 INTRODUCTION. étal de simplicité, les glandes salivaires se composent de deux longs tubes cfecaux, grêles, s'ouvrant au fond de la cavité buccale : ainsi chez les Lépidoptères adultes, quelques Coléoptères et Névroplères, beaucoup de Diptères. Par une complication plus considérable les tubes salivaires se ramifient dans leur partie profonde et peuvent se renfler en ampoules, de manière à donner des glandes plus ou moins arbores- centes : ainsi chez les Loeustiens, les Grilloniens, les Blattiens, les Man- tiens (Orthoptères). On voit apparaître souvent dans ces glandes ra- meuses de longues ampoules'fermées qui sont^ou des réservoirs de salives, ou des glandes spéciales de structure différente. Chez beaucoup d'Hy- ménoptères, outre des glandes rameuses thoraciques, on rencontre d'autres glandes salivaires à l'intérieur de la tète, bien plus difficiles à voir. On comprend très-bien chez les Hyménoptères nidifianls la néces- sité de nombreuses glandes salivaires pour mêler des liquides, sans doute variés, soit à la cire, soit au carton des nids, soit à la terre gâchée ou aux débris divers agglutinés. Les appareils salivaires sont aussi com- plexes et de plusieurs formes, qui correspondent très-probablement à des salives distinctes, chez les Hémiptères qui enfoncent leur trompe droite et rigide dans les parties profondes des végétaux. Parfois la i^alive de ces Insectes est irritante., fait naître des ampoules à la peau, comme celle des Punaises de lit et des Réduves. Certains Hémiptères, parleur salive acre, déterminent une exsudation végétale constituant des galles où ils se logent, ou font sortir une sève écumeuse qui entoure et pro- tège la larve. Lntin la salive est encore plus détournée de ses usages habituels chez les Chenilles. La paire principale des glandes salivaires forme les glandes à soie. Leur liquide se solidifie à l'air dans l'intérieur même de la bouche et constitue les fils des cocons. Les glandes à soie sont énormes et occupent toute la longueur latérale du corps dans les espèces à cocons épais. Une seconde paire de glandes beaucoup plus petites, se déversant aussi au bas de la bouche à l'entrée de la filière, sert sans doute à coller les deux fils de soie en un iil unique et peut- être aussi à des usages alimentaires. Les glandes salivaires d'autres Chenilles donnent une glu qui agglutine des grains de terre ou des débris de bois pour former une coque ; de même chez certaines larves de Coléoptères (Cétoines, Lucanes, Cérambyx, etc.). On doit peu s'étonner de voir ainsi les glandes salivaires remplissant d'autres rôles que ceux propres à l'alimentation, puisque chez les Aranéides (Mygale, Lyco.-;e, Épeire, etc.], ces glandes de\iennent des organes sécrétant le venin et que leurs connexions constantes, au moins chez les Insectes, sont en partie changées, puisqu'elles s'ouvrent, non plus dans la bouche, mais dans les chélicères ou appendices préhenseurs de la proie vivante de ces Arachnides. Les follicules des parois de l'estomac fournissent du suc gastrique toujours acide quand la digestion s'accomplit. Si, au contraire, comme cela est arrivé à plusieurs ol)?er\iil(Mirs, on examine ce suc chez des ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — DIGESTlOiN, 13 Insectes à jeun, fatigués parla captivité, ce suc s'altère et devient neii- Ire ou même alcalin. Le plus généralement ces follicules qui s'ouvrent à l'intérieur de l'estomac se logent en entier dans l'épaisseur de ses parois qui paraissent lisses au dehors; cela arrive chez presque tous les iNévroptùres, chez les Orthoptùres, les Hyménoptères, les Lépi- doptères, les Diptères et chez beaucoup de Coléoptères, principalement phytophages. Chez les Coléoptères carnassiers, au contraire, et aussi cliez quelques familles de cet ordre qui vivent de végétaux, la surface externe de l'estomac paraît hérissée de villosités s'ouvrant à l'intérieur, et qui ne sont qu'une hypertrophie des glandules gastriques des autres Insectes, avec tous les passages au cas de l'estomac lisse. H règne encore une certaine incertitude sur la fonction des organes glandulaires qui s'ouvrent dans la portion du tube digestif que nous avons nommée la région pylorique. Les tubes minces, longs et flexueux, dont il est question, ont été découverts par l'anatomiste Malpighi, revus par Swammerdam, par Lyonnet, mais sans que ces observateurs aient émis aucune opinion sur leur rôle. Cuvier, ne rencontrant pas chez les Insectes le foie caractérisé des Oustacés et des Arachnides supérieurs, en attribua les fonctions , sans expériences à l'appui, aux tubes de Malpighi, et son assertion, acceptée presque sans discussion par les naturalistes contemporains, fit donner à ces organes le nom de vaisseaux ki'patiques ou biliaires. Cependant des indices de sécrétion urinaire étaient constatés chez les Insectes, ainsi par la présence de l'acide urique dans les corps piles des Cantharides, puis dans les excréments des Vers à soie. Straus-Durckheim ayant remis à M. Chevreul une certaine quantité d'une partie de ces tubes rassemblée chez de nombreux Hannetons, M. Chevreul constata dans les liquides de ces tubes la présence de l'acide urique, sans doute <à l'état d urate alcalin ; il obtint en eU'et pur l'acide azotique, puis par l'am- moniaque la coloration rouge de la murexide ou purpurate d'ammo- niaque, c'est-à-dire la réaction caractéristique de l'acide urique. Plus tard, la démonstration fut complétée (Audouin, M. Sirodot) par la dé- couverte dans ces tubes des calculs qui sont chez les Vertébrés des cas pathologiques de la sécrétion urinaire : ainsi des concrétions d'acide urique, d'urates de soude, de chaux, d'oxalate de chaux. Il faut donc nécessairement attribuer aux vaisseaux de Malpighi une fonction uri- naire. Ils concourent k la purification du sang. Qu'une chenille soit nourrie de feuilles auxquelles on a mêlé une matière colorante, comme de l'indigo, le sang, d'ordinaire incolore, se charge de la matière colo- rante ; puis, si l'on cesse ce régime, il se décolore peu à peu, mais la matière s'amasse dans les tubes de Malpighi. Cette expérience assimile ces organes en même temps aux reins et au foie, la double fonction étant confiée au même appareil, ou peut-être appartenant à deux ré- gions distinctes des tubes; les Insectes offrant en tout cas, sous ce rapport, une infériorité relative. La présence de la bile dans ces canaux '1 4 INTRODUCTION. n'a jamais élé constatée chimiquement, peut-être faute de réactifs con- veuables et dans l'ignorance de lu véritable constitution de la bile des Annelés. La plupart des auteurs, cependant, par un éclectisme entre les deux opinions extrêmes, regardent ces organes comme des vaisseaux urino-hiliaires, sécrétant à la fois l'urine et la bile (M. Milne-Edwards) ; d'autres auteurs, ainsi M. Sirodot, leur refusant tout rôle de sécrétion hépatique, en font des vaisseaux urinaires seulement, entin, Léon Dufour persistait encore au contraire à n'y voir que des vaisseaux pro- ducteurs de la bile. Nous les nommerons toujours tubes ou vaisseaux malpighiens , atin d'éviter toute décision dans une question encore douteuse. L'anatomie de ces organes laisse également subsister certaines indé- cisions, comme leurrôle physiologique. 11 est très-probable, bien que la démonstration complète n'en ait pas été faite dans tous les cas, que ces longs tubes, très-grêles, contournés sur eux-mêmes, sont toujours des vaisseaux aveugles, ne communiquant avec le tube digestif que par une seule extrémité à la région dite pylorique, soit au fond de l'estomac, soit à la partie voisine de l'intestin grêle. Les canaux seraient donc analogues aux tubes élémentaires des glandes tubuleuses: ainsi des reins, qui leur sont semblables, au moins en partie, par la fonction. Les tubes, au lieu d'être pelotonnés sur eux-mêmes en tissu compact, resteraient distincts et constitueraient ainsi une forme moins parfaite de ce genre de glandes. La structure intime et interne de ces tubes confirme tout à fait cette opinion. On y trouve une couche épithélialo, dont les utricules constitutives se détachent et se détruisent très-faci- lement, en laissant échapper leurs nucléus, ainsi que les divers pro- duits élaborés dans leur intérieur. 11 n'y a aucun doute sur la forme cœcale des tubes malpighiens chez les Orthoptères, les Névroptères, les Lépidoptères, les Hyménoptères, la plupart des Hémiptères et des Diptères; car les extrémités fermées sont libres. C'est surtout chez les Coléoptères que des difficultés se pré- sentent à cet égard. Tantôt, ainsi chez le Hanneton, chez beaucoup de Coléoptères hétéromères, tétramèrcs, trimères (1), oulrc l'extrémité pylorique, les tubes viennent se coller par l'autre extrémité sur le gros intestin. On a plusieurs fois constaté que cette partie est cœcale, et on peut le supposer dans tous les cas. D'autres fois, on voit des tubes en anses dont les deux extrémités s'ouvrent à la fois dans la région pylo- rique, et on peut admettre, bien qu'on n'ait pu encore le démontrer exactement, que chaque anse est formée de deux tubes aveugles réunis chacun par l'extrémité fermée: ainsi cliez les ('.arabiques. Tout rentre de la sorte dans le cas général. Le nonibrcî des vaisseaux malpigliicns (^sl lrès-\aiiab!c ; quand il est petit, ils sont toujours pairs et symétriques, lis paraissent manquer (1) Voir aux <',oléoptères ces distinctions artificielles mais conunodes. ANATOM[K irr piiysiologil:. - dickstion. 1.^ chez les Coccus et les Pucerons (Hémiptères dégradés) ; sont toujours en Irès-petit nombre chez les Coléoptères, les Lépidopti-res, les Hémiptères, les Diptères; en nombre très-variable chez les Névroptères, ordre d'in- sectes qui, au reste, nous présentera pour ses divers groupes le plus de dissemblance sous tous les rapports ; assez nombreuv chez les Hymé- noptères adultes, très-nombreux chez les Orthoptères, à digestion si active. Leur nombre varie de deuv paires au minimum, si l'on adopte l'hypothèse pour les tubes en anses, à plus de cent tubes. On peut re- commander, comme exemple analomique où ces tubes sont des plus nets, les gros Dytiques de nos eaux douces (Coléoptères carnassiers) ; on y voit ces tubes bruns se détachant parfaitement sur la paroi blanche de l'intestin. En général, les tubes malpighiensdes diverses pair.'s sont tous pareils entre eux, cylindriques, à surface lisse, un peu atténués à l'extrémité fermée. Quelquefois, surtout ciiez les Diptères, ils présentent des ren- flements ou ampoules, soit à l'extrémité fermée, soit près de leur ou- verture, l'^nfîn leur surface peut dans certains cas devenir verruqueuse ou frangée de sortes de petits CcBCums. Il arrive aussi dans quelques cas que tous ces tubes, ou certains d'eux par faisceaux, se réunissent en un canal commun débouchant dans la région pylorique. Les dernières glandes dont nous ayons à parler, et qui manquent chez les Orthoptères, ne sont annexées qu'anatomiquement à l'appareil di- gestif, car leur sécrétion est destinée à d'autres usages qu'aux actes d'alimentation. Certains auteurs les nomment, fort à tort, reins ou glandes urinaires. Le plus souvent elles sécrètent des liquides servant à la défense de l'Insecte, ainsi la liqueur fétide chargée d'acide butyrique (Pelouze) que lancent par lanus les Carabes, la liqueur acre, explosive, volatile qu'émettent les Brachines, et qui leur fait donner les épithètes spécifiques û'expludens, bombarda, sclopeta, etc. Quelquefois elles don- nent la matière d'une soie dont l'Insecte tisse un berceau pour sa pro- géniture, par exemple chez les Hydrophiles (Coléopt.). iNous avons à ajouter une dernière considération pour tcrmiiuir cette étude générale de l'appareil digestif, qui nous obligera, vu sa compli- cation, à de nouveaux détails, à propos des dilVérents ordres d'insectes. Ou sait que chez les Vertébrés, et particulièrement chez les Mammi- fères, il existe une dépendance constante entre la longueur du tube di- gestif et le régime de l'animaL Quand l'animal est carnassier, il faut que ce tube soit court et l'estomac peu renflé, parce que les matières fortement azotées dont se compose la nourriture sont à la fois très-char- gées de principes nutritifs et facilement putrescibles ;de sorte qu'un trop long séjour dans l'intestin serait et inutile et nuisible. Au contraire, chez les phytophages, un intestin à nombreuses circonvolutions, un estomac dilaté, à renflements successifs, sont nécessités par des aliments très-peu azotés, exigeant de fréquents contacts avec les veines e( les vaisseaux chjlifères pour une absorption suffisante, et n'éprou\ant 16 INTRODUCTION. d'autre part la putréfaction que lentement et avec difficulté. Toutes les variations de régime, en passant des carnassiers de proie vivante aux omnivores, puis aux frugivores et herbivores, se traduisent de la ma- nière la plus fidèle par les longueurs successivement croissantes du tube digestif; chez les Mammifères, celle longueur passe de plus de trois fois à vingt-huit fois (Mouton) la longueur du corps; chez les Reptiles et les Poissons carnassiers, l'intestin ne vaut plus qu'environ les quatre cinquièmes de la longueur du corps. Les influences de la do- mesticité se manifestent liéréditairemeni dans la longueur de l'intestin, en raison des modifications de régime ; ainsi le tube digestif s'allonge chez le chat domestique comparativement au chat sauvage, se rac- courcit chez le porc elle rat, si l'on met en regard le sanglier et le mulot. On croirait au premier abord pouvoir conclure de tant d'exemples à la généralité de la loi ; mais l'étude des Insectes vient au contraire mani- fester des exceptions nombreuses, et nous donner une preuve de plus de cette réserve continuelle avec laquelle l'esprit humain doit toujours procéder dans les sciences d'observation ; la nature suit des procédés plus complexes que nous n'aimons à le supposer, et nos fréquentes er- reurs en ce genre prouvent que, dans nos conceptions théoriques, nous ne faisons pas intervenir toutes les causes réelles des phénomènes dont nous ignorons, d'habitude au moins, une partie. C'est surtout sur l'estomac qui est la portion la plus constante de l'appa- reil digestif, que les modifications de régime se font sentir. Le tube digestif en totalité est habituellement de médiocre longueur chez les Insectes suceurs ; chez les broyeurs se montrent plus de variations, et leur ex- plication est souvent inconnue. Chez les Orthoptères, herbivores par excellence, le canal digestif est cependant court et atteint à peine deux fois la longueur du corps. Les Coléoptères offrent de fréquentes difi'é- rences sous ce rapport. Les Carabiques, qui vivent de proie vivante, ont un tube digestif et un estomac très-courts ; mais il en est de même chez les Cérambyx (Longicornes), vivant de bois, régime tout opposé ; l'estomac redevient très-long chez les Lamia de la même famille, et se nourrissant pareillement. Chez les Copris ou Bousiers, vivant de fiente des Mammifères herbivores, qui contient très-peu de principes nutri- tifs, l'estomac intcstiniforme est le plus long ; il a huit ou dix fois la longueur du corps et se replie plusieurs fois sur lui-même, de ma- nière cà former un paquet considérable. Les Blaps, les Silphes, qui se nourrissent de charognes et de détritus, ont de longs estomacs, faisant dans l'abdomen des circonvolutions remarquables ; chez les Silphes, le tube digeslif a quatre fois la longeur du corps ; chez les grands Sta- phylins, nourris de la même manière, il n'a plus que deux fois celte longueur, et il est encore plus court cliez les Caniharides et les Méloés phytophages. Chez les Lamellicornes il reprend, au contraire, des di- mensions en rapport avec les aliments végétaux : ainsi, chez les Han- ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — CIRCULATION. 17 netons, l'estomac décrit plusieurs circonvolutions dans l'abdomen, et le tube digestif atteint environ sept fois la longueur du corps. Le grand Hydrophile brun adulte {Hydrophihis piceus), qui vit principalement d'herbes, a un estomac très-long et enroulé sur lui-même dans la ca- vité abdominale, tandis que chez sa larve très-carnassière {Ver assassin de Réaumur), cet estomac est de grandeur ordinaire et ne décrit que peu de courbures. Il y a là le changement inverse à celui que présentent les Batraciens anoures, dont les larves {têtards) phytophages ont un très-long intestin contourné en spirale qui se résorbe peu à peu, à mesure des métamorphoses, et arrive à être très-court chez l'adulte carnassier. Nous voyons donc, sans multiplier ces exemples, que ce n'est qu'avec grande circonspection qu'on peut essayer d'apphquer aux hisectes les lois qui régissent les animaux supérieurs. Circulation. Les physiologistes donnent le nom de circulation à la fonction par la- quelle les liquides qui doivent nourrir et réparer les tissus parviennent dans les différents organes et en sortent, sont conduits dans les appa- reils où ils doivent subir l'action de l'air atmosphérique (poumons, bran- chies, etc.), et dans certains filtres spéciaux, destinés à retirer des substances excrémentitielles ou utiles (glandes). Le principal liquide nourricier ainsi porté dans toutes les parties du corps est le mng, avec quelques autres liquides dérivés chez les animaux supérieurs (lymphe, chyle), manquant ou non encore reconnus chez les animaux inférieurs. L'étude de la circulation a été très-longtemps retardée chez les ani- maux inférieurs, et même n'était pas soupçonnée, parce qu'on regardait les animaux autres que les vertébrés comme privés de sang, animalia exsanyuia, en raison de l'état habituellement incolore de ce liquide chez eux. Swammerdam, et Cuvier plus tard, appelèrent Taltention sur l'existence d'un sang coloré chez certains de ces animaux dits privés de sang ; ainsi, chez les Annélides (Annelés inférieurs, sans membres articulés), on constate un sang rouge clair chez les Lombrics (Vers de terre), et chez la plupart des Sangsues ; jaune-orange chez les Aréni- coles (Vers de sable) ; vert chez les SabcUes, etc. il devenait dès lors naturel d admettre l'oxistence du sang chez tous les animaux, même quand il n'est pas coloré, comme cela a lieu chez les Insectes, les My- riapodes, les Arachnides, les Crustacés. Le sang des Insectes est sensi- blement incolore, d'un blanc jaunêtre ou grisâtre ; verdâtre chez les Vers à soie et les Chenilles nourries de feuilles à chlorophylle verte. On trouve dans ce sang des corpuscules incolores, pour la plupart fusi- formes ou naviculaires, mêlés de quelques globules circulaires. Après leur sortie du corps de l'animal, et surtout par l'action de l'eau, ils se désorganisent très-rapidement. Comparativement à la taille de ces ani- maux, les corpuscules sont très-gros chez les Insectes. GIRARD. i 48 INTRODUCTION. De même que les corpuscules du sang des Vertébrés, ceux des Insectes se modifient avec les progrès du développement de l'organisme et éprouvent des métamorphoses à mesure que l'animal passe de l'étal de larve à l'état parfait. Chez les larves, ce sont d'abord de simples utricules sans noyau ni granulations intérieures ; parfois ils se chargent bientôt de granules très-tins. Chez les adultes, ils sont pourvus d'un noyau très-distinct ainsi que de granulations périphériques. Les glo- bules paraissent se renouveler et se détruire successivement. Ils sont nombreux dans le sang des Insectes agiles et actifs, surtout adultes. Ils sont analogues aux globules blancs du sang des Vertébrés et diffèrent tout à fait par l'aspect et les réactions chimiques des globules rouges en forme de disque renflé au centre. Une autre distinction très-impor- tante, c'est que ce sont ces derniers globules qui donnent au sang des Vertébrés sa couleur rouge, tandis que la teinte propre du sang des Invertébrés est due à une matière colorante en dissolution dans le liquide même. Elle peut varier avec la nourriture de l'Insecte ; ainsi M-, E. Blanchard a reconnu que sous l'influence de la garance ou de l'in- digo, le sang des chenilles et des larves de Hanneton prend une nuance bleue ou rose. Ce sang doit contenir dans son sérum des substances analogues à l'albumine et à la fibrine des Vertébrés, peut-être des isomères. En effet, il se coagule l'apidement à l'air, et de même le sang des Homards et des Écre visses. Cette coagulation à l'air indique l'existence d'une fibrine. Le sang contient une albumine, car il se coagule par la chaleur. Enfin il offre des sels dissous, puisque si on l'évaporé sur une plaque de verre, il reste des arborisations salines. Nous manquons encore d'analyses exactes de ce sang. Le sang doit renouveler continuellemeiit ses matériaux au moyen des principes contenus dans les aliments. Chez les Vertébrés, des vaisseaux absorbants particuliers, les veines intestinales et les chylifères, établis- sent la liaison entre les fonctions de digestion et de circulation. Il n'existe rien de pareil chez les Insectes; l'intestin, sans cesse baigné extérieurement par le sang, lui donne par endosmose les nouvelles substances. Un système de circulation exige un organe d'impulsion. La nature réalise d'habitude ce phénomène au moyen d'un ou plusieurs muscles creu.v ou cœurs agissant comme une pompe foulante, mais par un mécanisme dillerent. Une pompe est un réservoir à paroi inflexible dans lequel se meut un piston qui en fait varier la capacité interne; dans un coeur, cette variation de volume se produit par la contractilité même des parois. Or, si l'on examine une larve d'Insecte à téguments semi-transparents, par exemple, un ver à soie, on voit régner suivant la ligne médiane du corps, à la région dorsale, un tube présentant des étranglementssuccessifsentre lesquels sont des sortes de chambresollrant des mouvements de systole et de diastole. On reconnait immédiatement ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — CIRCULATION. 19 uiicœurà cavités successives en série, ou une suite de cœurs, si l'on veut continuer plus complètement la fiction des zoonites soudés. Ces casités contractiles existent à la partie postérieure ou abdominale du vaisseau dorsal. Elles sont fixées au dos par des bride? fibro-musculaires, dites ailes du cœur, en même nombre que les chambres contractiles. Ces appendices suspensenrs naissent par une sorte de tendon du bor»! anté- rieur de l'arceau dorsal de l'anneau correspondant de l'abdomen. La bride \a en s'élargissant vers le cœur et constitue deux lames : l'une supérieure, insérée sur les côtés du cœur; l'autre inférieure, se por- tant à sa face ventrale, et se réunissant à sa congénère, de manière à former une sorte de plancher qui sépare le cœur de la cavité viscé- rale, t^es brides manquent dans thorax ; là le vaisseau dorsal n'est plus contractile, c'est une aorte tubulaire qui n'adhère plus au dos, mais s'applique sur l'œsophage. Elle passe dans la tête sous le cerveau ou ganglion cérébroïde, puis, tantôt tout tube cesse, tantôt l'aorte donne deux courtes branches, chacune se bifurquant encore, dans tous les cas, laissant le sang s'épancher dans la tète. On reconnaît le passage du sang dans le vaisseau dorsal et sa sortie à la partie antérieure en injec- tant, au moyen d'un liquide très-fluide, de l'essence de térébenthine colorée, soit le vaisseau dorsal lui-même chez de gros Insectes, soit les lacunes du corps par une ouverture à l'abdomen, le liquide pénétrant de là dans le cœur. Le tissu du vaisseau dorsal est musculaire. A Tin- térieur et à l'extérieur sont deux très-minces tuniques. Entre elles se trouvent des fibres musculaires, les unes longitudinales, formant un cordon médian et deux latéraux. Ces cordons longitudinaux qui ren- forcent le tube se voient à la loupe dans les gros Insectes. Au-dessous sont des faisceaux serrés de fibres transverscs, servant aux systoles. Chez les adultes, le vaisseau dor.-al de l'abdomen ou cu'ur est légère- ment fusiforme, un peu renflé à sa partie moyenne; chez les larves, sa plus grande largeur est à l'arrière du corps. Le nombre des chambres cardiaques contractiles et des ailes membraneuses correspondantes est variable; en principe il doit être de un par segment, mais il peut y avoir des coalescences par soudure, aussi on compte huit, sept, cinq, quatre, une seule cavité même, selon les cas. En poursuivant l'anatomie de ce vaisseau dorsal, nous aurons de nouvelles preuves de son véritable rôle. Un cœur doit présenter une série de valvules jouant dans un seul sens de manière à permettre l'entrée du sang extérieur et son passage dans des cavités successives, sans retour possible en sens inverse. C'est ce qu'on trouve dans le vaisseau dorsal. Entre chaque chambre un repli de la membrane du tube forme une vahule s'aplatissant contre la paroi dans le sfus d'ar- rière en avant, de sorte que, par les systoles, le sang est poussé de la partie postérieure du corps vers la tête sans pouvoir rétrograder. Le sang extérieur entre sur les côtés de chaque ventriculite par deux orifices en forme de boutonnières, et dont les lèvres pénètrent eu 20 INTRODUCTION. dedans en forme de bec de flûte. Ces orifices manquent sur les côtés de l'aorte thoracique. Lors des diastoles des ventriculites, ces lèvres s'écartent et le sang extérieur peut entrer; pendant les systoles, au contraire, ces deux lèvres internes, s'appliquant l'une contre l'autre, ferment l'orifice latéral, de sorte que le sang ne peut sortir. Cette struc- ture du cœur a été découverte par Straus-Durckheim et publiée en 1828. Il ne suffit pas pour que l'existence de la circulation soit démontrée qu'on ait constaté un organe d'impulsion, il faut qu'on puisse voir le sang en mouvement dans les différentes régions du corps. Ce sont les globules du sang qui permettent de vérifier cette circulation, de même qu'ils ont démontré le passage du sang des Vertébrés dans les capillaires en examinant la membrane interdigitale transparente des pattes de la Grenouille. Il y a des Insectes aquatiques dont les larves sont à tégu- ments translucides, ainsi chez les Agrions, les Éphémères. Or, en les plaçant sous le microscope, on peut constater, en suivant des globules, que le sang, sorti antérieurement de l'aorte thoracique qui continue le cœur abdominal, se répand entre les organes, descend le long de la région ventrale et des régions latérales. Les courants principaux sont en communication avec une foule de canaux lacuneux secondaires ménagés entre les muscles et les viscères, de sorte que le sang, après avoir serpenté entre les diverses parties solides de l'organisme, rentre dans quelque courant principal d'où il pourra regagtier le vaisseau dorsal. On voit ainsi le sang circuler d'une manière rapide jusqu'à l'extrémité du corps de ces larves, dans les filets caudaux. Cette importante découverte de la circulation du sang chez les Insec- tes est due à M. Carus (1827-1831), et a été depuis vérifiée par divers observateurs, et surtout par M. Verloren (18/i7), qui a observé le phé- nomène sur quatre-vingt-dix espèces d'Insectes de tous les ordres. M. Verloren a surtout combattu les opinions de L. Dufour, très-embar- rassé par le vaisseau dorsal, y voyant tantôt un cordon, tantôt un organe de sécrétion graisseuse, ne pouvant y nier un mouvement contractile, mais le regardant comme sans aucune importance. On aperçoit aussi les courants sanguins dans les grosses nervures des ailes des Insectes, lorsque celles-ci sont transparentes et encore molles au moment de la sortie de la nymphe, ainsi chez les Hémérobes. iMifin des courants sanguins circulent dans les pattes, aidés parfois par un mouvement contractile des faisceaux musculaires situés près de 1 ailiculalion de la jambe avec la cuisse (M. Behn). Il reste A. constater comment le sang qui a parcouru toutes les régions du corps peut revenir au vaisseau dorsal afin de recevoir de nouvelles impulsions. Newport le premier découvrit autour du cœur ou vaisseau dorsal un péricarde, à tissu lâche, qui l'env^sloppe complètement; c'est une véritable oreillette extérieure, et sans doute, les fibres musculaires des ailes, en comprimant cette chambre péricardique, aident le sang à entrer dans les ventriculites par les orifices latéraux, lors des dia- ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — CIRCULATION. 21 stoles. Selon M. E. Blanchard, il y aurait un système de canaux très- imparfaits, assurant le retour du sang à la chambre péricardique. Un grand canal veineux, à épithélium granuleux, existe de chaque côté du corps, sans paroi bien définie. Vis-à-vis chaque chambre du cœur, il en part un canal lâche, constitué par du tissu cellulaire ((judensé. adhérent à la face interne de l'arceau dorsal des segments abdominaux, non disséquable. Ces canaux latéraux de retour sont les analogues des canaux branchio-cardiaques des Crustacés et pneumo-cardiaques des Arachnides supérieures. Quelques observations ont été faites par Yersin sur des Insectes Orthoptères pour vérifier les opinions de M. E. Blanchard sur la circulation des Insectes. Il s'est servi de Blattes adultes ou en larves et de jeunes larves de Grillons, en profitant de ce fait que dans les premières heures qui suivent chez ces animaux une mue ou une métamorphose, les téguments sont très-pâles et assez transparents. Par un temps chaud et immédiatement après la mue, Yersin a compté dans deux individus cinquante pulsations du vaisseau dorsal en une minute; sur un autre individu, pendant une matinée froide, le même nombre de contractions a exigé un temps double. Chacun de ces mouve- ments est très-net et provoque une propulsion évidente du sang. On voit dans la contraction du vaisseau ce fluide se porter rapidement de l'abdomen vers la tète, et les globules, isolés ou groupés, parcourir un trajet plus long que le champ d'un miscroscope grossissant de 80 à 120 diamètres. Dans la dilatation, au contraire, toute la masse fluide revient par un mouvement court, mais lent dans la direction opposée. 11 a vu, sur une Blatte femelle adulte, un double courant sanguin de chaque côté du vaisseau dorsal, en sens inverse de celui de cet organe, sans limites extérieures bien déterminables. Sur plusieurs points, à des distances égales à la longueur d un segment abdominal, on \oit seu- lement pendant la dilatation du vaisseau dorsal, le sang passer des espaces latéraux où s'observe le courant inverse dans le vaisseau lui- même. L'existence de replis ou \alvules dans l'intérieur du vaisseau dorsal gênant le courant inverse fut démontrée à Yersin par les dépla- cements et haltes successives d'un amas de globules arrêté dans sa marche pendant plusieurs contractions, ne pouvant ni avancer ni recu- ler, quoique son diamètre apparent fût inférieur à celui du vaisseau ; il finit cependant par se dégager et paraître entraîné dans le courant dirigé vers la tête. Cette masse solide s'arrêta de nouveau plus loin, puis se dégagea encore et franchit un espace correspondant à la lon- gueur du segment. Yersin reconnut, en dehors du vaisseau dorsal, sur divers points du thorax, des courants sanguins de direction fixe et déter- minée, un mouvement très-distinct des globules à la base des antennes, alternativement de la base ver? le sommet, puis du sommet vers la base, avec des intermittences correspondant assez exactement aux bat- tements du vaisseau dorsal. Dans les pattes la circulation n'est distincte qu'à la base, et seulement pendant les mouvements de l'Insecte. Il n'y 'it INTRODUCTION. a aucune trace de vaisseau limifanl l'épanchement sanguin. I.e sang pénètre dans les membres en longeant d'abord la partie inférieure de la cuisse où il forme un courant assez large qui s'avance en s'élendant de façon à baigner tous les organes voisins et à rejoindre un second courant, qui du bord supérieur de la cuisse, se dirige vers la base de cet organe et pénètre dans la hanche. Les différences entre les Insectes et les autres Invertébrés sont donc bien moindres qu'on ne le croyait autrefois. Les canaux veineux, très- imparfaits, admis par M. E. Blanchard, n'ont pas de vahiiles; le sang remonte du ventre au dos par l'action des piliers musculaires allant des parois du ventre à celles du dos- il y a, par leurs contractions, rappro- chement et écartement de ces deux parois et par suite pression faisant remonter le sang au péricarde du vaisseau dorsal,, comme par un pis- ton de pompe. Il faut remarquer au reste que nous sommes ici en pré- sence d'un des mécanismes les plus imparfaits em.ployés par la nature pour assurer le retour du sang au cœur, et c'est ce qui nous explique la limite si exiguë assignée à la taille des Insectes. L'absence complète, sauf le rudiment d'aorte, de vaisseaux cylindriques, ne permet que l'ascension par capillarité entre des lames parallèles et inclinées, ascen- sion moins considérable. Les physiciens savent en effet qu'entre deux lames parallèles, le liquide mouillant ne s'élève qu'à moitié de la hau- teur qu'il acquiert dans un tube cylindrique dont le diamètre égalerait la distance des lames. Un Insecle qui aurait les dimensions d'un Crabe de grosse espèce ou d'un Homard ne pourrait pas vivre ; le sang ne reviendrait pas au cœur. La taille beaucoup plus grande des Crustacés se lie à un système de canaux clos assez complet pour les artères et présentant un commencement de veines. Ce qui nous permet aujourd'hui de comprendre sans difficulté la circulation des Insectes, c'est la découverte de la circulation des Crus- tacés (Audouin, M. Milne Edwards) dont le mode s'applique à la grande majorité des Invertébrés, sinon à tous. On a reconnu, en effet, qu'il n'est pas nécessaire pour la circulation du fluide nourricier qu'il soit toujours contenu dans des tubes clos; le sang peut s'épancher au dehors et en vertu d'une impulsion première continuer sa route en divers sens entre les interstices des organes protégés par un tissu cellu- laire. C'est ce mode de circulation mixte qu'on appelle circulation semi-vasculdirc, semi-lacunaire. Les Insectes en présentent la limite ex- trême, puisque les vaisseaux clos sont réduits à une courte aorte thora- cique prolongement des chambres du cœur. Les premiers observateurs du vaisseau dorsal, Malpighi, Swammer • dam, Hunter, n'hésitèrent pas, vu ses contractions, à y reconnaître un cœur. C'est à Cuvier qu'appartient la négation nette et complète de la circulation des Insectes par suite d'idées inexactes dont le temps a fait justice. Pour lui, la circulation n'existait que dans des vaisseaux clos qu'il ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE.— CIRCULATION. 23 n'apercevait pas chez les Insectes; comme il les trouvait, au contraire, dans les Annélides, et qu'il croyait la fonction subordonnée à l'appareil spécial, il n'avait pas hésité à placer ces Annelés dégradés en tèie de ses Articulés (Arthropodaires), bien qu'ils manquassent d'appendices articulés, violant ainsi et sa définition et toutes les analogies naturelles. 11 était, en outre, entraîné dans cette voie par l'idée fausse des carac- tères dominateurs, certains modes physiologiques ne pouvant exisl^^r selon lui, qu'avec l'exclusion forcée de certains autres. Il voyait l'air comme nous le dirons, se répandre dans tout le corps des Insectes et produire sur place l'hématose du sang dans tous les tissus: dès lors il crut le sang immobile, le vaisseau dorsal devint un vestige inutile sur lequel il ne s'explique pas. Sur l'autorité de Cuvier, et cette opinion n'est peut-être pas encore complètement abandonnée par tous, ou admit en principe que, chez les animaux où il y a circulation générale d'air dans le corps, celle-ci remplace et exclut la circulation générale du sang ou d'un liquide analogue, par incompatibilité de ces deux sys- tèmes circulatoires. On crut à cette explication, sans remarquer qu'il était étrange de voir chez les Insectes l'appareil respiratoire n être plus, comme d'ordinaire, un annexe de celui de la circulation, mais au con- traire le dominer et l'annuler. En présence d'un adversaire d'une réputation aussi éclalanie que celle de Cuvier, il nous parait convenable de joindre aux preuves di- rectes de la circulation chez les Insectes, précédemment exposées, d'autres arguments, indirects il est vrai, mais de grande valeur. L'orga- nogénie nous apprend, en effet, que la circulation des fluides com- mence toujours par des courants diffus. C'est plus tard que le tissu am- biant, sous l'influence de ces courants, peut s'organiser en vaisseaux; ainsi se forment les vaisseaux de l'embryon dans l'œuf des Oiseaux, ainsi s'établissent des vaisseaux anormaux dans les cas pathologiques, des canaux à parois propres pour des fistules anciennes, qui. ont com- mencé par un flux vague de liquide irritant, des vaisseaux sanguins dans certaines tumeurs, toujours avec un système artériel plus complet et plus tôt formé que le système veineux, etc. Il peut donc arriver, cliez beaucoup d'animaux, que le système de canaux propres ne s(! déve- loppe qu'incomplètement, et c'est chez les Insectes que l'absence de canaux clos est portée le plus loin. lue autre raison qui nous amène a voir dans h? vaisseau dorsal le véritable organe propulseur du sang, c'est l'étude du même appareil chez les Myriapodes. Là aussi nous trouvons une série dorsah; de ventri- culites, avec les mêmes valvules que chez les Insectes, en nombre nor- mal égal à celui des segments du corps, se soudant deux à deux, de même que les anneaux, dans les Sculigères, à séparation bien marquée dans tes Scolopendrides, s'('ll'a(;ant dans les Iulides, etc. Or, chez ces animaux, on ne peut contester à cet organe le nMe circulaloire, car il s'y joint de nombreuses artères, ime antérieure revenant ensuite eu 24 INTRODUCTION. sens inverse au-dessous de l'œsophage et deux latérales partant de chaque ventriculite. Les canaux clos manquent encore pour le système veineux qui doit ramener le sang à l'appareil d'impulsion; des rudi- ments de vaisseaux veineux très-incomplets commencent à apparaître dans les classes des Arachnides et des Crustacés. La nature nous présente donc tous les passages entre les Insectes et les Vertébrés où la circulation s'effectue dans un réseau complètement endigué, et la fonction existe partout aussi parfaite, amenant dans tous les tissus le renouvellement du fluide nourricier, l'introduction continuelle de matières nouvelles dues aux aliments et l'expulsion des molécules viciées et inutiles. Le cœur des Insectes dont l'existence nous parait incontestable, reçoit du sang, probablement hématose, d'une manière partielle, par l'oxy- gène de l'air ; nous reviendrons sur ce sujet dans l'étude de l'appareil respiratoire. On peut supposer que les lacunes de la région abdominale du corps des insectes reçoivent du sang dévivifié, plus ou moins mêlé à du sang ayant déjà subi l'action révivifiante de l'air ; la question encore très-obscure est de savoir où s'opère l'hématose complète, si elle existe dans quelque partie, et comment le sang revient aux cœurs par des courants de retour dont l'étude est loin d'être entièrement élucidée. La série des ventriculites des Insectes semble être un appareil agita- teur d'un liquide qui sans lui resterait stagnant ; c'est comme une tur- bine immergée déterminant des courants dans un liquide. Anatomi- quement, le cœur est analogue à celui des Crustacés ; or, chez ceux-ci, le cœur est artériel, recevant du sang révivifié amené des branchies par les canaux branchio-cardiaques, vaisseaux clos. Ne reste-t-il pas quelque analogie fonctionnelle chez les Insectes? 11 est incontestable que c'est au voisinage de l'appareil respiratoire que s'opère l'hématose; or, celui-ci est plus développé dans l'abdomen qu'ailleurs et le sang marche de l'abdomen au thorax. Il est assez probable que du sang plus hématose se rend d'arrière en avant, car le thorax et la tète ont besoin d'oxygène pour la contraction musculaire, très-prédominante chez eux en raison de la localisation thoracique des appareils locomoteurs des adultes et de l'excès de clialeur parfois très-considérable que présente la région antérieure du corps. La démonstration expérimentale sera fort difficile, vu la petitesse des insectes, les incertitudes de l'analyse chimique sur une très-faible quantité de sang, la nécessité d'empêcher sur celle-ci une rapide action perturbatrice de l'air ambiant. Il faudrait ponctionner deux volumes égaux de song, l'un thoracique, l'autre abdo- minal, et constater si le premier contient plus d'acide carbonique et moins d'oxygène que le second. ]>espiration. La fonction de respiration a pour objet d'introduire dans le sang, soit par dissolution dans son liquide, soit par absorption spéciale dans les ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE.— RESPIRATION. 25' globules, de l'oxygène qui conserve ses propriétés comburantes. Ce gaz, amené dans tous les tissus par la circulation du sang, doit y brûler les éléments combustibles, et fournir ainsi une source puissante et sans cesse renouvelée de force motrice et de chaleur. On donne le nom à' hématose au phénomène par lequel le sang dévivifié provenant des tii^sus auxquels il a apporté les molécules assimilables, laisse dégager l'acide carbonique et la vapeur d'eau, résultats de la combustion générale, et reçoit à leur place l'oxygène atmosphérique. L'appareil respiratoire est l'organe dans lequel s'eflectue l'échange de ces gaz. L'appareil respiratoire des Insectes est disséminé dans tout le corps, tant selon l'axe que suivent les appendices. Il est formé par de minces tubes membraneux, nommés trachées^dont les ramifications, en nombre considérable, se répandent partout et s'enfoncent dans la substance des organes, comme les racines chevelues d'une plante pénètrent dans le sol. Ces tubes offrent deux tuniques emboîtées. La tunique interne, pa- reille à l'épiderme ou cuticule des téguments externes, qui rentre à l'intérieur par les orifices respiratoires, est munie de poils microsco- piques et se détache plus ou moins profondément dans les mues. A la surface extérieure de cette tunique, et jouant le rôle d'une tunique moyenne d'artère, se trouve un fil contourné en hélice, de consistance semi-cornée, empêchant la déchirure des tuniques et les maintenant un peu écartées. Le fil et la tunique interne sont formés par cette substance nommée chitine que nous verrons constituer essentiellement l'enveloppe du corps des Insectes, et dont le caractère chimique est de ne pas être détruite par l'action d'une solution même concentrée de potasse caustique. Le fil élastique des trachées est le plus généralement incolore, tantôt cylindrique, d'environ 1/70 de millimètre de diamètre ; tantôt en ruban aplati ayant parfois jusqu'à 1/7 de millimètre de large. La tunique extérieure ou fondamentale est d'une autre nature, en tissu cellulaire mou, sorte de chorion muqueux, se détruisant par la potasse qui respecte les deux autres parties. Elle ne paraît pas se souder aux bords des orifices respiratoires, mais rester béante à son origine, selon M. E. Blanchard. Ce naturaliste admet un espace libre entre le fil élas- tique moyen qui adhère intimement à la lame interne, et la tunique externe, et, selon lui, comme ses injections le démontreraient, le sang se répand entre les deux tuniques, de sorte que l'appareil respiratoire des Insectes rentre dans le cas général au lieu de constituer une ex- ception, reçoit à son intérieur le fluide nourricier plus aisément héma- tose par l'air introduit et n'est, comme d'habitude, qu'une annexe de la fonction de circulation. Cette opinion est encore fortement contro- versée, et c'est ce qui ne nous permet pas de nous y étendre longuement et nous a empêché de traiter cette question à propos de la circulation, ne voulant admettre à cet égard que les idées généralement reçues. D'après M. E. Itlanchard, une partie du sang des lacunes entre dans l'inter- valle des membranes périlrachéenncs par l'interstice qui resterait béanl 26 INTRODUCTION. prt's des orifices aériens, et sort par les extrémités l'amitiées, où s'atlér nue et se perd la tunique interne, de sorte que le vaisseau dorso- cardiaque reprend un mélange de sang revivifié sorti des trachées et de sang dévivifié des lacunes ; le cœur, comme chez les Reptiles, pousserait d'arrière en avant un mélange des deux sangs. D'autres au- teurs, admettant l'entrée du sang entre les tuniques trachéennes, le supposent y demeurer en couche stagnante, sans grande importance physiologique, au lieu du mouvement rapide dont il serait animé selon M. E. Blanchard. Enfin le plus grand nombre des naturalistes se refusent complètement à celle pénétration péritrachéenne, et regardent l'héma- tose du sang comme se produisant sur place dans les organes, par en- dosmose des gaz à travers les parois des Irachcos. (Iratiolet pensait que M. E. Blanchard avait pris pour des corpuscules hématiques de très-fins globules d'air, entrés par déchirure dans la paroi trachéenne. L'objec- tion la plus forte qui ait été présentée par M. Joly, puis par des ana- lomistes allemands, ainsi M. Auguste ^Yeismann, c'est qu'il n'y aurait pas d'espace libre entre les deux membranes de la trachée, mais un espace rempli de cellules, constituant comme partie interne de la tu- nique extérieure la membraiw péritonéale des Allemands, dont l'existence se prouverait surtout par l'embryogénie de la trachée. Tout récemment, M. Kiinckel a publié qu'il avait constaté un fait complétant et confirmant les opinions de M. E. Blanchard. On sait que, selon ce savant, les cœurs dorsaux enverraient d'arrière en avant du sang mélangé, qui pénétrerait, d'une manière encore inconnue, dans l'interstice péri-trachéjn. Les trachées seraient alors pour le sang les véritables artères, où deviendrait complète l'hématose. Or, en 18/|9, M. Agassiz a annoncé qu'un certain nombre de trachées se terminaient par des petits tubes dépourvus de fil spiral, pénétrant dans les muscles, et qu'il nomme capillaires de la trachée. M. Kùnckel assure avoir vu une fois, sous un puissant microscope, les difficultés de l'expérience étant, dit-il, fort grandes, dans un faisceau musculaire ar- raché à une Eristalis vivante ( Diptères^ Brachocères, Syrphiens), les globules sanguins, emprisonnés entre les deux membranes de la trachée, passer dans les fines artères, d'une manière aussi distincte qu'on les •aperçoit dans les capillaires du mésentère ou de la membrane inter- digilale chez les (Grenouilles, On a fait cette objection que les cor- puscules du sang des Insectes sont très-gros, eu égard à ce genre d'or- ganes, et passeraient bien difficilement dans ces tubes si atténués, qui seraient au bout des trachées la continuation de la membrane externe seule. En outre, la forme de beaucoup d'Insecles Diptères et surtout Hymé- noptères (Sphex, Fœ'ue, etc.), où l'abdomen est uni au thorax par un très-gréle pédicule, est une ()bj(H'li()n grave à lidée d'une circulation de sang <à gros globules dans la totalité du corps. Qu'il nous soit permis de taire une remarque générale. Les discor- ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE.— RESPIRATION. "-'7 dances d'opinion qui se manifestent au sujet des expériences de micro- graphie très-délicates, comme le sont celles de la circulalion des In- sectes, tiennent au défaut capital inhérent à ce genre de recherches. Elles restent toujours personnelles, el souvent chacun interprùle à sa manière ce qu'il voit. Il far.drait un système d'injections réussissant à coup sûr et rendant le doute impossible. Il est nécessaire, pour une dé- monstration expérimentale complète, que l'observateur disparaisse et que l'instrument fonctionne seul ; c'est ce qui rend si précieux tous les appareils enregistreurs. (Ju'on ne se méprenne pas cependant à ma pensée. Il y a pour le microscope bien des cas où le doute est impossible et où tous voient la même chose, ainsi pour les organites hémaliques des Vertébrés, les corpuscules de la maladie des Vers à soie, etc. Comme vérification expérimentale de son opinion, M. E. Blanchard, répétant et complétant une expérience de M. Bassi, a constaté que les trachées se colorent en bleu ou en rose dans des Vers à soie el dans des larves de Hannetons, aux aliments desquelles furent mêlés de l'indigo ou de la garance. Nous avons déjà vu le sang se charger de ces ma- tières colorantes ; or, selon M. E, Blancliard, il y aurait là une démon- stration, par injection naturelle, de l'introduction du sang entre les membranes péritrachéennes. Pour ceux qui admettent la membrane périlonéale pleine, il y aurait imprégnation des matières colorantes par endosmose cellulaire. 11 faut remarquer qu'aux mues des larves la tunique interne et le fil spiral se détachent dans une certaine étendue de la trachée, de là, jusqu'à réorganisation complète, un espace acci- dentellement vide, et où des mouvements de liquides peuvent s'opérer dans un tissu qui se reforme. Nous avons tenu à exprimer dans une complète impartialité les opinions diverses qui divisent encore les sa- vants sur une question qui attend de nouvelles recherches. Les tubes respiratoires existent chez tous les Insectes, à tous les états et qu'ils habitent l'air ou l'eau. On les voit paraître d'un aspect argentin dans les dissections sous l'eau, à cause de l'air qu'ils con- tiennent. Le plus (^rdina renient, les Insectes respirent l'air à l'état de gaz libre. Il entre alors dans leurs trachées par des orilices spéciaux ap- pelés stigmates ; jamais chez eux la bouche ne iert à l'entrée de l'air. Le plus souvent le stigmate est entouré d'un cercle corné de chitine appelé périlrcme, très-visible sur des larves à téguments blanchâtres, empêchant par son élasticité l'occlusion naturelle des orifices aériens. Généralement encore, une membrane percée d'une fente à deux lèvres occupe l'intérieur du périirème, et des muscles latéraux servent à ou- vrir cette sorte de boutonnière, tandis que des muscles antagonistes, tirant en haut el en bas, tendent à la fermer. La fermeture du stig- mate, naturellement enlr'ouvert, a lieu par la volonté de l'Insecte. Aussi, lorsque les trachées sont remplies d'air, l'Insecte, fermant ses stigmates, résiste longtemps à l'asphy.vie, demeure engourdi el iuimo- 28 INTRODUCTION. bile, mais sans périr. Beaucoup d'Insectes peuvent ainsi survivre à l'in- troduction dans le vide , à l'immersion dans l'eau ou dans l'alcool aqueux, même après plusieurs jours. Cette occlusion volontaire des stigmates nous explique la difficulté qu'on éprouve à faire périr les Insectes par les gaz ou vapeurs délétères, comme l'oxyde de carbone, l'acide sulfhydrique, la benzine, le sulfure de carbone, qui agissent promptement sur les Mammifères et les Oiseaux où l'introduction d'air est forcée et continue. En général, l'Insecte ne périt que lentement dans le gaz toxique, et plutôt par asphyxie que par empoisonnement. Un fait curieux, constaté par M. Milne Edwards sur les Charançons qui dévorent les blés, trouve encore facilement sa raison d'être dans cette occlusion volontaire des stigmates. S'il n'y a qu'une petite quantité de gaz véné- neux, l'Insecte meurt promptement, car l'air empoisonne pénètre, en quelque sorte à son insçu, par les stigmates béants ; dans le second cas, au contraire, une impression tactile ou odorante de l'air trop chargé du gaz nuisible amène une fermeture immédiate, et l'Insecte résiste. 11 est bon de ne mettre à la fois dans les boîtes des collections d'Insectes, où l'on veut tuer les espèces qui s'y introduisent pour dévorer les sujets conservés, qu'une faible dose de benzine, ou de sulfure de carbone, ou d'acide phénique. De là encore une très-grande incertitude règne nécessairement sur toutes les expériences de chimie physiologique où l'on veut établir une relation entre les gaz inspirés et expirés par les Insectes vivants, ou bien entre l'oxygène qui leur est fourni et la chaleur que leur corps dégage. On n'est jamais certain que les gaz qu'on leur fournit pénètrent eu entier dans leurs trachées ; on ignore dans quelles proportions des plus variables ils peuvent s'y introduire, et l'on ne sau- rait affirmer que les gaz exhalés proviennent de l'appareil respiratoire plutôt que d'une émanation cutanée. D'une manière normale ou théorique, chaque anneau ou zoonite tend à offrir sur ses côtés deux stigmates ordinairement placés entre les deux arceaux, dorsal et ventral, de l'anneau. 11 y a toujours par réduction certains anneaux qui eu manquent, ainsi ceux de la tète et les derniers de l'abdomen qui portent les armures génitales. Le premier anneau du thorax, qui ne porta jamais d'ailes, offre toujours une paire de stig- mates, qui paraissent manquer au contraire sur les anneaux du méso- Ihorax et du métathorax, anneaux alifères, pour reparaître sur les an- neaux abdominaux. 11 semble normalement y avoir exclusion entre les orifices sligmatiques et les ailes qu'on pourrait dès lors regarder comme des sortes de trachées extravasées. M. E. Blanchard est fortement persuadé de l'existence de cette loi, bien que plusieurs auteurs aient annoncé, chez divers Insectes de tous les ordres, l'existence d'une seconde paire de stigmates thoraciques entre le second et le troisième anneau. C'esl l'auatomie interne qui peut seule bien décider la question en faisant voir s'il y a une tracliée d'origine allant du stigmate au tronc trachéen, ou si celui-ci n'a qu'un vestige iniperforé. Il peut arriver aussi, selon ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — RESPIRATION. 29 M. E. Blanchard, que le premier anneau de l'abdomen, se soudant à l'an- neau raétalhcracique et apportant son stigmate, fasse croire à une se- conde paire de stigmates thoraciques. Les premiers anneaux de l'abdomen sont pourvus de huit ou de sept paires de ces orifices ; par dégradation ou par des conditions spéciales d'existence, ce nombre se réduit de plus en plus; et, quand Plnsecte, larve ou adulte, Ait plongé dans l'eau ou dans des matières molles, sans cesser de respirer l'air en nature, les stigmates peuvent se borner à une seule paire à la partie postérieure de l'abdomen. Ou trouve quel- quefois alors des stigmates imperforés, vestiges physiologiquement inu- tiles, et dont la signitication plùlosophique atteste la tendance de la nature à l'unité de composition organique. Quand les Insectes, aériens parla respiration, vivent dans l'eau, des artifices spéciaux permettent l'introduction de l'air dans les stigmates ; souvent des tubes aspirateurs ou des trompes caudales, dont l'extrémité aboutit à l'air libre, viennent apporter le fluide aux stigmates posté- rieurs de l'abdomen. 11 arrive, dans certaines familles des ordres des Névroptéres et des Diptères, que les larves ont une existence encore plus aquatique et demeurent toujours plongées dans l'eau, sans avoir besoin de puiser l'air à la surface, ha respiration devient alors bran- chiale, mais seulement pour l'appareil d'introduction et de sortie des gaz ; contrairement à ce qui se passe dans les Vertébrés, l'appareil res- piratoire demeure dans sa partie fondamentale ce qu'il est chez les autres Insectes. Le plus souvent, ces branchies sont extérieures, en la- melles, en houppes latérales ou terminales sur les anneaux de l'abdo- men, en simples appendices ciecaux, là où des stigmates les remplace- ront chez l'adulte. Dans les larves des Libellules, elles sont à l'intérieur d'une cavité empruntée à un autre appareil et où entre l'eau, le rec- tum. Cette sorte de négligence de la nature à créer un organe spécial montre le peu d'importance attachée par elle à cette forme essentielle- ment transitoire. Dans ces délicates expansions cutanées se logent des trachée qui communiquent avec le réseau intérieur de la môme façon que les tubes qui s'abouchent aux stigmates, de sorte que ces branchies ne sont que des trachées flottantes imperforées, appropriées à un échange endosmotique entre les gaz intérieurs et l'air dissous dans l'eau ; elles ne remplacent que les stigmates. Dans ces houppes bran- chiales des larves aquatiques se trouve constamment de l'oxygène, dont Dutrochet a cherché à expliquer la présence par les seules forces de l'osmose. M. Rert pense qu'il faut plutôt rapprocher ce fait de la sécré- tion d'oxygène qui s'opère dans la vessie natatoire des Poissons (Biot, A. Moreau, etc.) (1). Le réseau trachéen interne est plus ou moins compliqué. Réduit à sa forme la plus simple, ainsi chez quelques Hémiptères [aptères, ce ré- (1) I\ Bert, Leçons sur la respiration. Paris, 1870, p. 198. 30 INTRODUCtiON. seau se compose de tubes isolés partant des stigmates, avec des ramifica- tions allant aux organes voisins; presque toujours des canaux anasto- motiques rattachent ensemble ces arbuscules aériens isolés. Les plus importauls sont des canaux longitudinaux reliant les trachées de chaque anneau, de manière à former en général deux troncs aériens de chaque côté du corps, dépassant le plus souvent en diamètre les troncs qui vont aux stigmates. Du stigmate du prothorax partent deux tubes , l'un allant à la tête jusqu'au bout des antennes, et l'autre descendant se réunir au tube de l'abdomen. Celle disposition est la plus habituelle : c'est celle des larves des Coléoptères, des Hyménoptères, des Lépido- ptères, de beaucoup de Diptères. Dans les cas particuliers où les stigmates abdominaux se réduisent à la paire postérieure, il en part deux gros troncs qui remontent latéi'alement et se ramifient. Parfois, entre les troncs trachéens longitudinaux sont des canaux de réunion transverse, faisant communiquer l'air des deux moitiés du corps par des sortes d'échelons ; ces dernières commissures sont bien moins fréquentes que les précédentes. Dans leur forme première les trachées sont toujours tubulaires ou. cy- lindro'ides dans toutes leurs ramifications. C'est ce qui existe sans ex- ception dans toutes les larves et dans les adultes des familles d'Insectes où le vol est nul ou médiocre, ainsi chez les Insectes aptères, les Cara- biques et la plupart des Coléoptères, la plupart des Orthoptères, les Hémiptères aquatiques, etc.; mais quand l'Insecte doit acquérir la possibilité d'un vol de longue durée ou d'un vol rapide, les trachées tubulaires de la larve commencent à se modifier dès la chrysalide ou la nymphe, et deviennent chez l'adulte, dans une partie plus ou moins considérable de leurs rameaux, des trachées vésiculaires. Un véritable anévrysme normal se produit, la tunique interne renforcée par le fil élastique s'atrophie ; l'autre tunique persiste, mais, cédant à l'action de l'air, se dilate en ampoules. D'une manière générale, sans toutefois prétendre suivre cette loi avec trop de détail, on peut affirmer que le nombre ou la dimension de ces vésicules est en raison directe de l'énergie de la locomotion aérienne. Dans les Lamellicornes, les Buprestes, les Dytiques (Coléoptères), les Libellules, on voit apparaître sur les rameaux aériens de nombreuses et petites ampoules. Chez les Acridiens et autres Orthoptères susceptibles de migrations, quoique habituellement de vol faible, des sacs pneuma- tiques dorsaux se développent aux dépens de tubes anaslomotiques transverses. Le plus souvent les poches à air se trouvent sur les deux gros troncs longitudinaux, ainsi chez les Lépidoptères, les Cigales (Hé- miptères), la plupart des Hyménoptères et des Diptères. Chez les Abeilles et les Honrdons, ces deux troncs sont devenus deux vastes et longues vessies aériennes, et ils se renflent postérieurement en ballons abdomi- naux chez la plupart des Diptères. On avait très^peu compris autrefois le rôle de ces ampoules des tru- ANATOMIE ET l'HYSlÔLOdllî. ^- GUAI.LLK AMMALE. 3t chôes vésiciilaires. En trouvant dans los larves un appareil aérien ta- bulaire, mais plus ramitié, ou avait même prétendu que leur système respiratoire était plus parfait que celui des adultes, ce qui eût constitué une dérogation formelle au principe général du perfectionnement des org^-tiismcs avec l'évolution. La perfection de l'organe de la respira- tion des Insectes consiste à recevoir une plus grande quantité d'air, à l'accumuler pour produire une hématose plus considérable, en rapport direct avec une force motrice musculaire, et aussi, comme nous le verrons, avec un dégagement de chaleur propre proportionnel à Téner- gie du vol. Va\ outre, ces vésicules, chargées d'air, doivent servir à gon- fler le corps, en diminuant sa densité moyenne, à l'alléger, notamment dans ces Coléoptères trapus ou à grosse tète (Scarabées, Hannetons, Lucanes), qui ont, par leur forme même, le vol difficile. La force du vol est non-seulement en corrélation avec la charge d'air des trachées, mais aussi avec les mouvements nécessaires pour y intro- duire l'air. Ce fluide entre et sort par le mécanisme du soufflet, et par cette loi si approchée de la force élastique d'un gaz de masse constante inverse au volume qu'il occupe. Des variations de volume se produisent dans les trachées par le jeu longitudinal de segments abdominaux, ou par le rapprochement et l'écartement des deux arceaux des anneaux. De là des inspirations et des expirations en nombre très-variable, 30 à 50, par minute, si l'Insecte, l'Abeille, par exemple, est calme ; de 110 à 130, si elle frémit des ailes en même temps que s'élève la température de la ruche (Nevvport). Chez les lourds Coléoptères, avant de prendre l'es- sor, des mouvements saccadés des élytres un peu soulevées puis abais- sées, servent à charger d'air les trachées (les enfants disent alors que le Hanneton compte ses écus). Les Acridiens se préparent à leurs longues migrations dévastatrices par plusieurs jours d'inspirations répétées, et leurs trachées, ordinairement alVaissées comme des rubans plats, deviennent alors gonflées et cylindriques (E. Blanchard). On constate ces mouvements inspirateurs par resserrement et dilata- tion des arceaux de l'abdomen de la manière la plus visible cl\cz ces grandes Libellules (genres ^nao:, Aischna, Gompims, etc.), qui parcourent les allées des bois d'un vol aussi rapide que celui de l'Hirondelle. Il sera possible de rechercher sur de gros Insectes, comme des Sphinx, en emboîtant leur abdomen dans une flexible enveloppe de caoutchouc reliée à un slyle, d'obtenir un tracé graphique de ces mouvements, et d'étudier leur rhythme dans ses deux périodes, comme M. Rerl l'a l'ait avec tant d habileté pour les Vertébrés de diverses classes. Chaleur animale. Nous n'avons pas à discuter ici l'origine de la chaleur animale. Il est certain qu'elle se rattache d'une manière directe à la combustion res- piratoire opérée dans tous les tissus, et à la quantité d'air introduite 32 INTRODUCTIOiN. dans un temps donné dans la masse du sang. On sait qu'on désigne sous ce nom de chaleur animale la chaleur développée à l'état libre dans les tissus et dans les organes des animaux. On divise habituellement les animaux en deux groupes sous ce rapport : les uns dits à sang chaud ou à température constante très-sensiblement, quel que soit celle du mi- lieu ambiant ; les autres, à sang froid, dont la tempéature variable suit à très-peu près celle du milieu ambiant. On a rangé d'abord les Mam- mifères et les Oiseaux dans la première catégorie, et tous les autres animaux dans la seconde. Rien ne serait plus exact si la perfection extraordinaire des Insectes, malgré leur petitesse, n'introduisait de leur part une exception remarquable dans beaucoup de cas. On a d'abord reconnu que, lorsque les Insectes sont réunis en grande quantité, de manière à offrir une forte masse, leur température s'élève parfois beau- coup au-dessus de la température ambiante, ainsi, au moment de l'ac- tivité des Insectes, dans les ruches, les nids de bourdons, les guêpiers, les fourmilières, ou dans des amas d'Insectes adultes ou à l'état de larve (1). Il résulte évidemment de ce fait que les Insectes isolés doivent (1) Réaumur et Huber ont trouvé une forte élévation Ihermométrique dans les ruelles d'abeilles, surtout à l'époque de l'essaimage (voy. mon mémoire Sur la chaleur libre déçiagée par les animaux invertébrés et spécialement les insectes, Thèse pour le doctorat es sciences de la faculté de Paris, et Annales des sciences naturelles. Zoologie, 1869, t. XI, p. 135). Newport a vu dans une ruche en hiver, après que les abeilles eurent été fortement excitées, un excès de 38° centigr. environ sur l'air ambiant, et, en mai et juin, les excès naturels, sans troubler les abeilles, qui sont alors les plus grands de l'année, peuvent atteindre 15". Dans des nids de Bourdons , sans causes extraordinaires de calorification , il observa des excès de 6" à 8" environ au-dessus de l'air ambiant ; dans des guê- piers des excès de là° à 15"; dans des fourmilières des excès d'environ 8", 11", 12". .luch, en 1800, constata un excès de plusieurs degrés au milieu de Cantha- rides renfermées dans un vase de terre. En 1817, Rengger signala un fait analogue pour des Hannetons dans un vase, mais sans pouvoir apprécier au contraire d'excès pour des amas de Chenilles ou d'Insectes aquatiques. M. Regnault indique, dans ses expériences sur la respiration, un excès de 2" centigr. pour le thermomètre maintenu au milieu de Hannetons disposés dans un sac à claire-voie, de sorte que l'air pouvait circuler. Les larves mêmes, en amas, peuvent offrir des excès de tem- pérature quelquefois considérables. Les pêcheurs à la ligne savent très-bien que les asticots (larves de diverses Muscides) dont ils se servent pour amorce, leur font éprouver une sensation de chaleur quand ils les versent de la boîte qui les renferme dans leur main, engourdie par le froid. J'ai constaté, en été, dans une boîte ouverte remplie de ces larves, que le thermomètre s'est élevé de 28" à 32" et est demeuré stationnaire. L'élévation de température la plus remarquable en ce genre est celle que m'ont offert des gâteaux de cire remplis de Chenilles de la Galleria cerella (teigne de la cire). Pendant quelques jours, les excès se sont maintenus à 12°, puis, à mesure que les larves grossissaient, à 2U'> et même 27°. Le pot de terre contenant les gâteaux et les Chenilles était très-chaud à la main. Aucune altération de la cire par fermentation n'existait. 11 y a là une intéressante relation entie l'ali- ment et la chaleur produite par l'animal qui s'en nourrit ; la cire, matière des plus combustibles, détermine une chaleur propre considérable. Cette expérience fournit un bon argument à l'appui de l'opinion, au reste généralement admise aujourd'hui, que la chaleur animale a pour cause fondamentale, sinon exclusive, la combustion respiratoire. ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — CHALEUR ANIMALK. 33 dégager de la chaleur; mais aucune comparaison possible ne peut se déduire de semblables expériences. Des Insectes accumulés en vases plus ou moins clos, gênés les uns par les autres, sont dans des condi- tions anormales ; la chaleur réfléchie et difi'usée par les parois du vase revient échaufï'er les Insectes et r(''agit, eu les excitant, sur leur orga- nisme. Les observations sur les Insectes isolés, pour être rigoureuses, exigent des précautions particulières, qui n'ont sans doute pas été prises dans les anciennes observations. Il faut éviter avec soin rinflucnce du rayonnement du corps de l'observateur, et surtout du contact de ses doigts. On lie doit pas placer les Insectes dans des vases de verre, sub- stance diathermane, soumise aux radiations caloriques extérieures, ni en vase fermé, ce qui amène un trouble dans la respiration. C'est ce qu'on peut reprocher à une ancienne expérience de Ilaussmann, en 1803: la première, à ma connaissance, sur un Insecte seul. Un Sphinx convulvuli, renfermé dans une fiole de verre, avec un thermomètre placé à côté, donna une élévation de 17" à 19° H. Elle fut analogue avec un Carabus hortcnsis, probablement par quelque échauf- femcnt accidentel dû à la main de l'opérateur. Il est facile de comprendre que la petite masse du corps d'un Insecte amène dans le problème de la mesure de sa chaleur un élément per- turbateur spécial. Avec les animaux de grande masse, et surtout chez les Mammifères et chezles Oiseaux, où la respiration continue et la circu- lation précipitée produisent un dégagement incc.-sant et considérable de chaleur, l'influence du milieu ambiant est habituellement négligeable. 11 n'en est plus ainsi assurément pour de petits animaux de très-faible poids et dont la respiration est en général intermittente : c'est cette in- fluence qui ne nous permet de constater sur les Insectes pris isolément que des excès de température en général très-faibles, alors que, réunis au contraire en amas, ils offrent parfois des excès comparables k ceux des animaux supérieurs. En outre, le thermomètre, quel qu'il soit, dont on se sert, offre une masse bien supérieure le plus souvent à celle de l'animal isolé, ce qui tend à amener un prompt équilibre en abais- sant rapidement la température de la source. Deux classes de thermomètres ont été employées pour les Insectes. Ces instruments indiquent seulement des différences dans la tempéra- ture ambiante, incontestablement liées aux phénomènes de la respira- tion et de la circulation, mais sans aucune corrélation numérique pon- dérable pour les effets chimiques produits. Dans les uns, appareils thermo-électriques, l'effet calorifique est en relation avec le courant électrique développé et avec la déviation de l'aiguille aimantée du galvanomètre qui en est la conséquence ; dans les thermomètres ordi- naires, principalement à mercure ou à air, l'elVet calorifique se traduit par une dilatation d'un corps constant et identique avec lui-mènic John l>avy (1826) introduisait dans le corps de l'Insecte, fendu par une large incision, le réservoir d'un thermomètre à mercure. Ce pro- (JIU.VKD. 3 Si INTRODUCTION. cédé produisait chez l'animal la plus violente perturbation, devant sin- gulièrement exagérer le résultat normal ; et, en outre, le liquide s'écou- lant de la blessure et subissant une évaporation pouvait amener un refroidissement Irès-variable. Aussi Newport, frappé de ces inconvé- nients, dans ses nombreuses recherches sur les Insectes isolés, au moyen du thermomètre à mercure (1837), avait imaginé, au moyen de pinces entourées de laine et de la main gantée de laine, de maintenir l'Insecte en contact avec le réservoir du thermomètre par le plus grand nombre de points de son abdomen, de manière à l'en recouvrir le plus possible. Il se servait de très-petits thermomètres à mercure, dont le réservoir avait à peine le diamètre d'une plume de corbeau. Pour les Insectes très- actifs difficiles à contenir, il s'est en général contenté du moyen, si gros- sièrement approximatif, d'Haussmann. Dans ces expériences, la néces- sité de faire poser constamment l'Insecte sur le thermomètre et de vaincre sans cesse ses efforts pour s'échapper, doit amener chez l'ani- mal un état de trouble violent, qui n'est pas sans influence sur sa chaleur propre. En outre, le rayonnement du corps de l'opérateur, qui peut produire sur des thermomètres très-délicats des variations allant de 1/5'' à 1 degré centigr., n'est que trop imparfaitement évité dans les expériences du naturaliste anglais, et ôte toute confiance aux nombres absolus, en laissant subsister, il est vrai, les résultats comparatifs, les plus importants du reste, dans la question. Nous inviterons ceux qui veulent répéter les expériences de John Davy ou de Newport à placer l'Insecte, entouré d'une épaisse couche d'ouate ou, mieux, de duvet de cygne^ en le tenant par une longue pince de bois, et à appliquer alors le thermomètre intérieurement ou superficiellement. 11 est bon de noter que si l'introduction du thermomètre par vivisection amène un trop grand dégagement de chaleur, la masse même de l'instrument, en absorbant une partie, et diminuant par là. la chaleur de la source, une compensation, partielle au moins, s'établit entre ces deux causes d'erreur inverses, et les nombres obtenus sont plus voisins qu'on ne pourrait le croire au premier abord de la véritable température inté- rieure et normale des animaux. Une cause d'erreur commune à toutes les expériences précédentes est la nécessité de faire concorder les indications du thermomètre sur lequel agit l'Insecte avec celui qui donne la température de l'air am- biant, continuellement modifiée par la présence de l'observateur. Aussi, un instrument différentiel, protégé par des écrans , observé à grande distance de l'opérateur, nous a paru préférable. Nous avons choisi le thermomètre (à air) différentiel de Leslie, gradué avec le plus grand soin, par comparaison avec le thermomètre à. mercure, et donnant aisé- ment l/ZiO'^^ de degré centigr. L une des boules a subi une modification importante. Klle offre une profonde cavité intérieure, de sorte que le volume de l'air compris dans la zone concentrique soit sensiblement égal à celui de Pair de l'autre boule. Les boules, revêtues d'une feuille ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. CHALEUR AMMALE. 35 d'argent, devenant par suite athermanes et très-peu émissîves, conser- vent le plus possible la chaleur interne et n'admettent pas de radia- tions étrangères. Un écran, percé d'une glace devant la colonne graduée, permet de lire à grande distance, sans aucun trouble pour l'instrument. I/orifice rétréci de la boule est fermé par un bouchon muni d'un tube par lequel l'air entre et sort librement. L'Insecte, saisi au moyen d'une longue pince de bois, est placé dans la cavité, y demeure sans éprouver l'iG. 1. — Thermomètre différentiel de Leslie, modifié pour l'étude des faibles sources calorifiques. aucune pression, au repos ou en mouvement \olontaire, respirant li- brement dans un air normal. La chaleur superficielle de tout son corps agit sur la masse d'air clos qui l'entoure et qui est bien plus faible que celle d'un réservoir à mercure, avantage inconteslable. Elle pousse la colonne liquide indicatrice, de manière que celle-ci se meuve devant la graduation différentielle centigrade. Dans quelques cas spéciaux, avec des Insectes de forte taille et à cavité rectale large et droite, comme pour les grosses Chenilles, le thermo- mètre à mercure peut être employé d'une lagon très-exacte, de même 36 INTRODUCTION. que dans la recherche de la chaleur iatcrnc des Vertébrés. Ou peut in- troduire par le rectum un réservoir thermométrique très-eftilé, sans aucune lésion, abrité et soustrait aux radiations externes, et obtenir ainsi des résultats exacts et précis, à cause delà différence qu'une puis- sante évaporalion cutanée peut amener entre les températures de l'in- térieur du corps et du dehors. Les fortes (Ihenilles n'éprouvent pas de trouble par cette épreuve. On les voit continuer ensuite à manger, puis filer leur cocon. Ce sont les appareils thermo-électriques qui, par leur extrême sensi- bilité, bien supérieure à celle des instruments précédents, sont aptes à donner des indications calorifiques dans la majorité des cas. Ces instru- ments se divisent en deux groupes : les aiguilles thermo-électx'iques, associées de manière à offrir un circuit ù deux soudures, formées de fer et de platine, enduites de gomme laque, sauf à l'extrémité aiguisée en pointe de chaque soudure, et les piles thermo-électriques, à barreaux multiples de bismuth et d'antimoine, ou d'alliages encore plus sensibles, assemblés en faisceaux prismatiques, dont les bases sont formées des soudures, d'ordre pair et impair, enduites de noir de fumée. Les aiguilles thermo-électriques ont servi à MM. Becquerel et Brcschct pour établir la température des diverses régions chez l'homme et chez les animaux supérieurs. M. Becquerel a soin de prévenir les expérimen- tateurs des difficultés propres à ces instiuments et qui peuvent amener de graves inexactitudes entre des mains inhabiles. Il faut s'être assuré d'une parfaite identité dans les deux soudures, éviter tout contact des doigts, se mettre en garde contre les réactions chimiques des milieux sur les métaux des aiguilles et contre les froids dus à Févaporation des liquides adhérents. 11 ne faut jamais négliger de contrôler de temps à autre les expériences au moyen du thermomètre à mercure ; or, ce contrôle est la plupart du temps impossible ou très-grossier pour les Insectes, vu leur petitesse. Les expériences de Dutrochet (1), par cette méthode, présentent de graves défauts qui les rendent fort inférieures à celles de IS'ewport, malgré le peu de précision de celles-ci. Elles sont en outre si peu nom- breuses qu'il n'avait pas un droit suffisant pour en généraliser les con- séquences. Les aiguilles, fer et cuivre, étaient d'abord moins sensibles que les aiguilles fer et platine, inconvénient notable pour des sources aussi faibles que des Insectes isolés. Si les aiguilles donnent de bons résultats pour les gros animaux, c'est qu'elles ne produisent chez eux que des lésions insignifiantes, et que la forte quantité de chaleur des sources rend négligeables les causes d'erreur. Pour les Insectes, la bles- sure de l'aiguille constitue un trouble important, tout à fait comparable à celui qu'on reproche avec raison aux expériences au thermomètre à mercuru avec vivisections. En outre, la soudure, toujours enfoncée par (1) Duli'ocliel, Atm, se. uat., ZuoL,; 2<^ scr., XIII, 5. ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — CJIALEUR ANIMALE. 37 Dutroclietà 5 millimètres, rencontrait, selon la taille des Insectes, les organes les plus divers. Or, ainsi que nous le verrons, la chaleur varie liiez les lusecles suivant les régiinis, et même avec des ditlerences bien plus marquées que chez les N'ertébrés à sang chaud. Pour éviter l'in- fluence de révaporation,I)utrochetplacait l'Insecte, allacliéà la soudure, sous une cloche, dans une atmosphère saturée de vapeur d'eau, anor- male par conséquent. A l'air libre, en effet, il obtenait tantôt du chaud, tantôt du froid pour les Insectes les plus analogues, et allribuait ce der- nier à l'évaporation superficielle, sans remarquer que la soudure était toujours dans les parties profondes et non à la surface du corps. l.'elVet provenait d'erreurs accidentelles, notamment de liquides extravasés, coulant sur la soudure. Les aiguilles ne sont d'un emploi acceptable, dans les expériences sur les insectes, que si elles sont enfoncées dans des téguments assez durs ponr empêcher tout écoulement de liquide. Les aiguilles thermo-électriques ne sont pas assez sensibles pour appré- cier une différence de température, si elle existe, entre les Insectes aquatiques et l'eau ambiante. La grande capacité calorifique de l'eau peut au reste amener un équilibre qui n'existerait pas dans l'air ; c'est ce qui arrive pour les Vertébrés inférieurs aquatiques. Les piles thermo-électriques, formées de bismuth et d'antimoine, l'em- portent sans contestation sur tous les autres moyens tliermométriques par leur extrême sensibilité ; seules elles donnent des indications avec une foule de petites sources calorifiques, inappréciable par d'autres ap- pareils ! ainsi elles sont influencées par des Coccinelles dont le poids varie de 0-'',008 à 08'',01'1. Bien plutôt pour démontrer la grande sensibilité de leur appareil que pour faire des recherches physiologiques, Nobili et Melloni avaient imaginé ilSuf) de disposer des miroirs con- caves de laiton poli de part et d'autre des faces de leur pile, placée horizontalement, el, dans l'intérieur, des fourreaux de laiton qui l'em- boîtent à chaque bout. Au foyer d'un des miroirs était disposé un In- secte isolé, retenu sans lésion dans un réseau de fils de métal. Plus de quarante Insectes, de divers ordres et à divers états de métamorphoses, furent ainsi essayés, et tous, par rayonnement, donnèrenl une chaleur sensible à la pile. Les auteurs se conlentèrent, sans autre détail, d'énoncer que les In- sectes isolés dégagent de la chaleur par la surface de leur corps, fait important, déjà démontré par Ilaussmann, mais que Melloni et Nobili étendaient à beaucoup plus d'exemples, il faut remarquer que les au- teurs opéraient dans une masse d'air confiné beaucoup trop limitée, dont la l<'mpérature, en s'élcvant sensiblement, pouvait réagir sur l'aiiinial ; de plus, on ne peut lier d'une manière simple l'efl'et ther- momélrique de ce rayonnement à distance avec la chaleur de la sur- face du corps des Insectes; enfin, les auteurs, ne parlant aucunement des précautions à prendre; pour placer ces pelits animaux, ont [)cnl-èlre pu les écli.-iuffer avec les d'jigts, car souvent les Insectes ne sonl pas iS INTRODUCTIO?*. assez chauds pour influencer notablement à distance la pile thermo- électrique ; leurs résultats ont été très-faibles. Il en est tout autrement si l'on dispose la pile de Melloni et Nobili de façon que l'Insecte agisse au contact même des barreaux ; il suffit de la placer verticale et de laisser tomber l'animal, appuyé par son poids, sur la face supérieure- Un large cône de métal, athermane, mel la pile, outre plusieurs écrans, à l'abri de tout rayonnement étranger, et empêche en môme temps la déperdition d'une partie de la chaleur de l'animal ; il est ouvert, de sorte que l'Insecte reste toujours à l'air libre sans lésion ni gêne ; il faut y joindre seulement, pour les Insectes très- vifs, un léger diaphragme de fil de laiton qui les empêche de remonter. On ne doit porter les Insectes à la pile qu'au moyen de longues pinces de bois. La forte masse des barreaux tend sans cesse à ramener l'équilibre ca- lorifique; mais, en raison des dégagements de chaleur de la source vivante, variables selon les contacts avec les soudures et selon des causes inhérentes à l'animal, il se produit des stationnements de l'aiguille du galvanomètre, qui rendent le phénomène tout à fait différent du cas où un corps inerte, de masse analogue et un peu échauffé, est soumis au contact des barreaux et revient à l'équilibre par les seules lois phy- siques de la conductibilité et du rayonnement. Les indications d'une pile donnée sont bien comparables à elles-mêmes, et les rapports qu'on peut déduire des déviations sont précis ; la précision est bien moindre, si, par les procédés approximatifs de graduation empirique que donne la physique, on veut passer à des évaluations en températures centi- grades. Nous devons faire cette remarque générale que, dans les re- cherches sur la chaleur des Insectes, les résultats comparatifs sont les plus importants, et que les causes d'erreur si nombreuses de ces déli- cates expériences donnent toujours une médiocre valeur aux nombres absolus. Quand il s'agit des Mammifères et des Oiseaux, on emploie également pour la mesure de leur chaleur propre une tout autre méthode, celle du calorimètre, où cette chaleur est mesurée en calories. Cette méthode offre l'intérêt considérable de permettre de décider si le nombre de calories produites par l'animal est égal ou non à celui qu'a du dégager la combustion respiratoire, d'après les poids de carbone et d'hydrogène brûlés par l'animal et obtenus par la pesée des résidus de la combustion respiratoire. Mais les Insectes sont malheureusement les animaux qui se prêtent le moins à l'étude physico-chimique des phénomènes respi- ratoires, parce qu'ils peuvent, comme nous l'avons vu, fermer leurs stigmates, ne pas laisser entrer le gaz ambiant et vivre fort longtemps aux dépens de l'air contenu intérieurement dans leurs trachées. De plus, comme la méthode n'a quelque exactitude physiologique qu'à la condition d'opérer sur un animal isolé, la petite musse d un lusecle r«nd illusoire l'emploi du calorimètre à eau, les corrections devenant aussi fortes que la quantité principale à mesurer. INous devons donc, ANATOMIK ET PHYSIOLOGIE. — CHAEEUR ANIMALE. 39 pour les Insectes, nous borner aux évaluations thermométriques, et il est très-important de mettre en œuvre, ainsi que nous l'avons fait con- naître, plusieurs moyens thermométriques très-distincts; la concordance des résultais nous donne alors l'assurance que les phénomènes observés sont propres aux Insectes et non pas dus à quelque cause d'erreur inhé- rente à un procédé spécial. Il est en outre absolument nécessaire d'ac- compagner le résultat thermique du poids de l'Insecte mis en expé- rience : cet élément est ici de la première valeur, vu l'influence consi- dérable du milieu ambiant et de la masse du thermomètre; les valeurs obtenues sont toujours des approximations en moins. Que l'on trouve, par exemple, pour la surface du corps d'un Bourdon, en état d'activité musculaire et respiratoire, un excès de 2 à 3 degrés centigr. au-dessus de la température de l'air ambiant, on sera tenté, au premier abord, d'assi- miler le phénomôme à ce qui se passe pour les Reptiles et les Batraciens, pour lesquels le thermomètre donne des résultats analogues ; mais si l'on vient à réfléchir que ce Bourdon ne pèse que 3 à. h dôcigrammcs, on est porté à le rapprocher des animaux supérieurs, à respiration puissante. Les Insectes, en efi'et, selon les conditions très-variables de leur activité respiratoire, ressemblent tantôt aux Vertébrés à sang chaud, tantôt aux Vertébrés à sang froid. Si nous passons maintenant à l'étude sommaire des résultats consta- tés par divers observateurs, nous remarquerons d'abord que les Insectes, plus qu'aucun autre groupe d'animaux, font ressortir la liaison intime de la chaleur animale et de la combustion respiratoire, de sorte qu'on doit voir dans cette chaleur une conséquence directe de cette combus- tion, tant les variations dans l'activité de la fonction respiratoire se traduisent immédiatement par des variations correspondantes dans la température du corps. La chaleur propre des larves et des nymphes, dans les Insectes à mé- tamorphoses complètes, est inférieure à celle des adultes. Le repos des Insectes, l'abstinence d'aliments, le sommeil, se traduisent immédiate- ment et de la manière la plus sensible par une diminulion de la cha- leur propre. Il résulte des observations de Newporl et des nôtres sur le Ver à soie, que les larves, au moment des mues, offrent un abaissement dans leur chaleur, fait qui vient justifier le conseil donné aux magna- niers par M.Quatrefages, d'élever la température à l'époque des mues, alors que certains d'entre eux choisissent au contraire ce moment pour éteindre les feux. Les Coléoptères terrestres, ainsi que les Carabes, oui: une chaleur propre moindre que les Coléoptères volants, quoique sou- vent ces Coléoptères terrestres soient très-agiles dans leurs mouvements. La chaleur des gros Sphinx (Lépidoptères) est sensible aux doigts quand on les saisit. Les Diptères, les Sphingides et les Noctuelles en activité (Lépi(l(jptères), les Hyménoptères surtout, ont la chaleur propre la plus considérable, et parmi ces derniers, les Bourdons à corps poilu un peu plus que les espèces à corps lisse. Nous donnerons des nombres quand UO INTRODUCTION. nous nous oc( iiperons des ordres et des familles. Ces faits sont en rap- port remarquable avec les données anatomiques d'un appareil respi- ratoire plus vaste et plus parfait, quoique moins ramitié dans l'adulte que dans la larve, de trachées simplement tubulcuses dans les Cara- biques, vésiculaires chez les Scarabéides, hypertrophiées en ampoules considérables dans certains Hyménoptères et Diptères, etc. D'autre part, l'intermittence dans le développement calorifique chez beaucoup d'in- sectes, selon le vol ou le repos, s'accorde avec une introduction très- variable de l'air dans les trachées. Jamais les Insectes adultes, même dans les états de sommeil ou d'af- faiblissement, ne présentent d'abaissement au-dessous de la tempéra- ture ambiante pour la surface de leur corps, l'air extéiùeur, librement renouvelé, restant dans ses conditious ordinaires. Ce fait, qui nous est prouvé par plusieurs centaines d'expériences sur les Insectes de tous les ordres, infirme les conclusions de Dutrochet, établies d'après un très- petit nombre d'expériences, et affectées d'erreurs dues au procédé physique de mesure de la chaleur. Les larves et nymphes des Insectes à métamorphoses incomplètes se comportent comme les adultes, pré- sentent toujours comme eux une élévation de température au-dessus de l'air ambiant, ou au moins une température égale, en un mot, à masse égale, se trouvent absolument dans les mêmes conditions pour la chaleur propre. Il n'en est plus toujours ainsi pour les Insectes à métamorphoses complètes. Souvent, pour les Chenilles à coi*ps lisse, la surface du corps s'abaisse au-dessous de la température de l'air, ce qui montre que le dégagement de chaleur par la combustion respiratoire peut L'Ire insuffisant pour compenser la perte duc à l'évaporation super- ficielle ou transpiration cutanée. Le même fait se présente pour les chrysalides, bien entendu lorsque la température ambiante est assez élevée ; l'évaporation cutanée est prouvée dans ce dernier cas de la ma- nière la plus évidente parles pertes de poids croissantes, les chrysalides ne prenant pas de nourriture et ne rendant pas d'excréments. Le cocon, dont un grand nombre de chrysalides de Lépidoptères et d'Hyméno- ptères s'enveloppent, sert à empêcher une dessiccation trop rapide de la chrysalide, qui coïncide avec un refroidissement superficiel funeste. En efl'et, nous avons constaté, dans un très-grand nombre d'expériences, que les chrysalides en cocon présentent une notable élévation de tem- pérature au moment où on les sort de cette enveloppe prolectrice; puis, laissées à l'air, elles perdent peu à peu de leur poids par évaporation et descendent souvent, pour la surface de leur corps, au-dessous de la température ambiante. En hiver, les Chenilles rases engourdies et les chrysalides reviennent à la température ambiante ou à de Irès-faibles excès en dessus. Les refroidissemcnis superficiels dus à l'évajjoralion ne se produisent plus dès que la (empéralurtî devient très-voisine de 0", résultat tout à fuit conforme aux données de la physique. Enfin il arrive souvent que, parmi plusieurs chrysalides de même espèce, placées à ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — CIIAT.KUR AMMALK. ^l côté les unes des aulres, il en est qui sont notablement plus cliaudes que les aulres, absolument dans les mêmes conditions extérieures ; cela indique que le travail de transformation doit s'opérer par intermittences, avec 'des périodes de repos complet où la température redevient trî's- sensiblement celle de Tair ambiant. On sait, en physiologie, que ces intermittences sont fréquentes dans les évolutions organique?. Nous avons pu, au moyen du thermomètre différentiel à air modifié, mesurer la chaleur propre supertîcielle des Libellules ou Demoiselles (Névroptères), dont le corps grêle et allongé ne se prêtait à aucun des anciens procédés, et constater que, lors de l'activité de leur vol, elles ont une température élevée, un peu inférieure, à poids égal, à celle des Bourdons, et tout à fait analogue à celle des Hyménoptères à corps lisse. Les Hémiptères, négligés parles précédents observateurs, nous ont donné, pour les Géocorises, ou Punaises terrestres, une faible chaleur propre, bien moindre que celle des Hyménoptères, des Lépidoptères et des Di- ptères. D'une manière générale, la chaleur superficielle des Coléoptères est médiocre, résultat auquel, outre l'état de l'appareil respiratoire, doivent contribuer l'épaisseur et la faible conductibilité des téguments. Les Insectes aquatiques placés dans l'air (les Coléoptères du moins) se comportent tout à lait sous le rapport du dégagement de la chaleur comme les Insectes terrestres de même masse, appartenant au même ordre et de mobilité analogue, ce qui s'accorde parfaitement- avec l'identité du mode de respiration. On sait de même que les Mammifères pisciformes, hors de l'eau, ne présentent pas une chaleur moindre que les Mammi- fères terrestres. (Juant aux Insectes aquatiques maintenus au sein de l'eau, leur température ne paraît pas s'élever au-dessus de celle du liquide ambiant, mais ce résultat négatif peut tenir au défaut de sensi- bilité des aiguilles thermo-électriques. Le sexe présente une influence marquée sur le dégagement de la chaleur superficielle dans certains groupes d'Insectes. Ainsi, chez les lîombycides (Lépidoptères), les mâles sont plus chauds que les femelles; et si, au premier abord, ce fait paraît naturel, en considérant que les mâles, bien plus actifs, offrent une combustion musculaire plus consi- dérable, on aurait pu toutefois penser qu'une compensation s'établirait eu égard à la masse, habituellement bien plus forte, des femelles. L'expérience seule pouvait décider. On doit bien se garder de géné- raliser un pareil résultat; nous n'avons pu constater aucune relation sexuelle dans de nombreuses expériences sur les Bourdons, sur les Libellules, ni sur diverses espèces de Phalénides et de Noctuelles (Lépidoptères). On sait que, par des expériences imporlaiilcs, John Da\y, MM. Bec- querel et Breschel, plus tard MM. Claude Bernard et WaU'erdiu, sont parvenus à établir certaines différences dans les températures de di- verses régions du corps des animaux supérieurs, que .'\IM. Bccqueii'l et Breschet notamment oui pu constater chez 1 lionnue un excès dCiiNinMi k2 INTRODUCTION. 1 degré cent, sur un muscle eu contraction comparativement au même muscle en repos. Il était intéressant de rechercher si des faits analogues existent chez les Insectes, d'autant plus qu'il y a là une dépendance spéciale de la disposition du système nerveux, de la présence de cer- taines glandes, etc. Dans les Chenilles, la chaleur n'est pas localisée dans certains anneaux, mais appartient à tous, ce qui concorde bien avec la dissémination analogue des» centres nerveux. Elles affectent d'autant plus l'appareil thermo-électrique qu'un plus grand nombre de leurs anneaux sont en contact avec les barreaux. II en est tout autre- ment chez les Insectes adultes qui présentent une locomotion aérienne puissante ; ils offrent une variation de température entre le thorax et l'abdomen qui atteint des limites tout à fait du même ordre de gran- deur que l'excès de température du corps de l'Insecte sur l'air ambiant, de sorte qu'on peut dire que le thorax est le siège d'un véritable foyer calorifique. Le phénomène est donc d'un tout autre ordre, sous le rap- port de ses proportions, que chez les Vertébrés supérieurs. On peut employer pour le mesurer soit les aiguilles thermo-électriques, placées l'une dans le thorax, l'autre dans l'abdomen ; soit, si l'Insecte est assez gros, le thermomètre à mercure introduit d'abord dans l'abdomen, puis, lorsqu'il est entré en équilibre, poussé dans le thorax. On constatera avec des Bourdons des déviations considérables de l'aiguille du galvano- mètre, indiquant toutes un grand excès de chaleur du thorax sur l'ab- domen. Ces excès, chez les Sphingides {Lépidoptères à vol très-puissant), atteignent des valeurs de Zi à. 6 degrés habituellement, parfois même de 8 à 10 degrés, et sont obtenus dans un temps très-court, presque instan- tané. Chez les Insectes, au contraire, de vol très-faible ou nul, il n'y a pas ou il n'y a que très-peu d'excès de chaleur du thorax sur l'abdomen (ex. : Courtilières, Sauterelles). 11 faut remarquer combien ce résultat, surprenant par sa puissance, est conforme aux données anatomiques. Dans le thorax se trouvent à la fois, chez l'adulte, les puissants muscles des pattes et des ailes, ces derniers en contraction énergique lors du vol et siège d'une forte combustion ; au contraire, les muscles de l'abdomen sont alors inertes. En outre, suivant l'opinion la plus généralement adop- tée, l'activité de la respiration est plus grande pendant le vol dans le thorax que dans l'abdomen, l'Insecte respirant surtout parles stigmates du thorax quand il vole, et par ceux de l'abdomen lorsqu'il est au repos. Enfin, l'excès calorifique du thorax sur l'abdomen est sans doute lié aussi à la prédominance de masse et à la concentration des ganglions nerveux thoraciques comparativement aux ganglions abdominaux. Il faut bien remarquer que si des Insectes de vol très-puissant ont donné des excès du thorax sur l'abdomen de 6 à 8 degrés^ ceux de vol moyen (ainsi les grands Bombycides, Paons de nuit, etc.) n'ont plus que '2 à o de- grés d'excès ; et, enfin, l'excès est très-faible chez de gros Insectes, quand le vol est à peu près nul (Sauterelles vertes, Courtilières, etc.), et peut-être, dans ce cas , tient-il à la différence de conductibilité par différence ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — CHALEUU AMMAI.K. ^4 3 d'épaisseur des tégumenls des deux régions. On peut donc formuler cette loi générale : Chrz les Insectes doués de la locomotion aérienne, la chaleur se concentre da/i s le thorax en un foijer d' intensité 'proportionnelle à la puissance effective du vol. La conformation anatomique des Insectes à abdomen pédicule se priMe parfaitement au fait du désaccord thermique des deux régions. Si chez le Mammifère et l'Oiseau, c'est-à-dire les Vertébrés comparables aux In- sectes par le perfectionnement des appareils de la vie animale, le corps offre partout de larges sections où de nombreux troncs vasculaires per- mettent une rapide propagation de la chaleur avec le sang, et , par suite, un équilibre à peu près complet partout, avec quelle difiiculté, au contraire, les courants sanguins, si transmission il y a, doi\eiil-ils passer par le détroit resserré que constitue le pédicule d'une Guêpe ou d'un Sphex. La chaleur développée dans le thorax lors du vol peut-elle môme passer dans l'abdomen? Quelle différence profonde paraît résulter de ces recherches entre la circulation des Insectes et la circulation rapide des Vertébrés supérieurs, à chaleur promptement disséminée partout! Je dois, pour terminer, faire cette observation que les méthodes d'ob- servation les plus différentes ont conduit au même résultat pour l'excès de température d'une région sur l'autre ; pour les Bourdons et les Han- netons, les aiguilles thermo-électriques ont donné le résultat, et, pour de plus gros Insectes, je me suis servi du thermomètre à mercure, soit au dedans des régions, soit au dehors. Rien de plus aisé que de répéter l'épreuve. On prend au vol un gros Sphinx, on le laisse quelques lieures dans une salle à température constante. Puis l'insecte est main- tenu sur du duvet par une longue pince de bois. On introduit le réser- voir d'un fin thermomètre dan- l'abdomen, et, un premier excès obtenu surl'air ambiant, on pousse l'instrument dans le thorax. Aussitôt, comme par une flamme, le mercure monte de pusieurs degrés en une fraction de seconde. On peut constater de la manière la plus évidente, sur les Bourdons par exemple, que le dégagement externe de leur chaleur propre est en rapport immédiat avec la production du bourdonnement ; la tempéra- ture s'a])aisse dès que l'insecte cesse de bourdonner, se relève aussitôt que reprend le bourdonnement, et cela un grand nombre de fois con- sécutives ; or, on sait qu'alors l'air des premiers stigmates sort et vient frapper les ailes, en outre une contraction musculaire, et, par suite, une combustion, accompagnent ce bourdonnement. Ce fait est tout à fait lié au précédent. Si la chaleur des Insectes, comme cela est constalé déjà par Newport, est en raison directe de l'activité de leurs mouve- ments, on démontre en outre qu'elle est incomparablement plus forte quand l'agitation des membres, des ailes et du corps est le fait propre et volonlaire des insectes, que quand cette agitation provient d'une exci- tation étrangère qui fatigue l'animal et ne le laisse vérilablement pas dans son étal normal. ^l'i INTRODUCTION. Chez quelques Insectes de très-forte taille, surto\it chez les Chenilles, l'introduction rectale, sans lésions, du thermomètre à mercure, permet d'apprécier des différences considérables entre cette température et celle de la surface du corps, différences sans analogie par leur grandeur avec celles des animaux supérieurs, et dénotant sur les sujets des expé- riences une extrême influence réfrigérante de l'évaporation cutanée. Comme conclusion de ces recherches, si l'on considère d'une part que certains Insectes, dans les cas de très-grande activité de la fonction res- piratoire, peuvent présenter des excès de température très-élevés au- dessus de l'air ambiant, excès considérables, surtout par ce fait que le milieu ambiant et le thermomètre enlèvent une portion notable de la chaleur de sources d'une aussi faible masse ; si l'on remarque, d'autre part, que certains groupes d'Insectes, ou les Insectes à l'état de larve ou ' de nymphe, n'olfrent au contraire que de petits excès de chaleur propre, on est conduit à faire de cette classe d'animaux un groupe spécial, sous le nom d'animaux à température mixte, intermédiaire entre les animaux à température constante, qui sont les Mammifères elles Oi- seaux, sauf les cas d'hibernation, et les animaux à température variable, ne présentant dans toutes les conditions qu'un très-léger excès au-des- sus de la température ambiante ; ils comprennent les Reptiles écailleux, les Batraciens, les Poissons et les Invertébrés autres que les Insectes. S'il est incontestable que les Insectes peuvent, dans quelques cas, de- venir de véritables animaux à sang chaud et posséder un excès de tem- pérature considérable, cependant ils se comportent sous certains points de vue comme les animaux à sang froid. C'est ainsi que nous avons déjà signalé leur résistance énergique à l'asphyxie par le vide, l'immersion dans les liquides et dans les gaz, avec occlusion volontaire des stigmates. Us sont aussi doués d'une faculté puissante de supporter de grandes variations de chaleur cl de froid. On doit distinguer ici deux états dif- férents des Insectes. Dans l'œuf ou dans la chrysalide, sorte de second œuf où les organes se reforment aux dépens de tissus mous, les In- sectes sont à l'état de vie latente, avec une très-faible respiration, et, par suite, dans la meilleure condition pour supporter des températures excessives. Spallanzani, dont les expériences sont rapportées par Séne- bicr, a fait voir que la respiration est moins active chez les chrysalides que chez les chenilles elles papillons : les chrysalides du papillon blanc du chou ne commencent à dégager l'acide carbonique qu'à -|- ''i" H- Ces mêmes chrysalides, ainsi que toutes celles qui sont nues, résistent en hiver à des froids considérables, allant à — 20" dans nos climats et à des températures bien plus basses encore pour les Coliades des hautes montagnes et des régions circumpolaires. Selon Uéaumur, les chrysalides qui ont l'habilude de s'abriter en terre ou dans un cocon supportent moins bien le fr(Hd et se congèlent plus tôt que les chrysalides nues ; au reste, cette; congélation n'amène nullement leui' mort. Au «on- Iraire, M. I/icordaire rapporte avoir trouvé sou\cul à la (iuyaiic, le long ANATO.Mli; ET PHYSIOLOGIL;. — GHAI.liLli ANIMALE. /i5 des chemins sablonneux et à la surface d'un sol rra[)pé par Tardent so- leil des tropiques, des chrysalides de Spliinx pleines de vie. Les œufs des Vers à soie peuvent Otre amenés à -f «îS" sans périr (Robinet); au contraire, Spallanzani en a exposé à des froids arlificiels de UO" et — 50°, sans qu'ils gelassent ni que leur fertililé en eût souffert. I>ûise- leur Deslongchamps, Bonafous, ont soumis ces n'ufs impunément aux froids les plus rigoureux de nos hivers; dans les envois de graine du centre de laChine, avcclesquelsnos sériciculteurs cherchent ù triompher de la désastreuse épidémie qui frappe en Occident l'industrie de la soie il est arrivé plusieurs fois que ces œufs, apportés par caravane, ont tra- versé les plaines glacées de la Sibérie. Les œufs du Liparis dispar, du Bombyx neustria,de VOi'tjya ani/^ua (Lépidoptères), etc., subissent les froids les plus violents des hivers de rKurope boréale. La résistance !des chrysalides à de très -basses tenifiératures nous explique la faune si variée des Lépidoptères de la Sibérie méridionale, à longs et rudes hlvei's suivis d'un été court, mais très-chaud, (l'est par ' excellence le climat continental ou excessif. On y rencontre à la fois les espèces septentrionales, certaines du midi de l'Europe, et enfin des espèces véritablement tropicales. Dans leurs autres états de larve ou d'adulte, les Insectes se trouvent a,u contraire dans les conditions de la vie active ; la plus grande partie des adultes ou des Chenilles qui doivent passer l'hiver entrent en hiber- nation à la fin de l'automne, à la façon des Loirs, des Hérissons, des Hi- bous, lorsque la température n'est plus que de -j- 3" à -|- h" environ ; et, dès lors, leur respiration devient nulle et très-faible. Un grand nom- bre de Chenilles passent ainsi l'hiver entre les fentes des écorces, sous les feuilles sèches, parfois plus ou moins enfoncées en ferre. Elles se remettent cà manger aux premiers rayons du soleil de printemps ; elles se réveillent dans les hivers doux, et beaucoup périssent alors si elles ne trouvent à leur portée quelque plante basse pour en faire leur nonr- riturc. On a reconnu que les chenilles de certaines espèces peuvent supporter ainsi les températures les plus basses^, ainsi les chenilles de certaines Chélonides (Ch. laponica Qupnseli, Cervini), qui habitent la Laponie ou les sommets des Alpes voisins des glaces perpétuelles, et passent sous la neige un hiver long et très-froid. On a depuis longtemps constaté que des chenilles peuvent être congelées et revenir à la vie.. \insi, \l. lîoisduval a observé des chenilles de Leucania qu'on eût pu prendre pour des stalactites de glace ; leur cassure était nette, et elles sonnaient en tombant dans un verre. Cependant presque toutes se métamorpho- sèrent au printemps, comme de cou/ume, et donnèrent ensuite leurs papillons à l'époque habituelle. Ross a vu dans les régions polaires cer- taines Clienilles revenir à la vie, même après quatre congélations à — 62° environ, chacune d'une semaine, et suivies de dégels. Les larves de Pyrale de la vigne, gelées jusqu'à six fois, ont survécu. Mans le Mé- connais, en 1837, le froid a atteint — 17", et, si la vigne a soull'erl, les 46 INTRODUCTION. chenilles ont résisté. Il est un cas où la gelée peut causer la mort des Insectes : c'est quand elle empêche la sortie des adultes dont les chry- salides sont en terre, ou la montée des Hannetons éclos sous le sol au printemps. On ne saurait cependant prétendre que toutes les larves puissent ré- sister à de grands froids ; cela n'arrive que pour les espèces prédes- tinées à vivre à de hautes latitudes : ainsi, quand à Hyéres se produi- duisent ces hivers exceptionnels pour le midi de la France, comme celui de 1863 à iSGli, qui détruisent oliviers et orangers, les chenilles du Charaxes Jasius, surprises par la gelée sur les feuilles de l'arbou- sier et tranformées en glaçons, meurent et noircissent sans donner leur magnifique papillon. En 1869, un fait curieux d'influence du froid fut communiqué à l'Académie des sciences par M. Duclaux. Des œufs de Vers à soie vinrent à éclosion prématurée après une exposition artificielle à la glacière pendant quarante jours, qui avait remplacé le froid de l'hiver nécessaire pour la formation de l'embryon. Une graine maintenue toute l'année à la température habituelle de son éclosion n'éclôt pas, et l'embryon y meurt. De là les insuccès d'éclosion après les hivers doux très-redoutés des sériciculteurs. M. Pasteur a remarqué que l'expérience de M. Duclaux paraît donner la clef d'une pratique des Japonais, qui consiste à placer la graine de Ver à soie, au cœur de l'hiver, pendant quelques jours, dans l'eau glacée. La variété avec laquelle procède la nature dans ces questions ne doit jamais être oubliée ; on ne peut pas généraliser l'expérience de M. Du- claux en dehors des races de Sericaria mori à une seule génération par an. D'autres races de la même espèce, destinées aux pays chauds, éclo- sent plusieurs fois par an, sans nécessité de refroidissement des œufs. Un nombre considérable de nos papillons indigènes sont dans le même cas, leur œufs éclosent en été quelques semaines après la ponte. Tels sont, dans le même grand type que les Vers à soie, les Attacus Cyn- thia vera et Arrindia (Vers de l'allante et du ricin), et nos Paons de nuit {Attacus Pyri,Spini, Carpini). Au contraire, le Ver à soie du chêne du Japon {Attacus ya-mu-mdi) a des œufs qui passent l'hiver, de même le Liparis dispar, le Bombyx neustria, etc. Peut-être, pour certaines de ces espèces, le froid de l'hiver e?t-il nécessaire au développement complet de l'embryon? 11 faudra expérimenter. Ici encore, gardons-nous de gé- néraliser. Dans la nature, les œufs en bracelet autour des branches du Bombyx neustria donnent leurs petites chenilles au printemps ; mais j'ai constaté, et d'autres avant moi, que si l'on recueille ces pontes, et qu'on les garde à la chambre, à une température moins abaissée qu'au dehors, on obtient l'éclosion anticipée à la fin de l'automne, par consé- quent sans qu'il y ail besoin absolu du froid hibernal. Des faits d'influence analogue existent dans la science au sujet de réclosion de certaines chrysalides ; on sait que les chrysalides sont desse- ANATOMIK ET PHYSIOLOGIE. — CHALEUR ANIMALE. hl conds œufs où une pulpe, d'abord molle cf. laiteuse, s'organise en tissus nouveaux. Pour ne citer qu'un seul exemple, prenons un papillon diurne, dont on a fait longtemps deux espèces distinctes, les Vanessa [Aruschnia Doubleday) levana et prorsa, ou Cartes (jéoiiraphiqws fauve, ou brune, selon la couleur du fond. Les premiùres éclosent en avril et sont dues à des chrysalides qui ont subi le froid de l'hiver ; les autres naissent en juin, et certaines en septembre, de chrysalides développées en été. Si l'on retarde par le froid artificiel, comme l'a fait M. Goossens, l'éclosion des chrysalides d'hiver jusqu'en juin, elles continuent à donner les su- jets à fond fauve, et non ceux à fond brun qui éclosent naturellement à cette époque. Plus anciennement. Pierrot avait constaté que, dans des années à été froid et pluvieux, comme en 18/i5, les secondes éclo- sions fendent à se rapprocher plus ou moins par leur aspect du type levana du printemps, en présentant des formes de passage, et même peuvent devenir presque entièrement semblables, à une époque fort din'érente. L'influence de la température est donc des mieux prouvées. Les Insectes, adultes oflrent également des conditions fort variables dans leur pouvoir de résister aux abaissements de température, On voit la plupart des Coléoptères se mouvoir lentement et avec peine quand la température n'est plus que de -j- ^" ^i + 3 " ; les Abeilles de- viennent inacfives et ne sortent plus de la ruche quand la température extérieure n'est plus que de 8 degrés environ. Spallanzani a fait voir qu'un peut sans danger les porter à un froid de — 0",5 R. ; qu'elles restent plusieurs heures sans se congeler à — 2° R., ou — 3° R., mais meurent ensuite. Lors du rigoureux hiver de 1788-1789, Dubost a vu, dans des ru- ches d'Abeilles, la température de l'air de la ruche descendre à — 5°. Les Abeilles, malgré ce froid, restent vives et bien portantes, mais ne se dis- persent plus dans toute la ruche comme en été ; elles se groupent en peloton serré, conservant une température interne de -f 20° environ ; les glaçons qui envahissent la ruche s'arrêtent brusquement autour de ces pelotes d'Abeilles. Il est très-probable que Newport, en Angleterre, qui a cru à l'engourdissement hibernal des Abeilles, obtenait dans ses ruches en hiver des résultats thermiques variés, selon que ses thermo- mètres à poste fixe étaient ou non entourés par les groupes d'Abeilles. La température de la glace fondante nest pas une limite absolue à laquelle ne puissent résister les Insectes adultes. Straus-Durckheim rap- porte avoir observé des Dytiques (Coléoptères) nageant encore avec vivacité dans l'eau d'un bassin couvert de glace depuis quinze jours. Ce sont surtout les Diptères, principalement les Cousins, les Tipules, qui peuvent, .'i l'état adulte, supporter les froids les plus vifs. De Céer cite des Cousins revenant à la vie après avoir été enfermés quelque temps dans la glace. On voit des Diptères voler quand le sol de nos campagnes est couvert de neige, et ce sont les seuls Insectes qui subsistent aux plus hautes latitudes polaires, bien au-dessous du point de fusion de la glace. C'est en hiver qu'éclosent les Lépidoptères des genres H ider nia, A8 INTRODUCTION. Nyssia, Larentia ; on \oit parfois, rassemblés en troupe considérable sur la neige, les Névropl.ères du genre /?07Yf!«s, et les Cyîiips optera (Hyméno- ptères). Il existe un groupe d'Insectes aptères, de très-petite taille, res- semblant foule leur vie à des larves, qui paraissent avoir pour condition essentielle de leur existence l'humidité et même le froid : ce sont les Podurelles. D'après les expériences de M. Nicolet sur la Podura similata, ces petits Insectes périssent plus ou moins vite dans l'eau ayant de 25 à u8 degrés, et en quelques secondes dans l'air sec à 35 degrés. Ayant été soumis dans l'eau àraclion d'un mélange réfrigérant à— ll°,ils furent con- gelés avec l'eau et se brisaient comme elle. Dégelés lentement douze heures après, ils revinrent à la vie en rejetant par les pores de leur surface de petits globules d'air, et, au bout d'une heure, pleins de vie, s'échap- pèrent en sautant. D'autres Podurelles, prises par la glace, restèrent gelées pendant dix jours consécutifs, et revinrent à la vie de la mémo manière. On rencontre souvent, en tas sur la neige et pleins de viva- cité, les individus de la Podura nivalis; VAchonites tuherculatua vit égale- ment sous les neiges, et la Deso/'/a çjlaeialis n'a encore été trouvée qu'à la surface et dans les fissures des glaciers de la Suisse, jusqu'à plusieurs pouces de profondeur. Il résulte la conséquence suivante de tous ces faits : c'est une opinion parfaitement erronée de croire, avec beaucoup d'agriculteurs, que les hivers longs et froids détruisent les Insectes nui- sibles, qui sont alors engourdis ou dans l'état de vie latente des œufs ou des nymphes. Si, d'autre part, nous pensons à la résistance si longue à l'asphyxie que manifestent les Insectes submergés dans l'eau, nous voyons que les grandes pluies ne sont pas davantage une cause de mort pour les Insectes ; ils peuvent être même entraînés par les eaux et re- venir à la vie, s'ils n'ont pas éprouvé de chocs trop violents; les orages seuls, sans doute &n raison de leur électricité, paraissent exercer une ac- tion funeste aux Insectes, surtout aux Chenilles, ainsi qu'on le constate dans les touffes, mortelles aux Vers à soie, si redoutées des magnaniers. Au point de vue opposé , certains Insectes peuvent supporter impuné- ment des températures très-élevées. Ils offrent, comme les animaux supérieurs, un moyen naturel de résister à la chaleur ; par les porcs très- nombreux dont leur peau est criblée, surtout aux jointures des articu- lations, ils sont susceptibles de se couvrir d'humidité, dont t'évaporation amène une réfrigération salutaire. Les Chenilles, les larves à peau molle en général, redoutent la chaleur et surtout l'action directe des rayons solaires. Un grand nombre de Chenilles ne sortent pour manger que pendant la nuit; d'autres, diurnes, se cachent sous les feuiles quand le soleil paraît. Les cbenilhîs de C/te/onm surtout, à corps couvert de longs poils, redoutent beaucoup le soleil, qui tue en quelques minutes la che- nille de Chelonia pudica, et vivent cachées sous les plantes basses. Au contraire, par un de ces contrastes fréquents chez les Insectes, nous voyons la chenille du Dcilephila Euphurbiœ se tenir, à l'ardeur du soleil, sur les feuilles à demi brûlées des euphorbes. iNous avons constaté sur ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — CHALEUR ANIMALE. 69 des Chenilles placées dans des boîtes peu aérées en été, que leur corps se mouille d'une très-abondante transpiration. Les Insectes adultes sup- portent bien plus facilement l'excès de la chaleur. Ou sait combien la chaleur s'élève dans les ruches, à l'époque de l'essaimage surtout, au point de fondre parfois la cire des rayons (Héaumur) ; la température se maintient alors habituellement à -}- 32". Aussi les Abeilles offrent souvent le corps couvert de sueur, surtout celles qui, en activant leur respiration, développent un excès de chaleur nécessaire pour l'éclosion des nymphes (Newport); les jeunes Abeilles qui sortent des gâteaux out également les téguments humides, et ont besoin, pour ne pas périr, de la chaleur de la ruche ; de même que W. Edwards l'a reconnu pour les Mammifères et les Oiseaux au moment de la naissance, leur pouvoir de calorification est bien plus faible qu'il ne le devient quelques heures après. L'excès de chaleur de la ruche semble souvent incommoder les Abeilles, et ou les voit, comme l'ont remarqué Dubost et Newport, se placer à l'entrée de la ruche et la ventiler en y appelant l'air frais du dehors par la vibration rapide de leurs ailes. D'autres Insectes résis- tent encore plus facilement à la chaleur. xN'ous ne savons s'il faut ac- cepter en toute confiance ces récits de Coléoptères aquatiques vivant au sein de sources thermales à température élevée ; car les assertions analogues émises pour les Poissons ont été reconnues controuvées. On doit signaler avec certitude ces Mélasomes (Coléoptères), qui paraissent avoir pour patrie spéciale les régions les plus brûlantes et les plus arides des deux continents, et vivent à la surface de sables que frappe sans cesse un soleil vertical. On voit voler et sauter les Acridiens sur les ter- rains secs les plus fortement échauffés, et les Grillons des divers pays y construisent leurs nids. Les Termites élèvent leurs demeures coniques au milieu de plaines frappées par le soleil, ou les fixent sur des poteaux ou des arbres morts, dans des lieux bien découverts. Ces derniers nids, dit M. Lacordaire, sont très-communs sur les plantations de la Guyane et du Brésil. Quoique leur surface soit souvent brûlante, 'au point qu'on y peut à peine appliquer la main quelques instants , les galeries qui en sont voisines ne sont pas moins habitées que celles du centre, et l'on voit les Termites circuler indiflëremment des unes dans les autres, Les Polistes (sorte de Guêpes), qui, à Cayenne, infestent par milliers les mai- sons, établissent leurs nids papyracés, non-seulement sous les galeries et autres endroits où elles trouveraient de l'om.bre, mais sous les bar- deaux qui forment la toiture, et où la chaleur est intolérable pendant la journée. Il y a, dans ces derniers exemples, des élévations de tempé- rature comparables à celles des étuves sèches où l'homme el les Mam- mifères ont pu vivre quelque temps, et il est certain que les Insectes que nous venons de citer y résistent pendant une durée bien plus grande, et que cette chaleur même semble une condition normale de l'existence de certaines espèces. OIRAKD. • A 50 INTRODUCTION. Sécrétions. Comme tous les animaux de lype élevé, les Insectes ofl'rent de nom- breux exemples de sécrétions : des glandes variées retirent du sang certains matériaux , les modifient , soit pour purifier ce fluide nourri- cier, soit pour des usages spéciaux. Déjà nous avons eu des liquides versés en diverses places dans l'appareil digestif; d'autres fois les glandes salivaires ou les glandes anales projettent au dehors des sub- stances destinées à la défense de l'animal, on voit la salive entourer certaines larves pour empêcher leur dessiccation (Cercope écumeuse), ou se modifier en fils protecteurs de la nymphe dans son cocon. Cer- tains Insectes oITrent la sécrétion de matières musquées, liées sans doute à la reproduction, car elles sont propres aux adultes. Tels sont parmi les Coléoptères le Velleius dilatatus, rare Stapliylinien parasite des nids de Frelons ; chez les Lépidoptères, le Charaxes Jasius, du littoral méditer- ranéen ; les mâles seuls des Sphinx convolvuli et ligustri, les Liparis auriflua et Zerene ulmarla (catalogue des Lépidoptères belges), la Calli- morpha liera au moment de l'éclosion (Fallou), etc. D'autres Insectes répandent des odeurs variées, agréables, de rose ou de jacinthe (Cicin- dèles, Capricorne musqué), ou repoussantes (Punaises des lits, Penta- tomes), destinées, soit à un attrait sexuel, soit à rebuter des ennemis destructeurs ; des liquides suintent chez certains Insectes de parties di- verses de leur corps, lorsqu'on les saisit (Coccinelles, Méloès, larves de Chrysomèles, etc.). Diverses cires, la gonàme-laque, etc., sont des sécrétions d'Insectes. Il est impossible de rien exprimer de général sur ce sujet, tant ces ap- pareils diffèrent chez les divers ordres. Ils sont au reste encore fort mal connus, et constituent un sujet de recherches futures d'un haut intérêt. Nous devons excepter deux ordres de glandes, constantes chez les In- sectes et constituées sur un plan commun : les testicules, sécrétant, chez les mfdes, les spermatozoïdes, destinés à féconder les œufs ; et les ovaires, produisant chez les femelles ces œufs ou cellules qui doivent contenir et nourrir l'embryon et perpétuer l'espèce. L'étude de ces organes ap- partient à la fonction de reproduction. On doit rattacher aux sécrétions la production delà graisse qui s'accu- mule principalement dans l'abdomen, autour du tube digestif et du cœur, dans une foule de vésicules. C'est surtout chez les larves que se forme cette graisse, due à une absorption de matières sucrées ou féculentes, que le travail nutritif de la larve transforme en graisse. Ainsi, dans les galles des feuilles, au centre est l'œuf ou la larve; à l'exlérieur, une couche ligneuse très-dure; intermédiairemenl, un magasin d'aliments amylacés destinés à devenir graisse dans la larve. Le tissu adipeux est formé de cellules grossissant à mesure que se dépose la graisse et unies en grappes par des ligaments. La rupture de leurs parois rend la graisse libre et propre à nourrir les nymphes immobiles. En outre, ces amas ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — SÉCRÉTIONS. 51 de graisse constituent des bourrelets protecteurs des précieux viscères qu'ils entourent. Quoique les larves surtout soient pourvues de graisse, elle existe encore eu abondance dans certains groupes chez les adultes, ce qui explique la longue résistance à la mort de divers Insectes traversés par une épingle et privés de nourriture, la facilité avec laquelle les corps et les ailes de certaines espèces s'imprègnent de graisse après la mort, et la dessiccation des tissus : ce qu'on remarque surtout dans les Lépidoptères mâles, et principalement dans les espèces dont les lanes ont vécu à l'intérieur des tiges des végétaux, au milieu d'une abondante matière amylacée. C'est aux dépens de la graisse des larves, en respec- tant les organes essentiels à la vie, que se nourrissent ces nombreuses larves parasites, déposées dans le corps de leurs victimes par des Hymé- noptères ou des Diptères, et qui sont le plus puissant moyen employé par la nature pour combattre le développement exagéré des espèces phytophages. La graisse des Insectes n'a pas été analysée encore par les chimistes. Elle fond à la chaleur en un liquide jaune clair, transpa- rent, inflammable, tachant le papier comme la graisse des Vertébrés. La graisse, et peut-être encore d'autres sécrétions, servent à modifier à l'intérieur les fluides nourriciers; de même, chez les Vertébrés, la sé- crétions glaireuse du thymus et du corps thyroïde du fœtus, le sucre du foie, etc. Ce sont là les sécrétions que les physiologistes nomment récré- mentitielles, dont les organes sont logés à l'intérieur, sans déboucher au dehors. Les Insectes nous présentent aussi un autre groupe de sé- crétions dites excrémentitielles, comme celles des follicules gastriques de l'estomac, des tubes de Malpighi, des glandes aTiales. Leurs organes sont logés de manière à déverser leurs produits directement ou indirecte- ment au dehors. Ce sont des sécrétions externes de matières hydro-car- bonées, éprouvant à l'air une combustion lente qui nous explique la phosphorescence de certains Insectes. Ce phénomène est trop variable dans son siège et ses organes pour faire l'objet d'une étude élémentaire générale. Qu'il nous suffise de dire qu'on y a reconnu, dans les Insectes phosphorescents les plus communs, les vers-luisants (Coléoptères), la combustion d'un produit de sécrétion, s'avivant dans l'oxygène, le rem- plaçant par un égal volume d'acide carbonique, cessant dans les gaz inertes : sécrétion liée d'autre part à la contraction musculaire et plus ou moins subordonnée à la volonté de l'animal. Nous parlerons plus loin de la fonction de reproduction. H. — Fonctions de la vie animale. Système tégumentaire et muscles. La locomotion des Insectes est assurée par un système de pièces so- lides, de consistance plus ou moins coriace, formées par une peau durcie et constituant un véritable scléroderme ou squelette cutané ex- térieur, auquel les muscles viendront s'insérer par-dessus; c'e?'. donc 52 INTRODUCTION. l'inverse des Vertébrés, qui ofl'rent aussi un squelette de pièces dures, mais s'articulant à l'intérieur. Ces pièces tégumentaires limitent on même temps les cavités viscérales qui contiennent les organes de la vie végétative. Une partie des sclérodermites constituent les anneaux ou zoonites, disposés selon l'axe du corps; et d'autres, latéralement placés, forment un système appendiculaire plus ou moins perpendicu- laire au système axile. Parmi ces appendices, certains, destinés à la locomotion, sont les pattes et les ailes; d'autres sont des organes de sensation; il en est qui, ap- propriés à la préhension et à l'introduction des aliments, deviennent les pièces buccales; les derniers, enfin, dépendant des anneaux ulti- mes, sont des armures génitales permettant l'accouplement , la ponte des œufs, certains actes défensifs. 11 est naturel d'examiner ensemble ces appendices à foutions si va- riées, vu leurs remarquables homologies ; et, comme ce sont les appen- dices locomoteurs qui présentent le développement le plus complet, ils entraînent philosophiquement dans leur étude les autres appendices plus réduits et d'un tout autre usage. Le tégument des Insectes est formé par une peau divisée en deux couches principales: en dessous, le chorion, assez mou; en dessus, l'épidernie, dur et épais, se renouvelant par les mues, présentant, soit en dessous, soit extérieurement, une sorte de corps muqueux dont les cellules produisent des matières colorantes variées, des huiles plus ou moins solublcs dans l'alcool et l'élher. Cette peau olfre dans sa constitu- tion un principe immédiat fondamental, d'abord étudié par Braconnot, puis par MM. Odier,Lass;iigne, etc., la chitine, à propriétés spéciales. La peau des Vertébrés, les cornes, les ongles, les poils, fondent plus ou moins quaud on les calcine, et répandent une forte odeur. Le tégu- ment des Insectes se carbonise en brûlant, et conserve sa forme sans odeur sensible. Les parties tégumentaires des Vertébrés sont profondé- ment altérées par l'aclion d'une solution concentrée de potasse causti- que, et s'y désorganisent; par ce genre de macération, et surtout en chauffant, on détruit dans le tégument des Insectes tout ce qui n'est pas la chitine, et cette substance finit par demeurer intacte en forme de pellicule blanche plus ou moins épaisse, conservant fidèlement la forme et le dessin superficiel des sclérodcrmites. La chitine est un ca- ractère essentiel de l'embranchement des Annelés, manque chez les Mollusques, les Rayonnes et les Spongiaires, comme chez les Vertébrés ; se trouve en mince pellicule chez les Annôlidcs, plus épaisse dans les Inseclcs, les Myriapodes, les \rachnides, les Crustacés, durcie chez ces derniers, par une incrustation de carbonate de chaux. Un enlève ce sel par une mucéralion dans l'acide chlorhydrique très-élendu d'eau; puis, on traite le Cruslacé par la solution de potasse, et l'on voit apparaître la chitine comme chez l'Insecle. Cette insolubilité dans la potasse aiu!>i que son aspect avaient fail assimiler la chitine à la cellulose, prin- ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. —TÉGUMENTS ET MUSCLES. 53 cipe fondamental des tissus végétaux. D'après M. Fremy, la chitine pour- rait se représenter uniquement comme du carbone et de l'eau ; mais, cependant, serait profondément difl'érente de la cellulose, en ce qu'elle ne produit pas de glucose par l'acide sulfurique, ni de composé ana- logue au pyroxyle par l'acide azotique. Cette opinion est contredite par les derniers travaux de M. Stadeler, qui considère la chitine comme azotée, de formule (;'8Hi"'AzO'"-, et pouvant donner du sucre, sous l'in- fluence des acides ou des alcalis. MM. Lehmann et Schmidt regardent aussi la chitine comme azotée. Tontes ces questions ont besoin d'être encore élucidées (1). Le type le plus simple de l'anneau d'une zoonite est un cercle chiti- neux, comme on le voit dans les Annélides apodes ; il se complique fréquemment par l'addition d'une paire, et quelquefois de deux paires d'appendices. Dans ce cas, le cercle se subdi\iie en deux arceaux, l'un dorsal, l'autre ventral j un appendice ou un stigmate peut s'intercaler entre eux ; le plus souvent, et toujours chez les hisectes adultes, chaque arceau se subdivise encore, et les appendices s'insèrent entre des parties distinctes. Le plus habituellement l'arceau ventral porte les appendices : ainsi les pièces buccales, ainsi les pattes, ainsi les pinces copulatrices ; beaucoup plus rarement, une paire d'ailes, d'origine fondamentale- ment distincte, s'attache entre l'arceau dorsal et les pièces de l'arceau ventral. Pour arriver au cas delà plus grande complication, et pour ne pas être embarrassé par des réductions, nous prendrons comme type l'anneau du milieu du thorax d'un Insecte adulte. Les deux arceaux sont formés de chaque côté du plan axile de symétrie par des pièces dont les médianes se soudent intimement. Les sclérodermiles de l'ar- ceau dorsal présentent deux tergites qui, en se réunissant, forment le tergum ou 7wtum ; l'arceau ventral est formé au milieu de deux sternites soudées en sternum; puis, sur les côtés, sont deux épisternwn, auxquels s'ajoutent en-dessus deux épimeres , formant la majeure partie des flancs, portant attachées les hanches des pattes de l'anneau. D'après l'analyse des deux arceaux donnée par M. Milne Edwards pour la zoonite des Crustacés, construite sur le même type que celle de l'Insecte, les deux arceaux présentent une symétrie complète dans la composition de leurs sclérodermiles, l'arceau dorsal étant formé par le sternum et les épimères de chaque côté, l'anneau ventral sembluble- ment par le sternum et les épisternuni. M. Lacaze-ÎJulliiers, à l'occasidu de ses travaux sur les armures génitales des Insectes, a suivi l'opinion précédente pour la constitution de la zoonite de ces animaux. Beaucoup d'auteurs, au contraire, regardant l'arceau ventral comme plus large que l'anneau dorsal, y joignent les épimères comme limite de ses tlancs, l'ensemble du sternum, de l'épislernum, de l'épimère, constituant le peciiis (Kirby) de l'anneau. Telle est, en bornant nos citations à des au- (1) Pelouze et Premy, Traité de chimie, 3" éd., 1864, t. VI, p. .186. 54 INTRODUCTION, teurs français, l'opinion soutenue par Audouin, M. Lacordaire, Jacquelin du Val. Lorsque les ailes existent, elles s'insèrent entre le notum et les épi- mères de chaque côté. On rencontre fréquemment des prolongements durs des sclérodermites qui rentrent à l'intérieur des anneaux : ce sont les apodèmes destinés à consolider les soudures, à donner appui aux muscles, à limiter des cavités. En outre, la surface extérieure des an- neaux offre assez souvent des creux, des proéminences, des cornes plus ou moins bizarres, sortes d'ornements dont la signification directe nous échappe, mais qui doivent être en raison de la nécessité de résistances variables des parois pour le jeu régulier des organes internes. Dans aucun état des Insectes il n'arrive jamais que tous les anneaux soient distincts; toujours, même dans les larves apodes les moins avan- cées en développement, les zoonites céphaliques se réunissent de ma- nière à former une sorte de calotte cornée, La coalescence de plusieurs anneaux est évidente, car la tète porte plusieurs séries d'appendices, et nous savons que normalement un anneau ne doit offrir qu'une paire d'appendices par arceau. Il existe aussi des réductions par soudure à l'extrémité opposée du corps ; la petitesse des derniers anneaux de l'ab- domen rend fort difficile à résoudre la question de savoir si le dernier anneau n'est pas formé de deux ou trois anneaux soudés ; mais, chez les larves des Insectes à métamorphoses complètes, il n'y a jamais d'au- tres soudures, et les anneaux du thorax et de l'abdomen sont bien dis- tincts, à une seule paire d'appendices, quand ceux-ci existent, tantôt de longueur et de largeur sensiblement les mêmes partout (larves des Lé- pidoptères, dcsNévroptères, de certains Coléoptères), tantôt à anneaux de diamètre décroissant du milieu à l'exl rémité de l'abdomen ou parfois vers la tête (larves d'Hyménoptères, de Diptères). La même forme se re- marque chez les Insectes aptères dégradés, qui constituent l'ordre des Tliysanourcs, ou chez certaines femelles aptères des autres ordres ; on voit toujours alors que la largeur du thorax est peu difTércnte de celle de la partie qui en est voisine. Cette forme rappelle celle de la classe inférieure des Myriapodes, qui offrent des analogies avec les larves des Insectes. Chez la grande majorité des Insectes, deux nouveaux centres de coales- cence longitudinale des anneaux se manifestent : le thorax et l'abdomen. Là, les zoonites demeurent toujours bien distinctes, surtout parla sépa- ration nette des paires d'appendices; les anneaux centraux tendent, dans chacune de ces deux nouvelles régions, à dominer les autres par leur largeur: parfois l'abdomen s'insère largement sur le thorax, forme qui s'éloigne le moins de celle des larves; parfois, au contraire, un étran- glement prononcé des premiers anneaux de l'abdomen sépare celui-ci du thorax, et devient même, par une sorte d'exagération du caractère, un grêle pédicule dans certains Hyménoptères (Fourmis, Cuêpes, Sp hex, etc.) Nous allons examiner, dans une revue rapide, débarrassée autant ANATOMIE ET PATHOLOGIE. — TÉGUMENTS ET MUSCLES. 55 que possible de termes techniques qui compliquent trop une Étude élé- mentaire de cette difficile question, les trois régions des Insectes et leurs appendices ; mais, auparavant, nous devons donner une idée générale de la manière dont les anneaux du corps sont articulés les uns aux autres, de leur jeu réciproque par l'action des musles qui s'y insèrent intérieurement, et ajouter quelques notions très-succinctes sur ces muscles. Les appendices, tendant à répéter la forme générale du corps, offrent des fails analogues sous ce rapport. Le système musculaire est très-développé et très-puissant chez les Insectes. Ainsi des mouches suivent les trains de chemin de fer à grande vitesse, en tournoyant, allant et venant : ce qui indique une excessive vélocité. Le thorax surtout, qui porte chez l'adulte les appendices les plus développés, est presque entièrement rempli de muscles. Ce sont des faisceaux de fibres droites, striées, agglutinées les unes contre les autres, avec une gaîne ou aponévrose très-fine pour les différents muscles. Les muscles sont plus nombreux chez l'adulte que chez la larve, qui est toujours moins mobile: leur nombre augmente par dédoublement de faisceaux. On tomberait au reste dans une erreur énorme au sujet de la quantité démuselés des Insectes, si l'on admettait l'évaluation de Lyoïuiel, dans son célèbre travail anatomique surlaChenille du saule (Cossus ligniperda, Lépidoptères), où il trouve liOGl muscles. Les aponévroses très-délicates s'étaient rompues, et Lyonnet comptait à tort comme des muscles les fibres élémentaires facilement séparables. Au reste, on n'est pas même d'accord sur le nombre exact des muscles chez l'homme, vu les partages incomplets de certains faisceaux de libres musculaires ; de sorte qu'on doute s'il y a un ou plusieurs muscles. Les faisceaux mal divisés sont fréquents chez les Insectes : delà une très-grande difficulté pour comp- ter exactement les muscles. L'étude des mouvements des pièces est peut-être encore plus utile dans ce cas que la simple anatomie. Si la pièce n'a qu'un mouvement peu varié, il ne s'y adapte qu'un muscle, et plusieurs, s'il y a des mouvements de sens divers. Les muscles des insectes sont constitués par une fibrine spéciale, analogue à celle des Crustacés, pouvant, comme elle et comme toutes les fibrincs, durcir et se modifier isomériquement par la chaleur, ainsi, par exemple, que la chair cuite des Crevettes. La chair des Insectes entre môme dans les usages alimentaires de certains peuples: telles, les Sauterelles à mi- grations (Acridiens) que mangeaient autrefois les Hébreux, et encore aujourd'hui les Arabes; les Chrysalides, mangées frites ou grillées, en Chine, à Madagascar, etc. Quand les Insectes ont été tués par certains agents, comme la ben- zine, le chlorolbrme,-etc., leurs muscles prennent une grande et prompte rigidité, surtout chez les Insecles de vol puissant (1). On observe que (1) Maurice Girard, Annales Soc. cnlom. de France, 1.S59, t. VII, p. 172.— Cosmos, 1860, p. 9O3 18G1, p. 8. 56 INTRODUCTION. les ailes, les pattes ne se prêtent plus à la flexion ni à l'étalement ; les anneaux de l'abdomen deviennent semi-rigides. Cet épiphénomène de l'action toxique de ces substances n'est pas spécial aux Insectes, se con- state aussi sur de petits Mammifères, et principalement sur les Oiseaux. Les muscles des Insectes s'insèrent ordinairement aux sclérodermites par un rétrécissement ou aplatissement; il y a quelquefois un tendon d'origine pour les muscles destinés à l'extrémité des appendices. Ces attaches des muscles ont lieu souvent aux apodômes ou lames scléro- dermiques intérieurement repliées; ainsi Ventothorax ou pièce en }', pro- longement intérieur que le tborax présente en dessous et en avant. On voit aussi les muscles s'insérer en dessous aux arceaux dorsal et ventral des anneaux du corps. Dans les appendices, il arrive parfois qu'une lame apodémique, terminaison d'un appendice, entre dans l'appendice contigu; ainsi au point où la jambe s'articule sur la cuisse. On verra un exemple très-grossi et très-net de cette disposition, si l'on détache de l'article qui le porte la grosse pince ravisseuse d'une Kcrevisse. Des échancrures et des rebords empêchent les rétroflexions des articles des membres. La plupart des mouvements des articles axilos ou appendiculaires des Insectes sont des flexions dans un seul plan conduit selon la ligne mé- diane des pièces emboîtées, et, par suite, résultent d'articulations par ginglyme. Ces articulations sont très-prononcées pour la plupart des articles des pattes, avec réception d'une ôminence variable dans une mortaise ou cavité nettement fermée de deux côtés opposés et plus ou moins incomplète d'un ou dé deux autres. Elles sont analogues dans beaucoup de cas pour les anneaux de l'abdomen, qui s'attachent l'un à l'autre par deux points placés sur une ligne perpendiculaire à l'axe du corps. Ce genre d'articulation exige deux séries de muscles antago- nistes : les extenseurs et les fléchisseurs. Pour l'abdomen, on trouve d'un anneau à l'autre, tant suivant la ligne du dos que suivant celle du ventre, des muscles longs et plats, permettant une légère flexion et un chevauchement d'un anneau sur l'autre, avec bien moins d'amplitude toutefois que pour la flexion des pièces appendiculaires. Les muscles ventraux qui sont les fléchisseurs sont plus développés et plus puissants que les muscles dorsaux qui sont les redresseurs, l.es abdomens larges et épais des Insectes ont encore besoin d'autres mouvements : ainsi pour dilater et contracter les anneaux, ce qui est très-important pour l'en- trée et la sortie de l'air dans l'appareil respiratoire. Ils sont produits par des muscles, droits ou obliques, allant de l'arceau ventral à l'arceau dorsal d'un même anneau ou d'un anneau diflercn*. On trouve encore chez les insectes certains mouvements rotatoires, mais sans arlhrodie ri- goureusement orbiculaire, comme pour le bras ou la cuisse de l'homme. On trouve un mouvement rotatoire de la tête sur le thorax dans beau- coup d'Insectes. Parfois les anneaux de l'abdomen, outre la flexion, of- frent des rotations plus ou moins prononcées l'uu autour de l'autre; ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — TÊTE. ST ainsi chez les Staphylins (Coléoptères), chez la plupart des Hyménoptères, chez beaucoup de Lépidoptères, etc. Il y a alors une sorte d'arthrodie par surfaces cylindroïdes emboîtées, glissant l'une contre l'autre. Têle. La tôte des Insectes est originairement formée d'anneaux distincts, réunis de bonne heure par ime ossitication confuse, ce qu'on constate plutôt par analogie, en étudiant l'embryon des Crustacés, que par celui des Insectes mêmes, d'un examen Irés-difficilepour la région céphalique. D'après le nombre des appendices pairs et latéraux, à savoir une paire d antennes, une paire d'yeu\ composés et trois paires de pièces buc- cales appendiculaires, le nombre des anneaux dont la soudure forme la tète ne peut être moindre que cinq; il est fort difficile, pour les por- tions sans appendices, de décider si d'autres anneaux primitifs les com- posent. La tète présente plusieurs régions dont nous ne nommerons que les principales. En avant Yépistome, ou chaperon; il est soudé en arrière inférieurement à Vépicrâne, qui constitue la majeure partie de la tète. On y distingue une portion antérieure appelée front, limitée latérale- ment par les yeux composés ; la région médiane supérieure de l'épicrâne forme le vertex, la partie postérieure Vocciput; ]ei joues sont contituées par les portions latérales antérieures, et souvent aussi inférieures, de l'épicrâne, elles tempes par les régions latérales postérieures. La plupart de ces noms, empruntés à l'anatomie humaine, ne rappellent que des analogies grossières, sans aucune comparaison possible, et nullement des homologies. Chez certains Coléoptères, Névroptôres et Hémiptères, existe un cou, prolongement de l'épiderme entre la tète et le thorax; dans les autres ordres la tète est sessile sur le thorax. L'importance de la tète réside surtout dans les organes qu'elle sup- porte ou qui en sont les appendices ; comme chez les Vertébrés . elle contient les sens supérieurs impressionnés par les vibrations, et à dis- tance, la vue et l'ouïe. Le premier anneau céphalique, ou anneau antennaire, porte deux appendices nommés antennes (vulgairement cornes), articulés sur l'épi- crâne, le plus souvent sur le vertex, avec rotation dans divers plans, au moyen d'un bulbe arrondi, reçu dans une cavité analogue, à paroi lisse ; il offre une cavité donnant passage aux muscles et aux filets ner- veux. Ces antennes sont formées d'articles emboîtés les uns dans les autres, peu mobiles dans beaucoup de cas, les uns par rapport aux autres. Leur nombre est des plus variables, ainsi que la longueur tolale des antennes, tantôt réduites à une soie à peine visible, tantôt plus longues que le corps, à articles renflés ou élargis. Les articles sont par- fois minces et cylindriques, rétrécis graduellement vers l'extrémilé, ou au contraire se renflant ; parfois ils olVrent des prolongemenis latéraux qui donnent aux antennes l'aspccl de lames ein[)ilr('s 'Haiinelons), ou 58 INTRODUCTION. de peignes (papillon de Ver à soie). En général, les deux premiers, par- fois les trois premiers articles de l'antenne, ont une forme spéciale, sont des basilaires pour la série des articles suivants. Les Insectes en mouvement portent les antennes en avant et les écartent plus ou moins ; au repos, les antennes, quand elles sont très-longues, sont ramenées en arrière, le long du corps, soit en dessus, soit en dessous. Sans nous oc- cuper ici de la fonction des antennes, nous devons dire qu'elles sont dans une dépendance manifeste avec la sexualité. Si nous prenons en effet les adultes, toujours les antennes sont plus développées chez les mâles que chez les femelles, soit en longueur ou en grosseur des articles qui s'élargissent par rapport aux autres, soit en présentant un plus grand nombre d'articles, ou des rameaux latéraux, ou des feuillets plus amples et en plus grande quantité ; ainsi, on voit souvent dans les Lé- pidoptères des femelles à antennes filiformes, tandis que dans la même espèce, elles sont pectinées chez les mrdes. On peut dire que la variété presque indéfinie est le caractère des antennes : c'est ce qui a rendu si difficile l'explication de leur usage, c'est ce qui empêche de se servir en première ligne des antennes dans la classification ; car elles ne donnent que des caractères de peu de valeur, sauf pour des groupes peu étendus. Chez les larves et nymphes agiles des Insectes à métamor- phoses incomplètes, les antennes sont pareilles, sauf parfois un moins grand nombre d'articles, à ce qu'elles seront chez l'adulte. Les Insectes à métamorphoses complètes ont au contraire des larves ou tout à fait privées d'antennes, ou ne les possédant qu'en tubercules rudimentaires, ou enfin les ayant en général plus courtes que les adultes. Les nymphes et chrysalides ont les antennes formées, mais enveloppées sous la peau plus ou moins épaisse qui recouvre l'animal comme d'un voile et arrèle ses mouvements. Nous devons dire, pour terminer l'étude des antennes, que leur lest n'est pas partout complètement intègre et solide, comme on l'a cru longtemps. Les articles basilaires n'offrent jamais que des poils roides; les autres articles, surtout ceux des extrémités, les massues terminales, quand elles existent, sont criblées d'une foule de pores. Quand les an- tennes sont munies de dentelures, de peignes, de flabelles, ce sont seulement les parties saillantes qui offrent ces pores, la tige princi- pale en étant dépourvue (Ericlison). Au contraire de ce qui arrive pour les antennes, la similitude des parties dans tous les groupes, la certitude de la fonction, sont le carac- tère essentiel des appendices de l'anneau ophthalmique qui succède dans la tète au précédent. De chaque côté de la tête, extérieurement aux antennes, sont des organes globuleux, dits ymaj composés, yeux à fa- cettes ou à réseau, formés par la réunion d'un nombre généralement très-considérable d'yeux simples. Leur structure interne sera décrite quand nous nous occuperons des sens. La (orme du périmètre de ces yeux varie, ainsi que leur convexité. D'une manière habituelle, ils sont ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — TÊTE, 50 plus volumineux chez les mâles que chez les femelles (ainsi dans les Abeilles), en rapport avec une locomotion plus fréquente et plus éten- due, et avec la nécessité de chercher et d'apercevoir la femelle. Tantôt ils sont très-gros et occupent la plus grande partie de la tiHe; ainsi chez les Libellules (Névroptères), chez beaucoup de Muscides (Diptères); parfois, au contraire, ils sont à peine visibles, et peuvent même manquer, en raison d'habitation spéciale, chez des (Coléoptères des lieux souterrains, chez les neutres de certaines Fourmis (Hyméno- ptères), chez certains Insectes parasites. Dans quelques cas assez rares, au lieu d'être sessiles, ces yeux composés sont portés sur des prolonge- ments; mais ceux-ci ne sont jamais mobiles, comme cela a lieu chez les Crustacés supérieurs. Sauf le cas de certains Névroptères, ces yeux com- posés manquent chez les larves des Insectes à métamorphoses complètes. D'une manière moins constante, le vertex des Insectes porte des yeux isolés, lisses, dits ocelles ou stemmates, en général au nombre de trois au plus. Ce nombre est plus considérable chez les Arachnides, où ils de- viennent les seuls organes de vision. Ces ocelles existent chez presque tous les Hyménoptères, Orthoptères et Lépidoptères (très-peu visibles dans cet ordre), chez beaucoup de Diptères et d'Hémiptères, certains Névroptères, un très-petit nombre de Coléoptères; ils manquent chez les autres Insectes. Beaucoup de larves de divers ordres ont de très- petits ocelles, variant de un à six. Les antennes, les yeux des deux sortes peuvent être regardés comme dépendant de l'anneau dorsal des zoonites céphaliques soudés. En eff(!t, les filets nerveux qui les animent partent des ganglions cérébroïdes, situés à la partie supérieure de la tète, au-dessus de l'œsophage. Au contraire, les appendices buccaux dépendent des arceaux ventraux ; car leurs nerfs prennent leur origine dans le premier ganglion sous- œsophagien, situé dans la région inférieure de la tête. L'étude de ces pièces buccales des Insectes est de la plus grande importance pour la classification et sera réservée pour l'histoire séparée des ordres. Llles sont formées d'abord d'une pièce impaire, le labre ou lèvre supérieure, constituée par la soudure, selon M. BruUé, de deux pièces latérales ar- ticulées avec le bord antérieur de l'épistome. Puis se trouvent deux pièces symétriques, les mandibules, qui, chez les Insectes, ne portent jamais d'appendice latéral. Ensuite nous trouvons les deux mâchoires, également paires, puis la li'vre inférieure, aussi de deux pièces, sorte de redoublement des mâchoires. Ces deux dernières parties sont munies habituellement d'appendices latéraux ou palpes. Ces noms conviennent parfaitement à la bouche des Insectes broyeurs; chez les Insectes lé- cheurs, et surtout chez les suceurs, au premier aspect, la bouche semble très-diflerente du premier type. Par une habile analyse, Savigny a fait voir comment les mêmes pièces, par des modifications de forme et de grandeur relative, peuvent s'adapter aux modes d'alimentation les plus divers; depuis, M. Milne Edwards a donné une nouvelle confirmation 60 INTRODUCTION. de la sûreté de ces principes analogiques, en rattachant à un type com- mun les pièces buccales des Crustacés, même des Crustacés suceurs pa- rasites, qui présentent les plus grandes déformations. Thorax. Le thorax, ou second centre de concentration des zoonites chez les Insectes, est celui qui ofl're le moins de réductions et dont l'étude peut se faire dés lors de la manière la plus nette. Les trois anneaux du tho- rax, nommés prothorax, mésolhorax, 'métathorax, ont été identifiés dans leurs parties par Audouin et Lâchât, ce qui rend leur étude compara- tive très-simple. Suivant l'ordre d'avant en arrière, les arceaux dorsaux prennent les noms de pronotum, mesonotum, metanotum, et les arceaux ventraux, ayant chacun sur les flancs leur epistcrnum et leur épimère, offrent au milieu le prosternum , le mesosternum , le metasterniim. Le prothorax est très-développé chez les Coléoptères, les Orthoptères, la plupart des Hémiptères, et reçoit alors souvent des entomologistes des- cripteurs le nom de corselet; il se réduit beaucoup au contraire chez un certain nombre de Névroptères, chez les Hyménoptères, les Lépi- doptères et les Diptères, et devient alors un anneau étroit appelé sou- vent collier. Par un balancement naturel la zoonite suivante, ou méso- thorax, devient très-grande chez ces mêmes Insectes^ surtout s'il arrive en outre que le troisième anneau, ou métathorax, soit réduit en même temps que le premier ; ainsi le mésotliorax est énorme chez les Hy- ménoptères, les Lépidoptères et les Diptères, et forme la presque to- talité du thorax. C'est à lui qu'on donne alors le nom de corselH, mot qui, comme on voit, peut, suivant les ordres, s'appliquer à deux zoo- nites diflerentes. Le mésothorax est petit chez les Coléoptères et beau- coup d'Orthoptères ; car les premier et troisième anneaux du thorax sont grands ; il est plus grand chez les Hémiptères , quelques Or- thoptères et beaucoup de Névroptères, et coexiste avec un prothorax bien développé, parce que le métathorax s'amoindrit. Enfin le méta- thorax, grand chez les Coléoptères, les Orthoptères, certains Névroptères, commence à diminuer chez la plupart des Hémiptères, et se réduit tout à fait chez les Hyménoptères, les Lépidoptères et les Diptères. Chez les Coléoptères, les Orthoptères, la plupart des Hémiptères, le mésothorax et le métathorax sont cachés par les ailes au repos : le premier de ces anneaux restant quelquefois partiellement visible en son milieu (écusson) ; dans les autres ordres, les trois anneaux du thorax sont à dé- couvert. Les formes et grandeurs comparatives de ces anneaux sont les mômes en général chez les larves et nymphes des Insectes à métamor- phoses incomplètes que chez les adultes. Les Insectes dégradés, aptères toute leur vie, ont les trois anneaux du thorax analogues en ligure et en étendue; nous devons dès lors comprendre que le même fait se présente habituellement chez les larves des Insectes à métamorphoses complètes, auxquelles les Insectes aptères ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — THORAX. 61 peuvent se comparer par arr(5t dans le développement et dans le nombre des mues., Après la tête à zoonites soudées comme chez l'adulte, se trouvent les trois anneaux thoraciques, pareils s'il s'agit de larves cy- lindroïdes , comme les chenilles (Lépidoptères) et les fausses chenilles (certains Hyménoptères), allant en s'élargissant du premier au troisième chez les larves oblongues ou biconoïdes (certains Névroptères, Hymé- noptères et Diptères); quand la peau des larves est molle, la distinction des arceaux devient véritablement théorique. Chez certaines larves de Coléoptères et de Lépidoptères, les anneaux du thorax, et aussi ceux de l'abdomen, sont très-convexes en dessus et plats en dessous. 11 y a des larves de Coléoptères à protliorax, élargi, prédominant (Bupreste, Sco- lyfe, Capricornes, etc.). Le thorax des Insectes adultes porte les pattes ambulatoires au nombre de trois paires. Chacune s'insère sur l'épimère de l'arceau ventral et le bord du sternum, et la composition de leurs parties (!st identique : ce sont une suite de tubes creux, articulés les uns aux autres, formant ainsi une sorte de répétition du type du système axile. A l'intérieur sont contenus des nerfs, des muscles, des trachées. L'articulation de l'appendice est d'une force très-variable. Elle se rapproche dans les Coléoptères, où elle est résistante et mobile en divers sens, de l'articu- lation d'un condyle dans une cavité cotyloïde ; en général elle est beau- coup plus faible dans les autres ordres, se fait par adhérence sans ca- vité profonde. La première pièce est la hanche, qui est souvent en rapport avec l'épimère par une petite pièce appelée tvochantin, rentrant dans le thorax et appartenant, selon Jacquelin du Val, à la patte et non au thorax, ainsi que le pensent Audouin et M. Lacordaire. La pièce sui- vante est le trochanter, articulé par ginglyme avec la hanche. La cuisse, qui est habituellement l'article le plus robuste de la patte, vient ensuite. Puis, toujours avec la même articulation en ginglyme, nous trouvons la jamhc, qui présente une flexion très-étendue sur la cuisse. C'est une pièce allongée, plus mince que la précédente, ofi'rant souvent des échancrures, des dents, des épines, etc. La pièce terminale de la patte ou tarse se compose habituellement de plusieursarlicles,dontle nombre varie de un (très-rarement) à cinq. Le dernier article porte des organes de suspension, qui sont presque toujours formés par un ou deux oni/les ou crochets, parfois olfrant en outre des pelotes ou ventouses, permet- tant l'adhérence aux corps les plus lisses (Mouches). Les tarses sont ha- bituellement poilus ou épineux, surtout en dessous. Un éminent naturaliste, M. Milne Edwards, a cherché à substituer à cette nomenclature arbitraire une nomenclature rulionnelle, dont la préfixe indique l'ordre de l'appendice du membre, et la terminaison désigne la fonction. Ces noms, proposés pour les Crustacés, peuvent s'étendre aux Insectes. Pour les pattes, nous aurons, à partir du tronc, les coxopodile (tro- chantin), qui peut manquer, basipoditc (hanche), ischiopodite (frochan- 62 INTRODUCTION. ter), méropodite (cuisse), carpopodite (jambe), propodite, deutopodite, tritopodite dactylopodite, pour les articles du tarse. Si l'appendice devient un gnathe ou pièce buccale, les articles successifs prennent la terminaison gnathite ; si c'est une antenne, la terminaison cérite. Dans un livre nécessairement élémentaire, malgré la haute importance pbi- losophique de ces assimilations, nous ne pourrons essayer leur emploi. Comme ces noms ne sont pas usités dans les ouvrages publiés sur les Insectes, il en résulterait un embarras continuel pour ceux qui débutent dans les études entomologiques. En outre, quand les appendices offrent des réductions, ce qui se voit surtout pour les armures génitales, il est souvent fort difficile, parfois même impossible, de déterminer nettement l'bomologie d'une pièce, et un nom significatif présente alors l'incon- vénient de donner matière à controverse. Nous pensons donc que dans un sujet déjà ardu par lui-même, il importe, au début, d'éviter toute complication. Les pattes présentent des modifications nombreuses dans la forme et la fonction. Quand elles sont propres seulement à la marche et à la course, leurs dimensions sont analogues dans les trois paires, leurs ar- ticles, plus ou moins similaires, de formes prismatiques, à section sub- triangulaire. Les pattes antérieures se portent en général en avant, les intermédiaires sur les côtés, un peu en arrière, les postérieures tout à fait en arrière : disposition qui assure à l'Insecte la conservation très- facile de son équilibre, la verticale de son centre de gravité tombant très-aisément à l'intérieur d'un très-large hexagone d'appui. Tantôt la marche est plus ou moins irrégulière et sautillante, et les pattes se lèvent et se posent successivement sur le plan d'appui, sans ordre bien déterminé, mais jamais cependant les deux pattes de la même paire à la fois; tantôt, au contraire, la marche et la course deviennent très-ré- gulières, les deux pattes antérieure et postérieure d'un même côté, et l'antérieure du côté opposé se déplaçant à la fois , les autres étant alors au repos, et vice versa. On peut prendre les Mouches pour exemple. Certains Insectes offrent à la course une vélocité incroyable, dépassant, à taille égale, celle de tous les autres types animaux. En général les In- sectes agiles à la course ont les pattes longues et assez grêles ; cepen- dant, si elles deviennent trop amincies, le faiblesse de leurs muscles, malgré de longs articles , ne permet plus qu'une marche très-lente, parfois comme incertaine. Certains Insectes courent ou marchent sur l'eau. Des dispositions spéciales leur permettent ailors de ne pas être mouillés par l'eau et d'être soutenus par un phénomène de capillarité, l'eau offrant une dépression sous l'extrémité de la patte, comme les li- quides non mouillants à l'égard des solides. De même une aiguille d'acier, graissée, Hotte sur l'eau sans enfoncer , quoique beaucoup plus dense. Les tarses de ces Insectes sont alors enduits d'une sécrétion sébacée ou munis de poils qui retiennent des bulles d'air. Quand les Insectes doivent fouir le sol, en général les jambes de ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — THORAX. 6$ devant s'élargissent beaucoup et deviennent digitées; s'ils doivent saisir une proie, la jambe se replie contre la cuisse, ces deu\ articles étant alors munis d'épines. Dans ces cas, les pattes de devant sont dites fouisseuses, ravisseuses, et les tarses se réduisent beaucoup et peuvent devenir caducs. Les membres postérieurs sont autrement modifiés dans certains cas. Si les Insectes récoltent du pollen ou d'autres substances sur les fleurs, les jambes et tarses des pattes postérieures se munissent de brosses et de réceptacles appropriés. Chez les Insectes nageurs, les pattes posté- rieures , élargies, ciliées, comprimées, contournées, agissent comme des avirons pour pousser l'Insecte en avant. Leur forme et leur fonc- tion rappellent les membres de la tortue de mer, le tarse de l'oiseau nageur. Quand elles s'étendent, elles frappent l'eau par leur large sur- face, et, par réaction, le fluide ambiant fait progresser l'Insecte ; puis elles reviennent sous le ventre en coupant alors l'eau par leur tran- chant. Dans les mêmes Insectes nageurs, les pattes des autres paires frappent l'eau dans le sens vertical, afin de produire les mouvements d'ascension et d'abaissement. Enfin le saut des Insectes a lieu par un mécanisme tout pareil à celui des animaux vertébrés. Ce sont les pattes postérieures, à cuisses et jambes renflées, qui en sont principalement chargées. La jambe se replie contre la cuisse, puis, se débandant subi- tement comme un ressort, frappe le plan de position et envoie l'In- secte au loin en avant. Il faut bien remarquer que la force musculaire n'étant pas toujours en raison de la section des muscles, il y a des In- sectes, puissants sauteurs, qui ont cependant les membres postérieurs peu renflés. Dans le saut on doit distinguer deux temps, Vélan, propor- tionnel à la taille de l'animal et composé de toute la portion de mou- vement en avant pendant laquelle l'animal n'a pas entièrement quitté le sol, puis la trajectoire de saut, mouvement pendant lequel la sépara- tion d'avec le sol est complète. Celte dernière est constante, comme l'a démontré Straus-Durckeim, pour des animaux de même organisation, quelle que soit leur grosseur. De ce qu'une Puce saute environ deux cents fois sa hauteur, il est tout à fait faux de croire qu'un homme, or- ganisé comme la Puce, atteindrait à la hauteur des grands édifices ; son élan seul serait plus considérable, mais son saut total n'atteindrait pas la longueur de 2 mètres. Comme chez les Insectes, vu leur peti- tesse, l'élan est insignifiant, une Puce ne sauterait pas plus haut, en prenant le \olume de la Sauterelle, et celle-ci ne perdrait rien de sa projection par le saut en se trouvant réduite à la taille de la Puce. Il est quelques Insectes (chez les Thysanoures) où le saut s'exécute au moyen d'appendices spéciaux, dépendant de l'abdomen. Chez la plus grande partie des larves le thorax porte des pattes comme chez les adultes, sans différence appréciable pour les Orthoptères et les Hémiptères, à métamorphoses incomplètes. Ces pattes thoraciques, au nombre de six, dites pattes écatUeuses, se rencontrent dans toutes les 64 INTRODUCTION. larves de Névroptères et de Lépidoptères, et la plupart des larves de Coléoptùres. Elles se composent des parties indiquées pour les adultes, mais souvent plus ou moins rudimentaires ; de sorte que ces pattes sont habiluellement plus courtes que chez les adultes. Leurs articles cornés sont les fourreaux des articles des nouvelles pattes produites après cha- que mue. Le thorax, non plus que le reste du corps, n'offre pas de pattes dans les larves de la plupart des Hyménoptères et des Diptères, et chez certains Coléoptères(Charançons,Scolytes, etc.). Dans toutes les nymphes des Insectes à métamorphoses complètes, les pattes thoraciques , bien visibles dans certains ordres, les Coléoptères surtout, no sont pas libres, mais engagées sous le tégument dont l'adulte doit se dépouiller. L'appareil alaire des Insectes, qui n'existe que chez les adultes, et manque dans certains groupes dégradés, fait exception par rapport à tous les autres organes appendiculaires. 11 appartient à un type spécial et différent ; certains auteurs ont comparé les ailes à ces trachées de- venues extérieures et flottantes qui constituent les branchies des larves aquatiques de quelques Insectes. L'aile est d'abord une vésicule ou poche aplatie, soutenue à l'intérieur par une charpente de tubes de chitine qui deviennent les nervures, quand, par résorption du liquide intérieur, les deux parois s'accolent par une intime soudure, et de- viennent la membrane alaire. Les nervures sont des tubes creux con- tenant des trachées; car c'est l'air introduit dans ces trachées qui aide à l'extension des ailes d'abord molles et chiffonnées, alors que l'Insecte adulte éclôt. Dans les ailes en voie de formation, des courants sanguins entourent ces trachées, et la peau chitineuse de l'aile s'épaissit aux points occupés par ces trajets de fluide nourricier. Des vibrations ra- pides de ces ailes, après leur extension, ne tardent pas cà dessécher leur surface, à la rendre résistante, propre au vol. Si quelque obstacle est apporté, lors de l'éclosion, au déploiement complet des ailes encore molles, elles demeurent, en se desséchant, en forme de moignons à bords contournés, et l'Insecte infirme ne pourra s'élever dans les airs. Les ailes s'articulent sur la partie dorsale du mésothorax et du mé- tathorax, entre le tergum et l'épimère. L'articulation des ailes s'opère au moyen de petites pièces nommées osselets, donnant à l'aile toute la souplesse désirable, sans qu'elle perde de sa force, en nombre variable, suivant les types , paraissant augmenter selon l'importance de l'aile pour la fonction du vol. D'après Jacquehn du Val, on doit ranger parmi ces osselets deux pièces qui appartiennent aux ailes mésothoraciques, et dont certains auteurs font des pièces du thorax : ce sont les ptérijgodes ou épaulettes, manquant chez les Coléoptères, Orthoptères, Hémiptères, développées sous forme de baguettes ou d'écaillés chez les Diptères et les Hyménoptères, recouvertes de poils chez les Lépidoptères. Les nervures ou tubes chitineux contenant les trachées constituent la charpente de l'aile et déterminent sa forme et son contour. On doit réserver ce nom aux principales, surtout celles qui parlent de la base ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — THORAK. 65 de l'aile, et nommer nervules les liges intermédiaires plus petites. Entre les nervures et les nervules se trouvent les cellules de l'aile, four- nissant de très-bons caractères de classification. La consistance des ailes est très-variable. Elles sont nues dans beaucoup d'ordres (Xévroptères, Hyménoptères, une partie des Hémiptères, Diptères), avec des poils dis- posés surtout le long des nervures. Elles se recouvrent d'écaillés pédi- culées chez tous les Lépidoptères, au moins au moment de l'cclosion de l'adulte. Jamais les ailes inférieures ne deviennent coriaces ; seulement chez les Diptères elles perdent complètement leur forme habituelle. Les ailes supérieures peuvent devenir plus ou moins coriaces. Elles constituent des éltjtres si leur dureté et leur épaisseur restent sensi- blement les mêmes partout et aux deux bords, ainsi dans les Coléo- ptères ; des pseudélytres si la consistance est moindre sans arriver à l'élat membraneux des véritables ailes : tels sont les Orthoptères; enfin des hémélytres si elles sont coriaces à partir de leur insertion jusque vers le milieu, puis si elles se continuent par une région membraneuse, ce qui arrive chez les Hémiptères hétéroptères. Ces ailes épaissies sont alors destinées principalement à servir de fourreaux aux ailes inférieures lors du repos, à soustraire aux déchirures leur membrane délicate. Chez les Hyménoptères, une partie des Lépidoptères, une partie des Hémi- ptères, les ailes supérieures entraînent les inférieures dans leur mouve- ment au moyen de mécanismes spéciaux, variant d'un ordre à l'aulre. Dans les autres ordres, les ailes des deux paires sont indépendantes. Les ailes des deux paires sont constituées sur le même plan, quoique ^rarement égales entre elles 'certains Névroptères, Agrions) ; elles s'adap- tent à l'arceau thoracique, qui les porte par une portion rétrécie nom- mée base ; l'extrémité de l'aile opposée à la base se nomme sommet ou angle externe, dans la partie dirigée antérieurement, et anule interne dans sa région postérieure {angle anal pour l'aile inférieure). Le contour com- pris de la base à l'angle externe s'appelle côte de l\iile, bord antérieur, bord externe; celui qui va, à l'opposé de la base, de l'angle externe à l'angle interne, se nomme bord postérieur, et le contour qui de l'angle interne revient à la base forme le bord interne. La région centrale de l'aile, limitée ainsi en tous sens, prend le nom de disque. Sil'on examine avec soin les nervures, on reconnaît que, même dans les élytres les plus épaisses, si on les étudie en dessous, elles sont dis- posées selon un plan analogue, éprouvant quelques variations de détail d'un ordre à l'autre. L'importance de l'étude des nervures a été re- connue par Jurine, qui s'en est servi avec sagacité pour la classification des Hyménoptères ; il a eu toutefois le tort d'employer des noms em- pruntés ci l'anatomic du membre antérieur humain, ou plutôt des os de l'aile des Oiseaux, à laquelle Jurine comparait l'aile des Insectes, ce qui semblerait faire croire à des assimilations complètement fausses. H est bien préférable d'employer des noms spéciaux, comme les choses auxquelles ils s'appliquent. En général, on trouve sur une aile su[té- •IIIAIID. ô 66 INTRODUCTION, rieure, en choisissant un Hyménoptère comme type, cinq nervures prin- cipales. La première, suivant le bord supérieur, est la nervure costale {radius de Jurine), aboutissant au delà du milieu à un empâtement par- ticulier, ou à une tache dite stigma, pterostigma\(carpe de Jurine), et qu'on trouve surtout bien développée un peu plus loin aux deux paires d'ailes de beaucoup de Névroptères. La seconde nervure, longeant la première et se rendant aussi au stigma, quand il existe, est Ik sous- costale [cubitus de Jurine). Puis viennent, en se rapprochant successi- vement du bord inférieur de l'aile, les nervures médiane, sous-médiane et anale. D'autres nervures importantes, ou plutôt nervules, car elles ne partent pas de la base de l'aile, sont la radiale [radius inférieur de Jurine), allant de l'extrémité de la sous-costale ou du stigma au som- met de l'aile; l'autre, naissant plus bas, ou de la sous-costale, ou d'un rameau récurrent qui va à la médiane, se nomme la cubitale [cubitus inférieur), et se rend aussi au bord de l'aile, qu'elle atteint un peu au- dessous du sommet. Les aréoles ou cellules, dites basilaires, comprises entre les cinq nervures principales, portent les mêmes noms que celles-ci. Vers le sommet de l'aile, nous trouvons les cellules radiales entre la ner- vule radiale et le bord supérieur, et cubitales entre les nervules radiale et cubitale. Au centre de l'aile, entre les nervures cubitale et sous-mé- diane, sont les cellules discoidales ; enfin, en dehors de celles-ci, entre elles et le bord de l'aile, les cellules postérieures. L'aile inférieure est constituée sur le même plan, souvent avec réductions ; car elle est plus petite que la supérieure chez les Hyménoptères. Quand l'aile se réduit, les cellules et les nervures disparaissent, en allant du bord inférieur au bord supérieur, au point de ne plus offrir, dans les types dégradés, que les nervures sous-costale et costale, et même la nervure costale seu- lement. Dans l'aile des Diptères s'ajoute une sixième nervure principale, dite axillaire ou sous-anale. Le même type de réticulation se retrouve bien distinct dans l'aile de chaque paire chez les Lépidoptères, la nervure costale disparaissant chez les Diurnes, et toujours, chez tous, aux ailes inférieures, la nervure sous-médiane disparaissant le plus souvent. Si l'on examine les cellules, on est tout d'abord frappé par l'importance d'une cellule centrale, à partir de laquelle parlent des nervules peu éloignées du parallélisme. Elle est nommée discoïdale dans les descrip- tions des auteurs ; mais, selon Jacquelin du Val, est réellement la cel- lule sous-costale. Elle fournit de très-bons caractères de classification, selon qu'elle est ouverte ou fermée. Le même type alaire se retrouve dans l'aile à demi-coriace des Hémiptères hétéroptères , dans leur aile infé- rieure, et, plus distinctement, dans les deux ailes des Hémiptères ho- moptères, comme les Cigales. C'est avec plus de difficulté qu'on peut distinguer les nervures principales dans l'aile inférieure membraneuse des Coléoptères, dans les ailes des Orthoptères, dans celles des Névro- ptères et môme dans l'élytre des Coléoptères, vue par dessous. Les cel- ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — THORAX. 67 liiles sont plus difficiles à déterminer dans ces m(!mes ailes , car elles tendent à s'allonger et demeurent ouvertes. Nous ne pouvons insister, autant qu'il le faudrait peut-être, sur ces minutieux détails; mais il est d'un grand intérêt de remarquer que, de même que les appendices de l'arceau inférieur des zoonites se rattachent à un seul plan consti- tutif, de même les ailes ou appendices de l'arceau dorsal se rapportent à un fout autre type, mais identique aussi avec lui-même, dans tous les ordres des Insectes. La membrane des ailes est formée de chitine transparente. (Juatid les ailes sont tout à fait lisses, elles sont privées d'irisation, phénomène dû à la décomposition de la lumière par les lames minces ; ainsi chez les Cigales, les Criquets, les Libellules, les Lépidoptères à ailes vitrées, et certains Hyménoptères. En général, les ailes irisées offrent des rides courtes ou des stries qui donnent à l'aile l'aspect d'une surface chagri- née ou rugueuse. Cependant il y a des'exceptions à ce principe. Les Bour- dons (Hyménoptères) ont les ailes non irisées, quoique fortement striées, et les Hémérobes (iXévropfères) ont les ailes lisses et cependant nuan- cées des plus belles irisations. Les ailes à fond jaune, même ridées, sont habituellement sans irisation (certaines Libellules, certains Hyméno- ptères); les ailes violettes, au contraire, ont un vif reflet irisé, ainsi dans les Xylocopes (Hyménoptères, Mellifiques). M. Cioureau, remarquant que les ailes sont formées de deux pellicules accolées, entre lesquelles s'intercalent les nervures, a supposé que l'iri- sation est due à une sorte d'accident normal. Selon lui, de l'air extra- vasé, provenant des trachées des nervures, produirait les rugosités ou stries, et, par suite, l'irisation, quand les épaisseurs d'air sont variables. M. Milne Edwards fait remarquer avec raison, eu égard aux exceptions signalées, qu'on ne saurait admettre de l'air ainsi intercalé par rupture des trachées, car les membranes de l'aile sont soudées très-exactement. Les stries résultent d'élévations alternant avec des dépressions normales et naturelles, comme les enfoncements dans lesquels sont implantées les écailles colorées des ailes des Lépidoptères. Dès lors l'irisation, quand elle existe, n'est pas un accident d'intensité variable et peu ca- ractéristique, mais une propriété essentielle dépendant de la sirucfure intime des membranes de l'aile, et devant en conséquence intervenir à juste titre dans les caractères spécifiques ou génériques des Insectes. Les organes du vol chez les Insectes, essentiellement ditl'érents de ceux des Mammifères et des Oiseaux, nous présentent cependant une analogie parfaite dans la fonction, de sorte que rexplicafion du phéno- mène est identique. Les auteurs ont comparé liabituellement le vol H la natation ; car, dans les deux cas, l'animal s'appuie sur un fluide qu'il refoule avec une vitesse plus ou moins grande, et se déplace en vertu de l'excès de résistance du fluide dans le sens de sa compression sur sa résistance dans le sens où se meut l'animal. De plus, on a admis que l'Oiseau ou l'insecte emploie ses ailes comme le rameur ses a\i- 68 INTROOliCTlOK. rons pour pousser une barque en avant sur l'eau. [,ors de l'éléva- tion de l'aile, suppose cette hypothèse, l'animal la tourne de manière qu'elle présente au courant d'air seulement son bord antérieur, afin de n'en éprouver qu'une faible résistance; au contraire, lors de l'abaissement de l'aile, il lui fait exécuter une rotation inverse pour qu'elle appuie sur le fluide ambiant par toute l'étendue de sa surface. C'est en partant de cette condition hypothétique du mouvement dans un fluide que Navier a cherché à calculer le travail accompli lors du vol des Oiseaux (1), et qu'il est arrivé, notamment pour l'Hirondelle ani- mée de sa plus grande \ilesse, à une valeur tellement énorme, plus de quatre mille cinq cents fois le travail d'un homme employant toute sa forceà tourner une manivelle, qu'on se demande tout de suite si un pareil résultat, exagéré jusqu'à l'absurdité, ne provient pas de la complication des hypothèses qui servent de point de départ au calcul. I^n savant, dont le nom est bien connu des entomologistes , Straus-Durckheim, a le premier fait une remarque qui devait le conduire à une explication plus simple du rôle des ailes. Dans une aile destinée au vol, ce qui exclut en grande partie les élylres, toujours la partie la plus résistante se trouve placée au bord antérieur, et l'aile, au lieu d'agir activement et comme avec une sorte d'intelligence pour le vol, n'est plus qu'un organe passif, exécutant des mouvements d'abaissement et d'élévation, dans lesquels la partie postérieure moins résistante subit des flexions en dessus et en dessous, tandis que la partie antérieure demeure plus fixe, sans qu'il y ait de rotation préméditée. Lorsque l'aile tourne, c'est seulement comme efl'et forcé de cette inégale résistance des bords antérieur et postérieur. Chez l'Oiseau et la Chau\e-Souris, ce sont les os du membre de devant, placés au bord antérieur, qui réalisent cette (1) On sait que les forces sont employées, dans la nature comme dans l'industrie humaine, à vaincre des résistances qui se renouvellent à chaque instant, en même temps que les points d'application se déplacent. On appelle travail d'une force, le produit du nombre qui en mesure l'intensité par le chemin qu'elle fait parcourir, dans sa direction propre, au point auquel elle est appliquée. Il est aisé de faire comprendre, sans aucune formule mathématique, dont l'usage serait hors de propos dans un ouvrage élémentaire, qu'il n'y a d'effet utile produit qu'à cette double con- dition. Ainsi qu'un terrassier soulève sa bêche chargée de terre, mais la laisse im- mobile, il ne fera pas plus d'ouvrage que s'il la lance à vide dans diverses direc- tions ; que la lime glisse sans appuyer sur le métal, ou qu'elle le presse sans se mouvoir, il ne se formera pas do limaille. H faut réunir et la force et le déplace- ment, et, toutes les fois que leur produit demeure constant, l'une varie inverse- ment à l'autre, ou, comme on dit fréquenmient : ce qu'on perd en force on le gagne en vitesse. Une erreur très-vulgaire de langage fait confondre le travail avec la force, qui n'en est qu'un facteur ; quand on dit une machine de la force de 20, 40, 100 chevaux, c'est du travail qu'on doit entendre. I.e clicval-vapeur est une des unités du travail et vaut 75 Lilogramrnètres (autre et meilleure unité), d'après d'anciennes et très-inexactes expériences sur le travail des chevaux vivants. Le kilogrammètre est le travail nécessaire pour élever en une seconde, d'un mouve- ment continu et sans vitesse acquise antérieure, un poids d'un kilogranune à une hauteur d'un mètre. ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — THORAX. 69 disposition fondamentale de l'aile. Chez l'Insecte, des organes tout dif- férents, les nervures, produisent un efl'et identique. Toujours, s'il s'agi d'une véritable aile, il existe une forte nervure le long du bord anté- rieur, parallèlement au grand diamètre de l'aile, et le disque membra- neux est soutenu par des nervures s'irradiant à partir de la base de l'aile et permettant seulement les flexions dans les deux sens du bord postérieur, aminci et sans nervure qui le circonscrive, tout diflerent en cela du bord antérieur. Nous croyons devoir expliquer en peu de mots comment la simple dill'érence de résistance de deux bordsde l'aile a suffi àStraus-Durcklieim pour expliquer le mouvement eu avant de l'animal. Supposons l'aile s'abaissant dans le sens vertical ; son bord postérieur étant moins résis- tant que l'antérieur, il en résulte une flexion en dessus de la partie pos- térieure. La résistance verticale de l'air se décompose en une force paral- lèle à elle et sans effet, et une force perpendiculaire au plan occupé par la partie qui a fléchi, c est-à-dire oblique en haut et en avant. Dans l'élévation de l'aile, au contraire, l'air agit sur sa face supérieure et produit, par suite de l'inégale résistance des deux bords, une flexion en bas et- en arrière de la région postérieure : d'où la résistance de l'air agit par une composante oblique dirigée en bas et en avant. Ces deux impulsions, se succédant à un très-court intervalle, se composent dia- gonalement en une force unique perpendiculaire au plan dans lequel se meuvent les centres de force des ailes, ou points d'application des résistances du fluide, c'est-à-dire en une force horizontale dirigée en avant dans notre hypothèse d'un mouvement des ailes dans le sens vertical. Ces simples mouvements successifs suffiraient donc pour la transla- tion horizontale d un animal voilier qui n'aurait pas de poids ; mais, comme il est constamment sollicité par la pesanteur de haut en bas, il doit tendre sans cesse à se diriger, non pas horizontalement, mais obli- quemer)t en avant et en haut, afin de gagner dans le même temps une hauteur égale à celle dont son poids le fait descendre. I-a nature a em- ployé à la fois plusieurs moyens pour arri\er àce but. Sans parler de ceux qui sont spéciaux aux Oiseaux, et en rapport avec la forme concave en dessous de leurs ailes, nous devons indiquer des artifices communs aux Insectes, dont les ailes sont plates, aussi bien qu'aux Chauves-Souris et aux Oiseaux. In premier moyen de compenser le poids est. pour l'animal ailé, d'abaisser les ailes de haut en bas, en ramenant leurs extrémités en avant, perpendiculairement au plan de mouvement, c'est-à-dire obli- quement en haut. Si, au contraire, lors de l'abaissement, l'animal tour- nait l'aile de manière à lui faire présenter une plus grande surface, comme l'aviron dans l'eau, l'abaissement aurait lieu de haut eu bas, mais en arrière. Or, si l'on examine des Oiseaux à vol lent, des Moineaux et surtout des Corbeaux, on voit parfaitement que, dans l'abaissement, \U ramènent les extrémités de leurs ailes en dessous du corps, en avant 7 INTRODUCTION. et n ..n en arrière. On comprend dès lors pourquoi l'animal ailé ne maintient pas son corps vertical, mais incliné d'autant plus par rapport à la verticale qu'il vole mieux : ainsi dans le Cerf-votant {Lucanus cervus. Coléoptères), que le poids de ses énormes mandibules oblige, sous peine de basculer, à placer son corps presque vertical, les ailes ne peuvent que peu s'écarter de la direction horizontale ou d'un plan de mouve- ment vertical, et l'animal, parvenant à peine à équilibrer son poidf, présente un des vols les plus lents qui existent. Un second moyen de compenser le poids consiste à abaisser les ailes plus rapidement qu'elles ne se sont élevées, de sorte que l'impulsion de bas en haut soit plus forte que celle de haut en bas. Cette inégalité dans les mouvements est en raison de la dilTérence de force des muscles qui produisent ces deux mouvements opposés. Ces mêmes principes permettent d'expliquer le vol stationnaire commun aux Oiseaux les plus rapides et aux Insectes les meilleurs voiliers, comme les Libellules, les Muscides, qui abondent en automne dans nos jardins et nos bois. Qui n'a vu ces Insectes en ap- parence immobiles dans les airs, les ailes étendues, soit pour guetter une proie, soit pour se réchauffer au soleil. Qu'on les examine de près, on verra que leurs ailes frémissent par des vibrations précipitées, et semblent élargies dans le sens vertical par la persistance des impres- sions lumineuses sur la rétine. Ces mouvements de peu d'amplitude, mais très-vifs, sont calculés de manière à compenser exactement le poids sans projection en avant. On peut dire que ce sont les Insectes qui offrent le plus de variété pour la fonction du vol, depuis ces Tinéites (Lépidoptères) que le plus léger souffle d'air abat dans le vol, jusqu'à ces Mouches d'été qui, attirées par la faim, suivent les convois de nos che- mins de fer et pénètrent dans l'intérieur des wagons, se reposant par intervalles, puis tourbillonnant avec une vélocité incroyable si l'on songe à la rapidité de ces véhicules qu'elles dépassent pourtant dans leur vol. Il faut enfin faire remarquer que la force ou la faiblesse de l'aile, comme organe moteur, est liée à plusieurs faits distincts : à la puissance des muscles, à leur insertion, à l'aire membraneuse de l'aile, à la force des nervures placées au bord supérieur, etc. C'est en analy- sant les variations indépendantes de ces divers éléments qu'on peut ar- river à expliquer pourquoi des ailes, analogues à la première apparence, peuvent différer dans la fonction, ou des ailes de forme diflerenle con- courir, au contraire, au vol avec la même énergie. On est loin toutefois de pouvoir expliquer encore toutes les variations du vol des Insectes qui fournissent d'excellents caractères distinclifs de tribus, de genres, d'espèces, selon qu'il est rocliligne, saccadé, prolongé, intermittent; selon que l'Insecte est obligé de toujours agiter ses ailes, ou qu'au con- traire, après des battements rapides qui lui donnent un excès d'impul- sion considérable, il fende les airs comme une flèche, soit en repliant les ailes contre le corps, soit en les' étendant en parachute et planant selon une trajectoire presque horizontale. Entre autres causes, ces dif- A!\ATO:\IIt; liT PHYSIOr.OCrïE. — THORAX. 71 férences sont certainement liées au nombre, à la forme, à la solidité des osselets d'articulation des ailes au thorax. Il est important de constater que ce sont les exemples offerts par l'en- tomologie qui ont conduit Straus-Durckheira à la théorie du vol que nous venons d'exposer. 11 a remarqué que chez les Libellules, qui peuvent à volonté planer, tourbillonner, aller dans le vent et contre le vent, caractères des meilleurs voiliers, les ailes sont insérées par deux points, ce qui empoche matériellement l'Insecte de les tourner comme le ra- meur tourne ses avirons ; elles ne peuvent donc offrir que la flexion passive du bord postérieur, tantôt eu haut, tantôt en bas. Les Cétoine? (Coléoptères) volent parfaitement, à la façon des Mouches, et cependant leurs ailes, glissant dans une fente longitudinale ménagée entre les élytres immobiles et le corps, sont maintenues fixes suivant une largo section qui leur interdit toute rotation active. Nous ne devons pas nous étonner si les Insectes peuvent aussi nous offrir facilement un critérium expérimental pour vérifier la théorie du vol proposée par Straus-Durckheim. On comprend que si l'on peut chan- gerle rapport d'épaisseur des diverses régions dans ce que nous appelons les ailes véritables propres au vol, celles à résistance décroissante du bord antérieur au bord postérieur, on arrivera à constater si cette inégale résistance des bords est une condition absolue de ce genre d'ailes. Il suffit d'enduire les ailes par places de vernis se desséchant avec rapi- dité. On doit rejeter les \ernis à base d'alcool, d'éther ou de benzine, qui peuvent offrir sur les Insectes un effet aneslhésique ou toxique. L'eau gommée ou l'empois fait avec un mélange de fécule ou de gomme arabique remplissent le mieux les conditions voulues. Il faut les appli- quer au pinceau et attendre quelques instants, jusqu'à dessiccation com- plète, avant de rendre la liberté à l'Insecte, lin mettant ainsi au pinceau une mince bordure de gomme filante sur le bord inférieur de l'aile de Diptères, de manière à rendre l'épaisseur aussi grande qu'au bord an- térieur, le vol est immédiatement aboli. On pourrait faire l'objection que cela résulte simplement du poids ajouté à l'aile ; mais si l'on met au contraire, sur un autre Insecte de même espèce (les Diptères d'au- tomne des bois et jardins conviennent très-bien), une égale bordure de gomme sur le bord antérieur de l'aile, ce qui ne fait qu'augmenter l'épaisseur d'une région déjà plus épaisse que les autres, on observe que le vol de bas en haut est encore possible, quoique fort ralenti à cause du poids. On peut aussi faire ces expériences sur des Libellules, sur des Agrions (genre voisin de Névroptères). Ils cessent de voler si l'on enduit de gomme les bords inférieurs des quatre ailes, et se servent seulement alors de leurs ailes étendues comme de parachutes qui leur permettent de desccindre en déviant un peu de la verticale. Au con- traire, le même enduit gommeux sur les bords aniérieurs ne fait que ralentir le vol sans l'anéantir; il persiste encore de bas en haut. 11 résulte du caractère essentiel des véritables ailes une détinilion 72 INTRODUCTION. plus oxacle que les déiinilions ordinaires, des élylres, pseudélytres, hémélylres. Les ailes mérjlenl la dénomination générale d'étuis, quand leurs deux bords, antérieur et postérieur, ont la même épaisseur, et, par suite, ofl'rent la même résistance à l'air. Les diverses sortes d'étuis résultent de la consistance variable. Ce n'est pas à dire toutefois que ces organes deviennent inutiles au vol, seulement ils ne peuvent jamais seuls suffire à le produire, ce qui arrive parfois pour les ailes véritables, chez lesquelles, dans certains cas, une seule paire suffit à la fonction. Les élytres ou pseudélytres ont deux rôles dans le vol : tantôt elles ser- vent comme parachute, et, avec les pattes et les antennes étendues, à équilibrer le corps de l'insecte dans le vol : ainsi chez les Coléoptères-, tantôt les élylres agissent en concordance avec la seconde paire d'ailes, seule membraneuse, et forment la portion résistante, les ailes de la se- conde paire constituant alors la partie flexible de l'appareil aérien, mais trop faibles, soit en elles-mêmes, soit par leurs muscles, pour opérer seules le vol. C'est ce qui arrive pour les pseudélytres étroites des Orthoptères. Ce concours simultané des deux paires dans le vol est si vrai chez cet ordre d'Insectes, que, dans certaines espèces où les pseud- élytres deviennent nulles ou rudimentaires, les ailes membraneuses de la seconde paire acquièrent à leur bord antérieur un segment d'un tissu coriace et résistant, tout différent du reste delà membrane alaire. On peut rattacher le système de locomotion aérienne des Insectes ù trois types. Le premier est celui où les deux paires d'ailes sont propres au vol. 11 n'existe dans toute sa perfection que chez les Agrions (Li- bellulides, Névroptères). Chez eux la forme des ailes des deux paires est identique et les insertions égales. Si l'on vient à couper (sans arra- cher, sans lésion) une des deux paires d'ailes, ou antérieure ou posté- rieure, à peu de distance de l'insertion, l'Insecte continue à voler avec la paire conservée : ce sont au reste de très-médiocres voiliers. D'autres Névroptères, les Libellules, les Perles, les Hémérobes, etc., appartien- nent aussi à ce type, mais avec prédominance plus ou moins marquée de la paire antérieure d'ailes. Chez les Libellules, les ailes postérieures seules ne suffisent plus au vol; il continue avec la paire antérieure, dont l'insertion est plus large. Chez les Perles, les Semblis, etc., les deux paires d'ailes sont nécessaires au vol. De même chez les Panorpes (Névroptères). Dans le second type alaire, conslitué par les Coléoptères, les Ortho- ptères, les Hémiptères hétéroptères, la paire antérieure, transformée en élytres, ou pseudélytres, ou hémélytres, ne peut jamais suffire seule pour le vol, bien qu'elle puisse souvent prêter, comme nous l'avons in- diqué, un concours indirect pour le vol, à la seconde paire d'ailes of- frant seule le caractère de la résistance inégale des bords. Parfois cette seconde paire suffit seule. Ainsi, parmi les Coléoptères, les Cétoines volent même rapidement avec leurs ailes inférieures membraneuses, les élylres demeurant closes. Dans les Staphyliniens ou Bracliélytres, ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — THOBAX. 73 li's élytres, réduites à des moignons rudimcntaires, ne concourent en rien au vol. Les Telephorus, réduits artificiellement à de courts moignons élytraux, peuvent s'élever de bas en haut avec la seule paire inférieure d'ailes ; toutefois ils retombent plus vite que ceux qui conservent les élytres étalées en parachutes. Le troisième type alaire nous est offert par les Hyménoptères, les Lépidoptères, les Hémiptères homoptères et les Diptères. Chez eux la première paire d'ailes est toujours la mieux appropriée au vol par sa grandeur, la force de son insertion et ses muscles, la résistance de son bord antérieur. La seconde paire d'ailes est toujours accessoire et en- traînée, par divers mécanismes, par la première paire. Jamais elle ne peut seule suffire pour le vol. De grandes variations dans le vol ont lieu quand la première paire d'ailes reste seule. Dans les Sphinx, Lépido- ptères à vol puissant, la première paire, demeurée seule,, permet le vol, et de même quand on enlève le crin qui y rattache normalement l'aile inférieure. 11 serait sans doute seulement bien moins longtemps prolongé. De même dans beaucoup de Noctuelles de grand vol. Chez les Papillons de faible vol, les deux paires sont nécessaires. Les Diptères sembleraient au premier abord, et, comme l'indique leur nom, n'exiger pour le vol que la seule paire d'ailes antérieures. Cependant la seconde paire, transformée en balanciers agités dans le vol par un rapide mouvement vibratoire, est très-utile pour cette fonction, qui est considérablement affaiblie, parfois même anéantie, par leur ablation, sans arrachement violent, qui doit être proscrit dans toutes les expé- riences d'alisection. Ces balanciers ne servent nullement à équilibrer l'Insecte volant; ce sont les longues pattes étendues qui ont cet usage. Il est intéressant de remarquer que les second et troisième types alaires suivent dans la série des Insectes deux progressions inverses, et leur lim'ïte commune constitue le premier type qui ne se réalise que dans quelques groupes de l'ordre des Névroptères. Cet ordre, assez hé- térogène du reste, nous offre le troisième type dans les I^phémériens, avec exagération même dans certains genres où la seconde paire d'ailes manque complètement. Au contraire, les Phryganes présentent le se- cond type, à son début en quelque sorte 5 leurs ailes antérieures sont de véritables pseudélytres , peu résistantes, il est vrai, mais d'égale épaisseur aux deux bords, tout à fait impropres seules à la fonction du vol, qui exige, chez ces faibles voiliers, la réunion de ces pseud- élytres aux larges ailes membraneuses de la seconde paire. L'ordre des Névroptères comprend à la l'ois tous les types alaires des Insectes. Des expériences nouvelles et fort curieuses sur le vol des Insectes ont été faites par M. Marey et répétées dans ses leçons au Collège de France en 1868. Il a d'abord cherché à déterminer la rapidité vibratoire des ailes des Insectes pendant le vol. .Son procédé est celui du cylindre enregistreur de M. Duhamel, servant à déterminer le nombre de vibra- tions de la verge mobile d'un diapason. Seulement, comme on ne peut 74 ' INTRODUCTION. songer à munir d'un stylet l'extrémité si délicate de l'aile d'un Insecte, c'est cette extrémité même qui frotte très-légèrement contre le papier noirci du cylindre tournant d'un mouvement uniforme. L'Insecte, maintenu par la partie inférieure de l'abdomen, est placé de telle sorte qu'une des ailes, à chaque battement, enlève un peu du noir de fumée qui recouvre le papier mobile, de sorte qu'on obtient un graphique formé d'une série de points ou de courtes hachures. M. Marey a dé- terminé ainsi les nombres suivants de battements des ailes en une seconde, en prenant des oscillations complètes, ou allée et retour de l'aile à son point de départ initial ; Mouche commune, 330; Bourdon, 240 ; Abeille, 190; Guêpe, 110 ; Macroglossa Stellatarum (Lépid. Sphin- giens), 72 ; Libellule, 28 ; Pieris Hrassicœ (Lépid. diurnes), 9. Ces nom- bres ne doivent pas être regardés comme une expression très-exacte de la vérité ; en effet, le vol captif n'est pas identique au vol libre, et, en outre, il y a une diminution due au frottement môme de l'aile, tel léger qu'il soit, contre le papier. Aussi les résultats ci-dessus sont en moins. Nous représentons un graphique de cette espèce (flg. 2). FiG. 2. — Les'trois lignes supérieures indiquent la fréquence des battements de l'aile cliez un Bourdon, et la plus inférieure chez une Abeille {Apis meUifica). — La quatrième ligne est obtenue au moyen d'un diapason muni d'un style, exécutant 500 vibrations simples par seconde. Un autre procédé du docten;' Marey, fondé sur la persistance des impressions lumineuses sur la rétine, consiste à faire adhérer par un vernis, sur l'extrémité de l'aile d'un Insecte, une petite feuilles d'or, et à faire exécuter à l'animal les mouvements du vol dans un brillani rayon de soleil. On voit alors se dessiner (tig. 3) un huit de chilfre, très-bien marqué chez l'Abeille et la Guêpe (fîg. 6), et dont on a pu obtenir des graphiques approximatifs pour les diverses parties de Texcursion de l'aile. Pour la Libellule, le huit est plus allongé, et chez le Macroglosse du caille-lait (M. Stellatarum) il est à peine bouclé (fig. h). Les figures 3 à 5 feront bien comprendre ce qui précède, ANATOMin ET PHYSIOf.Or. FE. — THOli.W. 75 Fie, 3.^ — Aspect d'une Guêpe dans un rayon de soleil, avec les extrémité; des grandes ailes (antérieures) dorées. Fit;, à. — Graphique de la zone moyenne de parcours de l'aile d'un Macroglossa Stellatarum (Lépidoptères Sphingiens . Les traits divers de ce tracé proviennent de ce que l'extrémité de l'aile est frangée et offre des pointes multiples. FlG. 5. — Grapliii|ue d'une Guêpe montrant la boucle'supérieure'et toute l'étendue d'une des branches du huit de chifl're. La partie moyenne de cette branche n'est indiquée que par des points, à cause du faible frottement de l'aile. 76 INTRODUCTION. L'intensité très-inégale de l'image dorée dans ses deux moitiés, en raison d'une incidence plus ou moins favorable à la réflexion solaire, démontre que dans les mouvements alternatifs du vol, le plan de l'aile cliange d'inclinaison par rapporta l'axe du corps de l'insecte. Pendant la période d'ascension de l'aile, la face supérieure se tourne un peu en arrière, et en avant lors de la descente, de sorte que- l'aile se porte d'ar- rière en avant, aussi bien dans sa descente que dans sa remontée, et que le plan de l'aile change deux fois de direction pendant sa révolu- lion. Pour faire voir que, selon l'idée de Straus-Durckheim, l'élévation et l'abaissement de l'aile suffisent pour entraîner tous les mouvements du vol, par l'effet de l'inégale résistance de l'air contre les deux bords, M. Marey a construit un Insecte artificiel formé d'un tambour auquel sont attachées deux ailettes bien égales, avec décroissance de résistance du bord antérieur au bord postérieur, et qu'une soufflerie communi- quant au tambour creux permet de mettre en mouvement d'élévation et d'abaissement synchrone. On voit parfaitement la pointe de l'aile décrire un huit de chiffre, et le simple battement, accompagné des inflexions que produit la résistance variable de l'air, suffit pour faire prendre à l'insecte artificiel un mouvement de rotation dans un plan horizontal, seul déplacement possible que puisse exécuter le petit appa- reil fixé à l'extrémité d'une tige tournante ou rayon du cercle. M. Marey a constaté que, pour une aile donnée, il y a un nombre maximum de battements correspondant à la plus grande rapidité du vol; qu'en aug- mentant ce nombre au delà d'une certaine limite, par l'accroissement de vitesse de la soufflerie, la rapidité de mouvement de l'Insecte artificiel se ralentit, cesse complètement, et même il peut se produire un mou- vement rétrograde. En effet, si la fréquence des battements augmente, leur amplitude diminue au point que l'aile paraît presque immobile, animée seulement d'un léger frémissement, et la force d'impulsion diminue avec l'amplitude. En 1869, M. F. Plateau a entrepris de plus récentes recherches sur le vol des Insectes. 11 admet que la différence de flexibilité entre les deux bords de l'aile ne suffit pas seule pour expliquer tous les mouvements du vol ; que l'Insecte s'étant donné avec ses ailes une impulsion oblique de bas en haut, son poids le ramène toujours à la première hauteur, de sorte qu'il parcourt réellement une ligne horizontale, (l'est seule- n^ent là, dit M. Plateau, le mouvement que peut exécuter l'Insecte arti- ficiel de M. Marey, et encore, sans le support il tomberait, car les arti- culations des ailes factices sont horizontales et non obliques de bas en haut el d'avant en arrière, comme dans l'Insecte réel volant. M. Plateau s'est donc préoccupé surtout d'expliquer le vol ascendant des Insectes dans un plan vertical. Il en trouve d'abord une première raison dans Straus-Durckheim, qui, ainsi que nous avons déjà eu occasion de le dire, énonce que ce genre de vol est en partie produit par une plus grande vitesse dans les abaissements (ui dans les élévations des ailes. ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — THORAX. 77 Les anatomiesdeChabrier et de Straus-Durckheim démontrent, dans le Hanneton, les Diptères et chez WEschim (irandis Mbellules, .Nc\ roptères), que les muscles abaisseurs sont plus volumineux et plus puissants que les élévateurs, ce qui permet d'admettre que l'aile s'abaisse plus éner- giquement qu'elle ne s'élève. Selon M. Plateau, une autre particularité vient encore concourir au vol ascendant chez les Coléoptères, insectes lourds, à ailes relativement peu développées. On sait que l'aile inlérieure, seule efficace chez eux, se replie de dessus en dessous, par rapprochement des nervures cos- tale et médiane, et en outre, souvent, l'angle anal ou inférieur se replie au-dessous de l'ensemble des deux premières parties, de sorte que, complètement ployée, une aile de Coléoptère peut ne plus offrir que le tiers de sa surface totale. 11 résulte de cette structure des changements probables de forme et de surface résistante dans les deux mouvements de l'aile. Dans le mouvement d'élévation, la résistance de lair, agissant dans le sens du reploiement, tend à infléchir les parties de l'aile et à diminuer l'aire de sa projection sur un plan ; au contraire, lors de l'abaissement, l'air étale l'aile dans toute son étendue, et une plus large surface éprouve la résistance du fluide. Il y a là quelque chose d'ana- logue au mécanisme de la patle de l'oiseau palmipède, dont les ner- vures s'étalent quand l'animal les appuie sur l'eau pour obtenir par réaction une impulsion en avant, tandis que la patte se ferme ensuite en éventail quand elle est ramenée en avant, de sorte que l'impulsion en arrière devient si petite, qu'elle peut presque être négligée. M. Plateau a cherché à démontrer par expérience les variations de forme et de surface de l'aile dans ses deux mouvements, il a pris des ailes membraneuses fraîches de Hanneton et de Scarabée rhinocéros {Oryctes nasicornis) , coléoptère de la même tribu (Scarabéiens) et de plus grande t»ille, l'aile conservant attachée la portion correspondante du mélalhorax. Avec des épingles on fixe l'attache de l'aile suivant le rayon d'un cylindre do liège adapté au centre d'une poulie et tournant avec elle autour d'un axe horizontal. Verticalement se trouvait disposée à côté une échelle divisée en doubles millimètres. L'aile peut donc rece- voir un mouvement de rotation dans un plan vertical, et on la place de telle sorte qu'elle soit, comme chez l'Insecte vivant, oblique d'environ Z|5 degrés au plan vertical de rotation. Elle est vivement éclairée par devant, et par derrière se trouve un fond d'éfofl'e noire, de scirte que, pour l'aile de Hanneton en rotalion, la persistance des impressions lumineuses sur la rétine de l'observateur produit l'apparence d'un cercle gris, dont l'échelle permet d'évaluer le diamètre égal à la lon- gueur de l'aile pendant la rotation. Si l'aile, formée ol reployée, tourne de manière à frapper l'air obliquement par son bord antérieur et sa face supérieure, elle reste pliée, ainsi que 1 indique le faible diamètre du cercle gris. Si, au contraire, on la fait tourner en sens inverse, de sorte qu'elle frappe l'air obliquement par son bord membraneux pos- 78 INTRODUCTION. térieur et par sa face inférieure, l'agrandissement du cercle gris indique que l'aile se déploie et par l'air qui s'engouffre dans les plis et par la force centrifuge. L'ouverture de l'aile est moins facile et exige une plus grande vitesse de rotation de la poulie, si l'aile est fixée perpendiculai- rement au plan vertical de rotation ; ce qui montre que l'aile naturelle, pour le meilleur vol, doit faire à son insertion un angle plus ou moins approché de la moyenne entre zéro et 90 degrés ave'c le plan de son mou- vement. Quand on opère sur les ailes bien plus amples A'Oryctes, l'œil aperçoit deux images immobiles et verticales, l'une en dessus, l'autre renversée en dessous de l'axe. Si l'aile ployée frappe obliquement l'air par sa face inférieure, on voit les deux images se déployer de plus en plus à mesure que sa rotation s'accélère, et si, l'aile étant étalée, on tourne en sens inverse, on voit les ailes apparentes se replier de plus en plus sur elles-mêmes. 11 restera à examiner si ces faits sont spéciaux aux seuls Coléoptères, et si dans d'autres groupes d'Insectes il se produit aussi des change- ments dans la forme et la surface de l'aile en ses diverses positions, par des tendances à la flexion selon certaines nervures. M. Plateau reconnaît qu'il y a encore à examiner le rôle des élytres, tantôt demeurant fer- mées dans le vol chez les Cétoines, tantôt écartées, mais immobiles dans, le vol, comme chez les Hannetons, enfin battant l'air à l'instar de véri- tables ailes chez les Téléphores, où elles sont molles et assez flexibles. Nous ajouterons cette observation que chez les Buprestes, coléoptères qui volent bien, surtout pour les petites espèces, les ailes ne se replient pas. Ne serait-il pas possible que le fait constaté par M. Plateau n'ait qu'une influence accessoire et ne soit pas général, la différence de résistance des bords et l'inégale force dans les deux mouvements suffi- sant à expliquer le vol dans tous les sens lors du plus grand nombre des cas? 11 faut aussi faire intervenir, selon les remarques die M. de Lucy, le poids propre du corps de l'Insecte, qui est une condition essentielle du vol, en emmagasinant dans sa masse le travail produit par le batte- ment de l'aile, et le dépensant ensuite sous forme d'élan ou de vitesse acquise. Il est certain que cette masse doit agir à la façon d'un volant pour régulariser le vol, et qu'il faut bien se garder de tomber dans l'erreur de Chabrier, inverse de celle de Borelli et de Navier. Cliabrier, en eflet, regardait l'Insecte comme une espèce d'aérostat, presque en équilibre dans l'air et auquel suffisait une force presque insignifiante de propulsion. C'est à tort qu'il a inteprété , à la façon du gonflement d'une montgolfière, l'air dont se charge l'Insecte avant de prendre sou vol. Jurine a bien fait voir que cet air entrant dans les trachées des ner- vures des ailes donne à celles-ci leur rigidité ; en outre, il doit y avoir là une réserve considérable de comburant et pour la force et pour la chaleur qui est en raison directe de l'énergie du vol. D'autres expériences de M. Plateau ont eu pour objet d'étudier la force musculaire produite lors du vol. D'après cet observateur, qui a AiNAIOMlE ET PHYSlOLOOIf,. — THORAX. 79 cherché la valeur des poids additionnels maxima que les Insectes peu- vent enlever en volant, la puissance de leur vol ne dépasserait généra- lement que de fort peu celle qui est nécessaire pour soutenir leur propre poids, le petit excès servant simplement à compenser la fatigue. Je doute fort qu'on puisse rien généralisera cet égard. La conlrac- (ion musculaire doit varier en énergie d'une manière considérable, et en quelque sorte individuelle et intrinsèque, selon les groupes d'In- sectes. Il en est qui naturellement, et non dans des expériences où on les irrite et les gène, enlèvent au vol des poids considérables, bien supé- rieurs à celui de leur corps. Les Pélopées emportent de fortes Épéires ou Araignées de jardin ; le Pompile des chemins enlève de grosses Ly- coses (autres Araignées), et vient jusque dans nos maisons ravir à sa toile l'Araignée domestique. Enfin, toujours parmi les Hyménoptères, rien de plus curieux que de suivre le vol, très-ralenti il est vrai, du Philanthe apivore, qui tient, collé au-dessous de lui, ventre à ventre, une Abeille de dimensions presque doubles des siennes en largeur et épaisseur et de même longueur. M. Plateau s'est préoccupé de cette objection, et il assure que l'Ammophile des sables, hyménoptère qui, dans la nature, emporte dans son nid des chenilles destinées à nourrir ses larves, ne peut même soulever au vol un poids égal au sien. Dans les expériences de ce genre de M. Plateau, les Insectes enlèvent au vol de petites boules de cire attachées par un fil à la jonction de l'abdomen au thorax. D'après les tableaux de ses expériences, les Agrions (Névro- ptères), les Coléoptères et les Lépidoptères (du moins le petit nombre des espèces essayées, ce qu'il ne faut pas perdre de vue) ne peuAcnt enlever en volant qu'un poids additionnel égal à une fraction du leur. Chez les Libellules, ce poids peut atteindre celui de l'Insecte. Enfin des Diptères (Syrphes, Mouche domestique. Mouche bleue de la viande) peuvent enlever en volant des poids approchant du double du leur, et par suite la force des ailes peut soutenir en totalité près de trois fois leur poids. On ne peut s'empêcher de penser, à ce propos, aux Mouches à longue queue de papier qui servent à nos écoliers à adoucir l'ennui des mor- telles classes de deux heures que leur impose encore la routine univer- sitaire. En résumé, rien de général, ce nous semble, à conclure à ce sujet. Les expériences sur le vol de M. F. Plateau (1) font partie d'une série d'expériences sur les forces musculaires de traction et de pres- sion des Insectes, dans lesquelles l'auteur établit que ces forces sont proportionnellement d'autant plus grandes, que les Insectes sont plus petits et l'emportent beaucoup sur les forces des Vertébrés. Déjà Lin- n;cus avait signalé la force énorme que possède le Lucanus cervus (Luca^ niens, Coléoptères), et M. de Lucy avait vu cet insecte pesant 2 grammes soulever entre ses grandes mandibules une règle d'acier pesant (1) Plateau, Bulletin de /'Académie royale de Belgique, Bruxelles, 1865, t. XX, p. 7àb, et 1866, t. XXII, p. 294. 80 INTRODUCTION. ZiOO grammes. On a objecté aux cvpériences de M. Plateau sur la force de traction des Insectes, comparée à celle des chevaux, qu'ils peuvent s'accrocher aux aspérités de la surface d'appui d'une manière bien plus puissante, grâce à leurs six membres munis de fortes griffes. Nous ne pouvons nous étendre davantage sur ce sujet. Abdomen. La dernière partie du corps des Insectes, l'abdomen^ ne doit pas nous arrêter aussi longtemps dans son étude que les deux autres régions. Ses anneaux ne portent presque jamais d'appendices locomoteurs chez les adultes, et sont formés d'un tergum et d'un sternum oflrant entre eux une membrane portant la paire de stigmates qui existe dans la majeure portion de ces anneaux, à partir du thorax, sauf exceptions spé- ciales. Parfois on peut observer des épimères et épisternnms réduits. L'articulation de l'abdomen avec le thorax se fait toujours largement par une surface aussi étendue que celle du métathorax, y compris le cas où l'abdomen est pédicule par le rétrécissement du second segment (Ves- pides, Sphégiens, Fourmis). Les anneaux de l'abdomen, même quand ils sont le plus fortement unis, permettent toujours, au moins sur les côtés, les dilatations et compressions nécessitées par le mécanisme de la respiration. Parfois les arceaux inférieurs sont soudés et les arceaux dorsaux ou contigus ou chevauchant légèrement d'avant en arrière, et alors, comme cela a lieu dans la majeure partie des Coléoptères, des Orthoptères et des Hémiptères, les mouvements ne consistent qu'en une flexion peu étendue. IJans les autres ordres en général, à des degrés dilfércnts, les anneaux s'emboîtent sans soudure partielle dans tout leur pourtour, comme les tuyaux d'une lunette, et des mouvements de tor- sion plus ou moins complets, surtout pour les anneaux de l'extrémité, se joignent aux mouvements de flexion. Le nombre total des anneaux est variable et même incertain, car les deux derniers sont le plus sou- vent rudimenfaires, parfois nuls, ou invaginés par retrait dans les pré- cédents. On voit nettement onze anneaux à l'abdomen des Libellulides. Les derniers anneaux, neuvième et dixième, en admettant onze seg- ments normaux, se modilient profondément chez les adultes pour con- stituer les armures génitales servant à l'accouplement. Chez les chenilles des Lépidoptères, on compte au moins neuf segments abdomitiaux, les huit premiers stigmatifères, mais le dernier provient probablement de deux anneaux réduits, sinon davantage. C'est du troisième au huitième anneau abdominal qu'on observe le plus de similitude. En outre, parfois les arceaux supérieurs sont prédominants, parfois au contraire les arceaux ventraux. Ilpeutarriver encore qu'il y ait un plus grand nombre d'arceaux dorsaux que de ventraux, dont certains disparaisseni par atro- phie, et, plus rarement, l'inverse peut avoir lieu. Les appendices locomoteurs de l'abdomen manquent chez les Insectes adultes, sauf chez quelques types dégradés, toujours aptères, lesMachilcs, ANATOMIE ET PHYSIOL0O[E. — A^DOME^. 81 lesLépismes, où l'arceau ventral présente comme dépendance des pattes vestigiaires.On voit quelquefois les derniers anneaux rudimentaires qui suivent l'armure génitale porter des filets sétacés (Blattes, Grillons, Éphémères, etc.), ou des pinces (Forficules). Chez les Podures, 1 avant- dernier anneau abdominal se replie sous le corps en forme de fourche, retenue par un crochet, et peut, en se débandant, lancer l'animal sau- teur, par un mécanisme analogue à celui de ces grenouilles de bois qui servent de jouet aux enfants. De véritables pattes locomotrices abdomi- nales apparaissent au contraire chez beaucoup de larves, ne se repro- duisant plus aux dernières mues. On les nomme pour cette raison fausses pattes. La paire dont l'existence est la plus constante est la der- nière, celle du segment anal ; elle forme une espèce de fourche charnue servant d'appui. Les fausses pattes intermédiaires sont toujours sépa- rées, au moins par un segment apode, et des pattes écailleuses ou tlio- raciques en avant, et des fausses pattes anales en arrière. Les fausses pattes existent en nombre variable chez certaines larves de Coléoptères et de Diptères. On les trouve à leur maximum de développement dans les larves de Tenthrédides (Hyménoptères), dites fausses-chenilles, et dans les chenilles des Papillons. Dans les premières, les paires de fausses pattes sont au nombre de huit, sept, six, ou point. Dans les secondes, au contraire, il y a cinq, quatre, trois, deux ou une paire de fausses pattes. On leur donne souvent le nom de pattes man^elonnées, pattes en couronne, car la fausse patte offre en dessous un disque muni de crochets à son pourtour. Des fibres musculaires radiées s'insèrent selon un diamètre, de manière que, par leur contraction, le disque forme une sorte de pince saisissant les petites branches, les pétioles des feuilles, comme on le voit si bien en examinant un Ver à soie. Quand les fausses pattes, peu nombreuses et très-éloignéesdes pattes thoraciques, laissent apodes un grand nombre de segments, le corps tout entier devient un le\ier articulé, se repliant plus ou moins dans la locomotion, comme un compas qui se ferme, et les chenilles, en raison de cette marche sin- gulière, s'appellent Demi-arpenteuses, Arpenteuses, Géomètres. En outre, chez certaines larves existent des tubercules dorsaux, des épines, des appendices souvent bizarres, servant à des locomotions particulières, à la protection de l'animal, à des usages inconnus. Les larves aquatiques portent fréquemment à divers segments abdominaux des appendices foliacés ou rameux ou filamenteux, sortes de trachées devenues exté- rieures et fermées en cul-de-sac. Ce sont des branchies absorbant l'air dissous dans l'eau, exhalant l'acide carbonique. Les anneaux du corps de certaines larves de Diptères sont munis de couronnes de crochets, plus utiles encore pour maintenir ces larves en place que pour leur locomo- tion très-restreinte. Enfin la plupart des larves des Hyménoptères, celles de beaucoup de Diptères, ainsi les Asticots, celles des (Miarançons, des Scolytes, de beaucoup de Cérambycicns (Coléoptères), ont les téguments derabd(jmen apodes comme ceux du tliorax. Les larves des Orthoptères GIRARD. 6 82 iNTiiOiJur/noN. et des Hémiptères, à métamorphoses imparfaites, sont dépourvues d'ap- pendices locomoteurs à l'abdomen, comme les nymphes et les adultes. Les nymphes, chrysalides, pupes des Insectes à métamorphoses com- plètes manquent d'appendices abdominaux. Les deux premières sortes sont capables d'exécuter quelques mouvements restreints, surtout par le jeu de leurs segments abdominaux. Elles peuvent tourner soit à droite, soit à gauche, se déplacer dans leurs cocons d'un bout à l'autre, ramper dans leurs galeries de manière à s'approcher de l'orifice par où doit sortir l'Insecte adulte, délivré de la dernière enveloppe qui l'empri- sonnait. Organes des sens. Les animaux sont mis en relation avec le monde extérieur par les organes des sens, et ils tiennent un rang d'autant plus élevé, que ces sens sont plus parfaits et leurs appareils plus complexes. Sous ce rap- port, les Insectes, moins bien doués peut-être qu'au point de vue de la locomotion, sont cependant les rivaux des Mammifères et des Oiseaux. Ils possèdent incontestablement les cinq sens. On sait que trois d'entre eux, le toucher, le goût et l'odorat, s'exercent au contact, les deux der- niers spécialement impressionnés par les matières liquides ou gazeuses, ou tenues en suspension dans les liquides ou les gaz. Les deux autres, au contraire, sont influencés à distance et par des vibrations élastiques ou lumineuses. Certains auteurs font des hypothèses sur des sens nou- veaux et inconnus que posséderaient les Insectes, et qui rendraient compte de certains de leurs actes instinctifs. Aous croyons ce genre de discussion inutile et oiseux. On recule ainsi une explication difficile, mais on ne résout rien. Nous ne pouvons avoir aucune espèce d'idée de sens que nous ne possédons pas, et, dans toute étude des animaux, nous n'avons qu'à rechercher s'ils offrent ou non nos sens, et quels peuvent être leurs organes. Le sens de la vue est certain chez les Insectes, etnous avons déjà décrit la forme et la disposition extérieure des appareils au moyen desquels elle s'exerce, et qui sont des dépendances de la tête. Les stemmates ou yeux simples du vertex sont chez les Insectes adultes au nombre de trois, deux ou même un, quand ils existent. Leur structure anatomique s'étudie plus commodément chez les Arachnides que chez les Insectes. On y trouve une cornée transparente sphérique, qui n'est que la chitine du tégument prolongée et incolore; au-dessous un cristallin sphéroïde, souvent adhérent à la cornée et entraîné avec elle. Cette lentille est complètement emboîtée par-dessous dans un corps vitré gélatineux, reposant sur une rétine où s'épanouissent les filets du nerf optique. Une choroïde à pigmentum presque toujours foncé entoure, sous la cornée, toute la partie réfringente de cet œil. On le voit comme un anneau autour de la partie centrale de la cornée, à laquelle il forme une sorte d'iris. Nous avons donc ici un œil très-complet , oifrant des analogies avec l'œil à cristallin sphérique des Poissons. Le slemmate doit ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — SE.NS. 80 prf'scnter comme cel œil de fortes réfractions et au nombre de quatre, d'après la structure reconnue par J. Mûller. Cel œil à cornée très-con- vexe est donc, selon lui, un œil myope, donnant une vision très-nette, mais à courte distance. Les Insectes, en effet, semblent ne très-bien dis- cerner les objets que de très-près. Ainsi les mâles des Bombycides (Lépi- doptères), à la recherche de femelles, voltigent longtemps sans les voir, attirés, soit par l'odeur, soit par quelque son insensible pour notre oreille, et ce n'est que lorsqu'ils sont contre elle qu'ils l'aperçoivent e se précipitent sur elle en ligne droite comme une flèche. Les Ara- chnides, qui n'ont que des yeux simples, paraissent impressionnés seulement par la vision des objets très-voisins. Les larves peu actives n'ont besoin aussi que de stemmates. Les stemmates très-convexes des Abeilles, des Bourdons et d'autres Hyménoptères nidifiants seraient des sortes de microscopes servant à ces Insectes à apercevoir le pollen et les nectaires des fleurs, et à exécuter les minutieux détails de l'architecture de leur nid. Telle est l'opinion la plus généralement admise. Cependant on peut remarquer que ces Insectes nidifient souvent dans une obscu- rité complète, du moins pour nous. Une foule d'espèces d'Insectes vivant dans des galeries étroites, des fentes des écorces, manquent de ces stemmates dont le grossissement semblerait devoir leur être fort utile. Les stemmates servent-ils seulement à recevoir la lumière qui tombe verticalement sur la tète de l'Insecte, et à montrer ainsi des objets que la position des yeux composés ne lui permettrait pas d'aper- cevoir? ne sont-ils utiles, comme le pensait Dugès, qu'à indiquer à l'animal la lumière et robscurité, sans notion exacte de la forme des corps? Ces questions n'ont pas encore reçu de solution complète. La difficulté d'expliquer la vision des Insectes est encore plus grande si l'on considère les yeux composés. Ce sont très-probablement des yeux presbytes, donnant une image im peu confuse des objets éloignés, un avertissement de leur présence. On ne les rencontre que chez les Insectes adultes et les larves agiles des Insectes à métamorphoses incomplètes, alors qu'une locomotion plus puissante exige la réception visuelle des rayons lumineux d'un champ plus étendu. Les yeux composés sont constitués par la réunion d'un grand nombre d'yeux simples, isolément très-imparfaits, comme l'indique leur répétition même. Les fticettes ou cornéules sont hexagonales chez les Insectes; elles sont carrées chez les Crustacés supérieurs, qui ont aussi ces yeux composés. Ce sont autant (le petits télescopes braqués sur les divers points de l'espace et ne fonc- tionnant probablement pas tous à la fois. 11 y a sans doute des adap- tations à diverses distances selon les espèces, car on remarque que les yeux composés sont plus ou moins renflés, sphéroïdaux, ellipsoï- daux, etc.; en outre, la convexité des cornéules varie aux divers points. Le nombre des cornéules peut dilVéï'cr beaucoup. Ainsi on en compic 50 chez la Fourmi, plus de 6000 chez le papillon du Ver à soic,ûOOO fln-z la Mouche domestique, 1300 chez le Sphinx Convolvuii, plus ilc 1 1 000 chez 8^1 INTRODUCTION. le Cossiis ligniperda, plus de 12 000 chez les Libellules, plus de 25 000 chez les Mordelles (Coléoptères), près de 9000 chez les Hannetons, etc. Si l'on examine les yeux élémentaires, on trouve dans chacun une cornéule; au-dessous est un cristallin tubuleux, cylindroïde, suivi d'un long corps vitré conique, où se distribuent de nombreux filets du nerf optique. Parfois au fond du tube qui suit la cornéule se trouve un cris- tallin lenticulaire: ainsi chez les Libellules, chez certains Diptères. Les divers yeux élémentaires des yeux composés sont entourés d'un pig- nientum choroïdien, soit noir, soit brun, soit verdàtre (Libellules), soit rouge (beaucoup de Mouches; ce qui donne une apparence sanguine à la trace de leurs yeux composés écrasés sur le papier). On voit que la composition optique des yeux élémentaires, des yeux composés, dif- fère beaucoup de celle desslemmates, dont le cristallin sphérique dénote un très-court foyer. Au contraire, chaque facette très-plate des yeux composés doit donner Irès-peu de convergence aux rayons réfractés. Certains observateurs avaient avancé autrefois qu'il y avait, dans les yeux élémentaires des yeux composés, une couche opaque de pigmen- lum s'interposant entre l'appareil réfringent concentrant les rayons de lumière et l'appareil de sensation constitué par le long corps vitré rece- vant le filet nerveux optique. Les partisans de la toufe-piiissance du principe vital trouvaient une confirmation de leur système dans un (cil voyant sans l'appareil dioptrique; donc l'organisation n'expliquait plus tout, etc. Dugès examina avec plus de soin les yeux composés des Libel- lules et reconnut d'abord des inégalités de grandeur des facettes de diverses régions, en rapport sans doute avec des champs et des dis- tances diverses de vision. Il s'assura chez des Libellules (Névroptères), des Syrphes (Diptères) et des Abeilles (Hyménoptères) que le pigmeni, très-épais aux sutures des cornéule's, va en s'amincissant vers le centre, où il devient nul. En examinant sous l'eau les cornéules avec une forte lentille, on trouve une direction sous laquelle la lumière traverse sans obstacle le centre. La couche choroïdienne sert, selon Dugès, à affaiblir la vivacité de la lumière pour les Insectes diurnes, et manque chez les Insectes lucifuges. L'explication de la vision avec de pareils organes laisse beaucoup à désirer. Selon Millier, chaque petit œil isole quelques rayons lumineux suivant son axe, tous les rayons obliques étant absorbés par les parois du long tube; de sorte que l'œil n'est frappé que par une petite portion de l'objet, comme du fond d'un puits on n'aperçoit qu'une petite por- tion du ciel, mais très-nettement. L'Insecte verrait alors l'objet comme à travers un treillis, à cause des espaces opaques qui séparent les cor- néules. Toutes ces impressions isolées concordent-elles à lui donner une image unique et h'ww distincte, ou une scMisatidii lumineuse confuse, c'est ce qu'on ne saurait décider. L'ouie existe chez les Insectes d'une manière très-développée. Beau- coup s'effarouchent et s'envolent au moindre bruit. Chez certains s'of- ANATOMIE ET PHYSIOLOfill':. — SENS. 85 frent des appareils sonores très-variables, soit dans les deux sexes, soit seulement et surtout chez les mâles. Enfin il est très-probable qu'ils entendent une foule de sons qui échappent à l'oreille humaine. Nous voyons des Orthoptères faire les mouvements [iroducloius du son, et nous n'entendons rien. Les Abeilles ont l'ouïe très-tine. Le roulement du tonnerre les ramène promptement au gîte. Les bruits des chaudrons avec lesquels, dans cer- tains pays, on cherche à attirer les essaims, ne produisent que peu d'effet. Elles entendent les chocs sur les parois de la ruclie et s'en irri- tent. Les sons élevés sont ceux qu'elles perçoivent le mieux: ainsi le chant aigu de la reine qui vient d'éclore et commence à bourdonner. La position du siège de l'ouïe est moins évidente chez les insectes que celle du sens de la vue. 11 nous paraît impossible de contester que les antennes ne servent à cet usage, depuis la découverte d'un organe auditif à la base des antennes externes ou grandes antennes des Crus- tacés Décapodes. Une cavité contient une vésicule pleine de liquide, découverle par Scarpa, sorte de vestibule où plonge un filet du nerf antennaire. Contre elle est un tympan membraneux, dont la tension varie par l'etfet de muscles, ainsi que l'a très-bien étudié M. Milne Edwards sur les Homards et sur les Crabes. Ce n'est en effet qu'avec une tension variable et spéciale qu'une membrane peut vibrer à l'unis- son de tous les sons. La raison analogique la plus puissante nous amène donc à reconnaître dans les antennes les oreilles des Insectes. L'exis- tence d'un tympan membraneux à leur base est douteuse; elle est signalée cependant chez les Blattes (Orthoptères). Au reste, cela n'est nullement nécessaire pour comprendre la fonction des antennes. On sait qu'une tige élastique fixée par une seule extrémité, et c'est le cas des antennes, vibre plus facilement que si elle est attachée par les deux bouts. Savart a depuis longtemps démontré la communication des mou- vements sonores à une tige flexible implantée dans une lame élastique. Les diflerences si nombreuses de longueur et de configuration des antennes se lient à une foule d'impressions sonores spéciales. En général, les anteinies sont très-développées chez les insectes qui font entendre des bruits, comme les Longicornes (Coléoptères), les Grillons, les Sau- terelles, les Criquets (Orthoptères). Cependant les Cigales assourdis- santes semblent faire exception par la brièveté de leurs antennes; mais chez elles, comme chez les Libellules, chez beaucoup de Diptères, les antennes, réduites à une soie grêle, doivent être facilement ébranlées par les vibrations ; c'est l'extrême ténuité de la tige qui constitue la sen- sibilité de l'organe sonore, due au contraire chez les autres Insectes à sa longueur, à l'étendue de la surface, à ses nombreuses ramifications, etc. Les trois autres sens, l'odoral, le goût, le toucher, ont ce caractère commun qu'ils s'exercent par le tégument diversement modifié, an contact des gaz, des liquides, des solides. Si leur existence est certaine chez le» Insectes, ou éprouve encore de très-grandes difficultés à indi- 86 INTRODUCTION. quer chez eux leur siège véritable ; nous ne pourrons présenter que des conjectures plus ou moins plausibles. Les Insectes ne paraissent pas voir à de trôs-grandcs distances. La vue est le sens éminemment supérieur, celui auquel se rattachent le plus grand nombre des idées chez l'homme; elle est au contraire chez les Insectes dans un état d'infériorité qui indique un autre mode intellec- tuel : les animaux, à peu d'exceptions près, sont dominés par les sens inférieurs, le goût et l'odorat, d'où dépend probablement la majeure partie de leurs idées. C'est le sens animal par excellence, l'odorat, qui, d'après tous les faits connus, paraît le plus subtil chez les Insectes. On sait avec quelle rapidité les Insectes nécrophages et coprophages sont attirés par les matières corrompues. La vue n'est pas leur guide, car on peut soustraire les substances à leurs yeux en les recouvrant de voiles, comme dans les anciennes expériences de Redi, et les Mouches ne sont pas moins impressionnées. Les mélasses, les sirops et fruits fermentes occasionnent pour beaucoup d'espèces une sorte d'attraction vertigineuse qui leur fait braver le danger de l'approche de l'homme. L'instinct peut même être trompé au détriment de la conservation de l'espèce. Des Mouches habituées à. déposer leurs œufs dans des chairs corrompues viennent les pondre dans certaines fleurs fétides d'Orchidées, d'Aroïdées, de Stapélies, etc., où les jeunes larves doivent périr faute d'aliments. C'est surtout la recherche des femelles qui témoigne de la puissance de l'olfaction. Des Bombycides femelles (Lépidoptères) renfermés dans des boîtes, dans des chambres closes, attirent les maies du dehors. Nous avons vu les mâles du Liparis c/îspar voltiger contre les fenêtres fermées d'une chambre où se trouvaient des femelles complètement cachées à leur vue. On voit entrer au milieu de Paris, dans les appartements où l'on tient des femelles vivantes, les mâles des Bombyx Quercûs, Neustria, plus rare- ment du Bombyx Rubi, de VAttacus Piri et parfois de VAttacus Carpini, de divers Liparis, etc. On prétend que le mâle de VAglia tau, papillon qu'on ne rencontre qu'à Saint-Germain ou au plus près à Bondy, a été attiré ainsi jusqu'au centre de Paris, à plusieurs lieues de distance. Peut-être a-t-on eu affaire à des sujets éclos chez des amateurs, et échappés. Il ne faut pas apporter de l'exagération dans l'exposé de ces faits si curieux; les espèces ne viennent pas, du moins ordinairement, de très-grandes distances hors de la ville, mais des arbres des boule- vards et promenades, des jardins publics et privés. On peut certifier pour le moins une olfaction à plusieurs centaines de mètres de dis- tance. Les mâles de ces Lépidoptères sentent leurs femelles de très-loin et restent souvent très-longtemps avant de les apercevoir, ramenés sans cesse auprès d'elles par l'odeur et exécutant de multiples circonvolu- tions dans leur vol. C'est même ce fait qui semble si bien en rapport avec le dévelop- pement des antennes fort prononcé chez les mâles des Longicornes ANATOMIli ET PHYSIOLOGIE. — SENS. 87 (Coléoptères), des Rorabycides (l.épidoph'Tes), comparativomenl aux femelles, qui a porté certains auteurs à voir dans les antennes les organes de l'olfaction. C'est l'opinion soutenue par Réaumur, Hœsel, Jurine, Latreille, Blainville, Dugès, Robineau-Desvoidy, et récemment par Erichson et Jacquelin du Val. Ces derniers auteurs, en effet, ont cherché à détruire cette objection de MM. Burmeister et Lacordaire, que des organes à surface cornée et poilue, comme les antennes, sont peu propres à l'exercice de l'olfaction, sens qui exige, comme le goût, une surface humide et spongieuse. Les nombreux pores, dont le fond est formé par une membrane délicate, signalés par Erichson, permet- traient l'exercice de l'olfaction, et constitueraient ainsi une sorte de membrane pituitaire indéfiniment disséminée. Une curieuse et remarquable expérience de M. Balbiani semble bien prouver que, chez les Vers à soie adultes, l'odorat réside dans les antennes. Des papillons mâles furent mis ensemble dans une boîte, les uns pourvus de leurs antennes pectinées, les autres présentant ces organes coupés. Un couvercle fut posé sur cette boîte, lequel avait pré- cédemment longtemps recouvert une boîte renfermant des femelles et s'était imprégné de leur odeur. Aussitôt les mâles antennes s'agitèrent en battant des ailes, tandis que les mutilés demeurèrent immobiles. 11 fallait s'assurer par une contre- épreuve, que l'ablation des antennes n'avait pas éteint chez eux l'appétit sexuel. Ils furent mis contre des femelles, et, avertis par la vue ou par le toucher, entrèrent en excita- tion génésique, et s'accouplèrent. Certains mâles sans antennes entraient en mouvement à la vue et an contact des autres, comme si l'idée des femelles arrivait dans leur esprit autrement que par l'odorat. Seuls, ils restaient toujours entièrement calmes. Il ne faudrait pas croire cependant qu'on ait complètement le droit de généraliser de pareilles preuves, il est encore de nombreuses diffi- cultés à objecter contre l'opinion que les antennes soient le seul siège de l'olfaction, ou qu'elles constituent Forgane de ce sens chez tous les Insectes sans exception. A côté d'Insectes à odorat subtil et à antennes très-développées, on en trouve d'autres, non moins bien doués sous le rapport du sens, mais dont les antennes sont très-réduites : ainsi les Anthrônes (Coléoptères), qui pénètrent par les plus petites fentes dans les armoires et les boites où sont conservées les collections d'histoire naturelle, ainsi l'immense légion des Muscides (Diptères). En outre, en enlevant tout ou partie des antennes à des Insectes, on assure qu'on n'a pas détruit dans tous les types la faculté olfactive; cela se constate, dit-on, sur les Nécrophores (Coléoptères), qui n'en sont pas moins attirés par les cadavres. Quelques auteurs, Lyonnet, Bonnsdorf, Marcel de Serres, attribuaient l'olfaction aux palpes, appendices qui dépendent des pièces buccales, mais que leur tégument sec rend plus propres à cet usage. Huber, l'in- génieux expérimentateur des Abeilles, croyait que la ca\ité buccale 88 INTRODUCTION. était le siège de l'olfaction, et Treviranus, acceptant en partie cette opinion, a étendu cette faculté à des portions variables du tube digestif. La diffusibilité des odeurs rend des plus incertaines toutes les expé- riences qu'on peut tenter sur des animaux aussi petits que les Insectes, dans le but de chercher à localiser la sensation. Si l'on peut hasarder une conjecture, on est amené avec une certaine probabilité à placer le sens de l'odorat, au moins en partie, sinon exclusivement, aux orifices stigmatiques et dans les premières portions de la muqueuse interne des trachées. Il est naturel, en eilet, de supposer, comme chez les Ver- tébrés, le sens de l'odorat disposé en sentinelle avancée à l'entrée des organes où doit pénétrer le fluide qui amène les molécules odorantes. Cette opinion de Baster a été soutenue par Lehmann, Cuvier, C. Dumé- ril, regardée comme la plus probable par MM. Hurmeistor et Lacor- daire et par Straus-Durckheim. Ce savant analomiste avoue cependant qu'il n'a pu découvrir près des orifices stigmatiques, ni organules, ni nerfs spéciaux en rapport avec un sens localisé. Rien ne prouve, en raison même de son énergie, que le sens de l'odorat ne soit disséminé dans divers organes. Le sens du goût doit exister chez les Insectes à l'entrée de l'orifice du tube digestif, aidé par la salive dont les canaux déverseurs sont voisins. (Juant aux pièces buccales , elles ne peuvent y concourir que lorsque leur surface est molle et spongieuse. Comme cela manque dans beau- coup de cas, ce sens est sans doute souvent obtus, comme chez un très- grand nombre d'Oiseaux, où les aliments ne rencontrent qu'un bec corné et une langue dure, styliforme, parfois môme plumeuse. Cepen- dant il serait difficile de refuser le sens du goût à ces Muscides dont on voit la trompe charnue et humide se promener de place en place sur les substances à surface liquide, et choisir de préférence les portions les plus savoureuses. Il est souvent bien malaisé de discerner ce qui guide certains Insectes, de l'odorat ou du goût, pour le choix de leurs aliments. C'est très-probablement l'odorat qui indique aux Papillons le nectaire des fleurs où ils plongent leur spiritrompe avide de miel. On voit les chenilles goûter ou flairer les feuilles , les rejeter quand elles doivent se nourrir d'une seule plante, et mourir sans toucher aux autres. Elles reconnaissent très-bien et très-vite, dans un amas de feuilles diverses, celles qui leur conviennent, soit exclusivement, soit de préfé- rence à d'autres. Le toucher, qui sert à rectifier les indications des autres sens, ne peut faire défaut aux Insectes. Le tact proprement dit doit être peu sen- sible dans la plupart des régions du corps revêtues d'une enveloppe chilineusedure,maisrélasticitédecelle-ci peut d'autre part transmettre aisément une sorte de vibration par choc. La peau mince de beaucoup do larves est au contraire fortement impressionnée par les plus légers attouchements. Les tubercules, les poils, viennent souvent la protéger comme des sensations de ce genre trop fréquentes et trop vives. Le tact ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — REPUODUCT[ON. 89 ' se localise dans certains organes, ainsi dans les extrémités des pattes locomotrices, dans les palpes ou appendices latéraux des piî-ces buc- cales, surtout lorsqu'on y trouve un grand nombre de poils courls, vraies brosses tactiles à la façon des raouslaclies des lèvres des Mammi- fères carnassiers. Les antennes, et ceci n'empêche aucunement d'autres usages pour l'audition et l'odorat, servent aussi, chez beaucoup d'In- sectes, à un toucher délicat qui leur permet de se reconnaître. Les Fourmis tâtent constamment le terrain avec leurs antennes, et discer- nent leurs compagnes des Insectes étrangers qu'elles doivent fuir ou qui deviendront leurs victimes. Les Ichneumons femelles (Hyméno- ptères) introduisent les extrémités de leurs longues antennes, sans cesse agitées d'un tremblement rapide, dans les fentes des écorces au fond desquelles se trouvent les larves que leur tarière doit percer pour rece- voir les œufs. Les Abeilles touchent de leurs antennes celles qui ren- trent à la ruche et leur demandent du miel. Elles se dirigent par le tact exquis de ces antennes dans toutes les parties de la ruche obscure, et cessent de pouvoir se guider sans se heurter, si on leur coupe ces organes. De même, comme l'a reconnu Spallanzani, les bords amincis des fines membranes alaires des Chauves-Souris servent à ces Mammi- fères à parcourir d'un vol rapide les cavernes ténébreuses. Elles recon- naissent, par la différence de résistance de l'air, l'approche des parois et les évitent. 11 y a peut-être dans les antennes des Insectes une exagé- ration plus grande encore d'un tact si parfait. Cuvier indique avec doute que les antennes, parmi leurs usages, pourraient bien servira une sorte de toucher atmosphérique, être des sondes aériennes. La conservation d'animaux aussi frêles que les Insectes exige qu'ils puissent pressentir l'état et les variations del'air ambiant, afin de se retirer au plus vite à la menace des intempéries. Qui n'est frappé dans nos bois, assez Ion temps avant la chute de ces pluies torrentielles si funestes aux Insectes, de leur disparition subite, comme si un mot d'ordre général était transmis à ces délicates créatures. Ils étendent leurs antennes en avant, les agi- tent, en épanouissant les lamelles ou les rameaux, avant de s'élancer dans les airs. Les mâles, plus voyageurs, sans cesse à la recherche de femelles, ont les antennes plus développées, en communication plus complète avec l'état de l'atmosphère. Si les femelles sont lourdes, pa- resseuses, sédentaires, les antennes diminuent beaucoup. Elles devien- nent vestigiaires, comme inutiles, si les femelles aptères sont à peu près inditlerentes aux variations du fluide ambiant. III. — RePROUI CTION. DkVELOPPEMKNT EMRHYONNAnu:. — Ml'ES l.ï MÉTAMORPHOSES. Nous avons exposé précédemment l'ensemble des fonctions végétatives et animales qui se rapportent à l'individu, isolé en quelque sorte dans l'espace. Une dernière fonction, propre à la fois aux animaux et aux 90 INTRODUCTION. végétaux, assure la perpétuité de l'espèce et concerne la succession des individus dans le temps. Reproduction. Les Insectes ont toujours les sexes distincts, sur deux individus diffé- rents, dont l'accouplement est nécessaire pour donner des œufs fécondés, aptes à reproduire l'espèce pareille aux parents, après une série d'évo- lutions. De prime abord la perfection organique des appareils de nutrition et de ceux de la vie animale, révélant chez les Insectes des êtres élevés, pouvait nous faire prévoir la dualité sexuelle. L'agent essentiel, exclusif de la reproduction chez le mâle, est le spermatozoïde. C'est même chez les Insectes que ces produits détachés de l'organisme conservent le plus longtemps la vitalité, pendant des semaines, des mois entiers, des années même, alors que, mis en réserve dans une poche annexée à l'oviducte de la femelle, ils peuvent féconder les œufs longtemps après l'accouplement, et même des œufs qui ne sont sécrétés et formés que postérieurement. Les spermatozoïdes ont la figure habituelle à ces organites ou corpuscules animés, celle de fils flexibles dont l'extrémité antérieure est plus ou moins renflée, de façon à simuler une tête, et dont la portion suivante est graduellement amin- cie en manière de queue. Chez les Insectes, chacun d'eux s'organise dans une cellule élémentaire, résorbée avant la destruction des parois de la cellule mère, où les cellules secondaires se sont produites par un bourgeonnement intérieur. De là les spermatozoïdes restent quelque temps réunis en faisceau dans un réceptacle commun, et parfois même après leur sortie de celui-ci. On trouve aussi, mais rarement, chez quel- ques Insectes, tels les Grillons, ces organes fréquents chez les Arachnides et les Crustacés, les spermatophores, ampoules spéciales renfermant les spermatozoïdes, et destinées à les transporter à l'abri de l'humidilé dans le voisinage de l'orifice qui laisse passage aux œufs. Les ovaires des femelles sécrètent des œufs. Ils fournissent à l'œuf une substance plastique qui doit devenir l'embryon, et un dépôt de ma- tière nutritive première ou vilellus. La substance plastique présente une cicatricule et une tache germi- native, dont l'ensemble devient le blastoderme, qui, après la féconda- tion, donnera l'embryon. Sel'iii derécents travaux, publiés en Allemagne, la formation des œufs des Insectes serait fort complexe. L'embryon se dispose toujours à la surface de l'œuf, et le vitellus à rintérieur. Chez les Orthoptères et chez quelques Coléoptères, chaque œuf s'organise sur place dans la gaine ovigère, avec^ses éléments plastique et nutritif; mais, en général, il en serait autrement: la cellule ovulain; ne renfer- merait d'abord que l'élément plastique de l'embryon sans vilellus, dont les granulations ne pénétreraient qu'ensuite dans l'œuf. Chez les Hémiptères et chez la plupart des Coléoptères, la loge du fond de chaque gaîne ovigère contiendrait des cellules vilellogènes, où se forme le vi- ANATOMIB ET PHYSIOLOGIE. — REPRODUCTION. 91 tellus, qui descend ensuite par un conduit dans les loges suivantes de lagaîne, et s'adjoint aux éléments plastiques qui s'y trouvent, de ma- nière à constituer l'œuf. Chez les Diptères, les Lépidoptères et les Hymé- noptères;, chaque œuf aurait au-dessus de lui ses cellules vitellogùnes, fournissant le vitellus intérieur. Toutes ces observations délicates ont besoin d'être vérifiées sur de nombreux exemples avant de prendre rang définitif dans la science. I.'œuf, constitué par ses deux éléments plastique et nutritif, arrive des gaines dans l'oviducte, et s'enloure sur son trajet d'une coque cornée plus ou moins consistante ; puis celle-ci s'enduit d'un vernis destiné à le fixer aux places convenables, à l'empêcher d'être entraîné par le vent. La forme des œufs est très- variable, ainsi que leur couleur, l'état poli ou strié de leur surface. On peut dire que le plus souvent ils sont globuleux, ovoïdes ou ellipsoïdes, ce qui com- prend la forme sphéroïde. IJnc difficulté a longtemps rendu fort obscure la fécondation de l'œuf des Insectes. On sait que cet acte exige, ch(!z les animaux, l'arrivée du spermatozoïde sur le vitellus, par lequel il est comme résorbé, de manière à produire cette excitation vitale mysté- rieuse, d'où résulte l'organisation de ,1a matière plastique en embryon, ou au moins l'excitation à la mise en évolution de cet embryon pré- formé, comme certains faits permettent de le supposer. Or, comment le spermatozoïde peut-il pénétrer dans le vitellus de cet œuf des Insectes à coque dure, coriace? La question n'a été résolue que récemmenl. On avait observé, dans l'enduit gélatineux des œufs des Batraciens, des Poissons, des Mollusques, des orifices et des conduits prédisposés, par où se faisait cette introduction. La môme disposition de micropyles pré- existants a été constatée sur la coque de La^uf des Insectes, à l'un de ses pôles, d'abord par G. Meissner (185/i), préparé à cette délicate re- cherche microscopique par ses études sur les œufs des Helmintlies et des Lombrics; puis par M. le professeur Leuckart, de Giessen (1855), qui a expérimenté sur les œufs d'un nombre considérable d'espèces d'Insectes de tous les ordres. Ils ont en général un et parfois plusieur.s micropyles, dont les apparences sont des plus caractérisées selon les groupes naturels. Le micropyle est de forme arrondie, au centre d'un disque circulaire chez les Diptères. Chez les Hémiptères, il est par- fois entouré de filaments, de cornes, de caroncules digitées. Les œufs des Lépidoptères ont de très-élégants micropyles, ou étoiles, ou entou- rés de rosaces, de mosaïques d'écaillés sur plusieurs rangs. Les micro- pyles des œufs des Névroplères sont entourés d(! bourrelets, de coiffes membraneuses, d'expansions divisées. Chez les Coléoptères, les micro- pyles sont bordés de bourrelets polygonaux, ou d'irradiations en forme de gouttes étendues, de virgules, etc. Les Hyménoptères oflrent assez souvent, autour du micropyle de l'œuf, des gerbes de traits rayim- nants. Parfois, dans ces deux derniers ordres, les micropyles, placés au sommet d'une paroi épaissie, communiquent au vitellus par un long et étroit canal. 92 , INTRODUCTION. Il arrive chez certains Insocles que les œufs, au lieu d'être collés à plal, sont portés sur un pédicule plus ou moins long, formé par l'exten- sion de la matière gluante qui les entoure et qui se solidifie ; certains mouvements spéciaux de la femelle, lors de la ponte, sont alors néces- saires (Hémérobes, Névroptères ; certains Ophions, Hyménoptères). Les appareils mâle et femelle se composent d'organes internes, glandes et réservoirs, et de pièces externes, dépendant du système tégumon- taire, et formant les armures génitales ou copulatrices. Les orifices de la génération chez les Insectes sont toujours placés à la partie extrême de l'abdomen, mais ne se confondent pas avec l'anus. L'orifice mAle s'ouvre au milieu du neuvième anneau ; celui de la femelle paraît dé- boucher entre le huitième et le neuvième arceau. L'anus est toujours percé dans le dernier anneau de l'abdomen, le dixième habituellement ou le onzième. Ce qui fait croire souvent à une confusion des orifices de sortie de la génération et de la digestion, c'est que les derniers an- neaux de l'abdomen rentrent en général les uns dans les autres, invagi- nés en une sorte de cloaque, Au reste, la réduction extrême des der- niers segments abdominaux rend toutes ces déterminations difficiles. La liqueur séminale est produite chez le mâle par deux testicules, ordinairement séparés de chaque côté, parfois réunis par accotement sur la ligne médiane, sous une même membrane (Papillons). Rarement le testicule est formé par un tube simple, pelotonné (ainsi chez les Sco- lies, Hyménoptères). Le plus souvent il est composé d'ampoules fasci- culées, en forme de ca'cums tubuleux, un peu renflés à l'extrémité, en nombre variable, accolés sous une tunique fibreuse commune. On y trouve des cellules épithéliales, siège de la sécrétion du sperme et de la formation des spermatozoïdes. Quelquefois (certains Coléoptères) le tes- ticule est constitué par une masse arrondie, formée de granules en nombre considérable, chacun avec un petit canal excréteur. Enfin, le testicule peut affecter la forme d'une vaste chambre (Libellules, Névro- ptères) à parois excavées en cellules. Les canaux sécréteurs vont tou- jours aboutir à un canal déférent de longueur très-variable. Le plus sou- vent il se renfle en une ou plusieurs vésicules séminales, où le sperme s'accumule en réserve, afin d'être lancé eu abondance dans l'organe femelle lors de l'accouplement. Enfin, des glandes mal connues peu- vent venir verser dans le canal déférent des liquides destinés à dé- layer ou à modifier le sperme. C'est l'extrémité du canal déférent qui constitue la verge ou pénis, souvent contourné à sa partie terminale et se retroussant au dehors à la façon d'un doigt de gant. Le pénis est donc formé par une membrane assez mince, facile à rompre : ce qui arrive dans beaucoup de eus où le mâle ne survit pas à l'accouplement. Le rapprochement intime el durable des organes des deux sexes est le plus souvent obtenu au moyen de pièces dépendant d(!s armures extérieures dont nous parlerons bientôt. Parfois l'extrémité du pénis même remplit cet office. Chez les Phuléuides, les Pyralides, les 'rinéides(Lépidoplères), ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — REPRODLCTIOX. 93 la verge est entourée de soies dures, coucliées en tirriérc au repos, de sorte que l'orgaue a la l'orme d'un stylet conique, rendant l'intromission facile. Puis, une turgescence se manifeste, les soies su hérissent et for- ment autour du bout du pénis une couronne épineuse qui produit une adhésion forte et de longue durée. On rompt plutôt le pénis que de sé- parer les deux individus accouplés. C'est là quelque chose de fort ana- logue à ce qui a lieu dans l'accouplement des Chiens, par le gonflement considérable du corps caverneux du gland. L'organe intérieur de la femelle est constitué sur un plan analogue à celui du mâle, mais avec moins de variations. Les deux ovaires sont cavitaires et communiquent directement avec l'oviducte. Chaque ovaire est formé par une série de tubes ovigères, en nombre très-variable, lié avec la fécondité de l'espèce. Les tubes sont terminés au sommet fermé par un filet suspenseur convergent, se réunissant à ses congénères pour former un ligament suspenseur commun, attaché à la région dorsale de l'Insecte. Les capsules ovigères vont en s'amincissant vers leur ex- trémité supérieure, qui seule sécrète les œufs qu'on voit se dessiner en chapelets, avec divers degrés de développement, les plus gros et les plus avancés du côté libre. Le reste des tubes ovigères joue le rôle de réservoir. Les tubes d'un même côté débouchent dans un réservoir commun au calice, et les deux calices accolés se continuent en un ovi- ducfe qui se rend au dehors. Dans l'oviducte se déversent des glandes accessoires, dont l'étude approfondie est encore à faire. (Certaines doi- vent concourir à durcir et à épaissir la coque de l'œuf; d'autres l'entou- rent d'un vernis qui l'agglutine sur les corps où la femelle fait sa ponte, ou produisent des substances qui, solidifiées à l'air, constituent des capsules, des enveloppes communes aux œufs (Blattes, Mantes dans les Orthoptères, Phryganes dans les Névroptères). Ces glandes annexes peuvent aussi verser au dehors des liquides irritants, qui détermineront sur les animaux ou sur les végétaux, par un afllux de sucs, des tumeurs (Hj'podermes, Cutérèbres, etc., Diptères déposant leurs œufs sur des animaux) ou des galles (Cynipsides, Hyménoptères pondant sur des vé- gétaux) servant de retraite et de nourriture aux jeunes hisectes. Enfin, cet o\iducte est en communication avec un organe fort curieux. C'est une poche latérale où le sperme du mâle vient se déposer en réserve. Le pénis du mâle y est reçu et y reste lors de la rupture. Quelquefois elle débouche immédiatement sur l'oviducte ; quelquefois, au contraire, elle oll're un assez long canal. C'est la ^/antZt'sé6acee des anciens auteurs, découverte par Hunier, étudiée longtemps après par Audouin, par Léon Dufour, qui la nomme vésicule copulutricc. On comprend immédiate- ment sa nécessité, si l'on réfléchit qu'habituellement les femelles ncsu- bissent qu'un seul accouplement, et qu'elles pondent ensuite des u'ufs pendant un temps parfois ti-ès-long, œufs produits successivement, et qui, sans la réserve de spermatozoïdes, ne pourraient èlre fécondés. L'examen de cette poche, et la présence ou l'absence des spermatozoïdes 9ti INIRODUCTION. qu'on y voit s'y mouvoir, donnent la solution positive de la question de savoir si une femelle est ou non vierge. Quand les œufs sont mûrs, prêts à ûtre pondus, ils passent contre l'oriflce de celte vésicule, excitent, par action réflexe, le sphincter musculeux qui la tient habituellement fermée, de sorte que le sperme arrose l'œuf en passant, et peut amener sur la coque les spermatozoïdes qui entreront par le micropyle. Il n'y a aucun doute sur le rôle de cette vésicule spermatique ou copulatrice, quand elle est simple ] mais il arrive, dans d'autres cas, qu'il s'y ajoute di- vers appendices qui sont probablement des glandes versant leur produit dans le sperme que contient la vésicule, le délayant, le modifiant. L'or- gane devient alors complexe, il est à la fois de réserve et de sécrétion. Une disposition intéressante nous est olferte par l'appareil reproduc- teur des femelles de Lépidoptères. La poche copulatrice communique directement au dehors par un canal indépendant de l'oviducfe et dans lequel s'introduit le pénis du mâle. Cette poche est dénuée de fibres musculaires. Les spermatozoïdes qui y sont déposés en sortent, par un mouvement de vitalité propre, et vont se rendre dans une seconde [toche ou réceptacle séminal, à parois pourvues de fibres musculaires. Il communique par un étroit conduit avec l'oviducte, de sorte que les spermatozoïdes expulsés du réceptacle par les contractions de celui-ci tombent sur les œufs à leur passage dans l'oviducte, et entrent dans leur micropyle. En même temps cet oviducte, ou second tube commu- niquant aux gaines ovigères et entièrement distinct du vagin de copu- lation, reçoit le produit de la glande sébifique, sécrétant l'enduit fixa- teur de la coque des œufs, et amène au dehors l'œuf vernissé et fécondé. M. Balbiani (1) regarde la poche copulatrice comme un organe d'épu- ration du sperme, retenant les particules étrangères, notamment les corpuscules de la pébrine des papillons mâles de Ver à soie ma- lades. Les mieux développés et les plus agiles des filaments fécondants parviennent seuls par leurs mouvements propres dans le réceptacle séminal pour s'unir ensuite à l'élément femelle. L'inertie des parois de la poche copulatrice explique comment les corpuscules morbides mêlés au sperme restent dans cette poche, tellement que pas un seul ne passe dans le réceptacle séminal ; ce qui permet de comprendre pourquoi le papillon mille corpusculeux n'infecte pas les œufs d'une femelle saine à laquelle il s'accouple. Après l'étude des produits et des organes intérieurs de l'appareil gé- nital, doit venir, pour terminer, celle de ses armures externes, nom qui convient surtout au cas des mâles^ obhgés de forcer les femelles à l'accouplemeut et de les maintenir eu position. Ces pièces sont dues à des modilicalions de certains anneaux de l'abdomen. C'est générale- ment, car il y a des exceptions, le neuvième qui constitue l'armure (1) Balbiani, Sur le mécanisme de la fécondaHon chez ks Lépidoptères {Compt. rend. Jcad. des sciences, 180D, 1"^' sem., t. LXVlil, p. 781). ANATOMIE ET PHYSIOL(JGIE. REPRODUCTION. 95 génitale femelle, et le neuvième, et surtout le dixième, l'armure du mâle; le huitième présente quelquefois un commencement de modification. Par une anomalie unique, encore incomplètement expliquée dans son usage, l'appareil génital mâle des Libellulides se partage entre le neu- vième anneau, où débouche la verge, et les deuxième et troisième, offrant une armure copulatrice très-complexe. Aux pièces axiles des anneaux transformés s'ajoutent des appendices peu développés, et, par suite, très-difficiles à assimiler aux arceaux normaux et complets dans leurs appendices. Les plus grandes certitudes se présentent pour rame- ner H un plan commun les diverses armures, ainsi que le montrent les travaux de M. Lacaze-Duthiers (1), de Jacquelin du Val, etc. Ces armures fournissent aux classificateurs d'excellents caractères génériques ou spé- cifiques ; mais, comme elles se prêtent fort peu par leur diversité à une formule générale, nous devons rester très-bref à leur égard dans cette introduction. Les armures simplifiées et dégradées des Lépidoptères et des Diptères sont moins étudiées que celles des Orthoptères, des Hymé- noptères et de certains Névroptères, qui sont les plus compliquées ; celles des Coléoptères commencent à se réduire. Nous pouvons dire en général , pour l'armure mâle, que le neuvième segment porte à la partie dorsale des appendices en stylets ou valves, que le dixième con- stitue parfois le fourreau du pénis ou extrémité du canal déi'érent, et que, d'autres fois, il présente, comme appendice de sa région dorsale, de forts crochets de copulation, maintenant le pénis dans l'organe fe- melle et lui donnant des points d'appui. L'armure des femelles varie un peu moins et se prête plus aisément à une certaine assimilation dans les divers types. C'est entre elle, qui appartient au neuvième an- neau abdominal, et le huitième segment, que s'ouvre l'oviducte. L'ar- mure la plus complète est formée de cinq pièces pour l'anneau dorsal, un tergite médian et un appendice de deux pièces de chaque côté, et cinq pour l'arceau ventral, un sternite médian et deux pièces de chaque côté. Dans les Hyménoptères, cette armure se modifie selon deux plans. Dans un premier type elle devient un oviscapte ou tarière, servant à guider l'œuf dans la ponte, à l'introduire dans des cavités profondes, à percer la peau d'autres Insectes ou l'écorce des végétaux. L'arceau dorsal porte comme appendices deux écailles où prennent attache deux longs stylets deiitelés à l'extrémité, qui guideront les œufs et perceront les corps. Autour, et naissant en dessous, se trouve un fourreau ou gorgeret, qui est l'extension de 1 anneau ventral, et peut se mouvoir indépendamment des stylets ou des scies. Chez les Orthoptères Locus- tiens(avec grand développement) et Acridiens (rudimentairemenl), on n'a plus qu'un oviscapte à quatre lames en gouttière : deux dépendant de l'arceau dorsal, deux de l'arceau ventral, et servant simplement à (i) Lacaze-Duthiers, Armures génitales femelles des Insectes {Atm. des sciences nai, ZooL., 3" série, XII, 353, XIV, 17, XVII, 207,XVI1I, 337, XIX, 25, (J'J, 203, 213, 2l5j. 95 INTRODUCTION. pondre dans des trous en terre. Les Cigales (Hémiptères) offrent la pièce sternalc centrale et formant un poinçon, et les appendices dorsaux den- telés, extérieurs, et constituant le fourreau, par inversion à la tarière des Hyménoptères. Les mêmes pièces peuvent, dans un second type, se changer en aiguillon ou organe de défense de certains Hyménoptères. La partie dorsale offre comme appendice une écaille où s'insère un très-grêle stylet, et les deux stylets accolés forment un dard très-acéré. La région sternale du neuvième anneau, au contraire, constitue au dard un fourreau résistant et aigu, fourreau en gouttière à deux vahes soudées ; c'est le gorgeret à la base duquel s'attache de chaque côté une écaille ventrale. Le gorgeret paraît saillant à la pointe de l'abdomen de l'Abeille et de la Guêpe ; le dard intérieur ne sort qu'au gré de l'ani- mal. Grâce aux écailles d'attache distinctes et à des séries différentes de muscles, les mouvements du gorgeret ou gaîne, et du dard, sont bien simultanés, mais indépendants. L'aiguillon est formé de deux valves styliformes glissant chacune sur un des bords du gorgeret. L'Abeille fait d'abord sortir le gorgeret et le double aiguillon ; puis ce dernier peut jouer isolément sur le gorgeret supposé immobile. Les deux moi- tiés d'aiguillons sont munies de pointes barbelées empêchant celui-ci de sortir de la blessure, à la façon d'un fer de flèche. Chez l'Abeille, la glande h venin est bifurquée, avec un conduit excréteur commun débouchant dans une vésicule de réserve. Quelquefois le dard demeure rudimentaire: ainsi chez les Mélipones, les F'ourmis proprement dites. Une glande à venin placée en arrière déverse le liquide dans le gorgeret, et il coule le long de la légère cannelure des deux stylets du dard, et entre dans la plaie. Sa sortie est forcée, comme celle du liquide de la glande à venin de la Vipère qui mord ; car les muscles qui lancent le gorgeret et le dard appuient en même temps sur la poche à venin, et le font couler. De continuelles différences de détail se remarquent dans les armures femelles des Libellulides (Névroptères), et servent à les spécifier. Dans les Libellules propres, l'armature est presque nulle, l'oviducte s'ouvre entre les sternites des huiiième et neuvième segments, un peu plus larges qu'aux autres anneaux. Dans les Lépidoptères femelles, le neu- vième segment, et en général aussi les deux derniers, ont disparu, l'orifice de l'oviducte est tout contre l'anus, et une armure fort simpli- fiée, avec deux valvules, résulte des septième et huitième segments. L'armure femelle est très-peu développée chez le? Diptères, et l'ap- pareil qui sert le plus souvent à la ponte des ceufs, en les introduisant dans les cavitc.s n'est pas un véritable oviscapte , quoiqu'il en fasse la fonction. Les derniers anneaux de l'abdomen, rentrés et invaginés, sortent en un lung lubr. conique qui s'amincit rapidcnuMit. De même chez les femelles de certains Lépidoptères qui pDudfiit à 1 intérieur des tiges. Quelques femelles de Coléoptères ont des tarières longues et dures {VaUjus hrmii itéras, /Estynomus edilis, etc.). ANATOMIE ET PHYlsIOLOGIE. — REPIIODUCTION. 97 Comme les sexes sont séparés chez les Insectes, la nature a dû leur donner des moyens de rapprochements. Le mâle est d'ordinaire le mieux doué sous ce rapport : son abdomen est en général plus allongé, tendant à la forme cylindroïde ; celui de la femelle est plus gros, plus ovoïde pu piriforme. La locomotion du mâle est souvent plus éner- gique, ses couleurs plus vives, plus foncées. Il otfre , selon la rùgle générale, une hypertrophie des caractères du type. Ses sens sont plus exquis, leurs organes plus développés; les antennes, ou plus longues, ou plus pcclinées, ou plus flabellées; ses yeux composés plus gros, et sous-lendant un angle plus grand par rapport à la circonférence de la tète. Chez certains Insectes, au mâle seul sont dévolus des appareils sonores qui guident les femelles et les amènent au-devant du mâle. Beaucoup nous présentent les mâles voyageurs et les femelles séden- taires. « Mas rjenerans, dit Fabricius, vicilicans, plerumque venere vaga prwr«(.))Ainsi, en général, dans les Papillons de nuit, la femelle est lourde, paresseuse, fixée aux branches ou contre les troncs d'arbres; quelque- fois même, bien plus, privée d'ailes et à organes des sens presque nuls. Ce sont des émanations odorantes, comme nous l'avons dit à propos de l'olfaction, qui attirent les mâles quelquefois à d'incroyables dislances. Il est probable qu'ils n'aperçoivent la femelle qu'à petite distance, la vue étant Irès-netle chez les Insectes, mais d'un horizon borné. Sans doutedes sons imperceptibles pour nous les guident aussi et expliquent le développement des antennes. Rien de plus curieux que de suivre dans nos bois les vagabondes excursions du mâle du Minime à bandes (Zfom- byx Quercds). Il vole par mouvements saccadés, avec de continuels crochets. Si son odorat lui indique une femelle tapie dans la mousse ou sous un buisson, il tournoie tout autour; s'éloigne un peu, revient, frôle les feuilles sèches ou les herbes. Il semble suivre une piste volati- lisée ou écouter des frémissements vagues, des sous confus. Il n'aperçoit sa femelle que lorsqu'il en est très-voisin; mais alors, changeant son vol, il fond sur elle en ligne droite, comme une flèche. Nous ne pouvons terminer cette esquisse rapide de la reproducliuii chez les Insectes sans dire quelques mots d'anomalies très-curieuses présentées par cette fonction. On a vu des femelles reproduire sans ac- couplement, phénomène qui a été nommé par M. R. Owen, parthùno- (jencse ou lucina sine concubitu. Leuwenhoeck, le premier, avait reconnu que les femelles des Pucerons sont habituellement vivipares, et Ronnet observa le premier, sur le Puceron du PUtnlain, que ces pontes de fe- nielles, donnant à leur tour des femelles fécondes de la même ma- nière, avaient lieu sans le concours du mâle. A ia fin de la sais ju chaude seulement, naissent des mâles ailés qui s'accouplent avec les femelles, et celles-ci donnent alors des .eufs qui passent l'hiver et d'où sortent alors des lemelles vivipares. Ce mode de reproduction est iullueucé d'une manière fort remarquable par la température. Ce n'est qu auv premiers froids que reparait la génération normale. Lu empêchant la GUtAKD. '' 98 INTRODUCTION. diminution de chaleur, la reproduction vivipare continue, et Kyber publia en 1812 des expériences faites sur le Puceron de l'œillet, dont il obtint en serre chaude des générations exclusivement femelles et sans ailes pendant quatre années consécutives. Des phénomènes en partie analogues furent reconnus sur la reine Abeille; sur les femelles d'un assez grand nombre de Papillons noc- turnes, produisant, séquestrées et sans mâles, certains œufs féconds; sur les femelles de divers Coccus ou Gallinsectes (Hémiptères , Homo- ptères), qui vivent attachées aux arbres et recouvrent leurs œufs de leur corps qui se dessèche; sur les femelles de plusieurs Cynips (Hymé- noptères), qui pondent leurs œufs dans les végétaux, et font naître, par afflux de sève, des galles qui protègent et nourrissent la larve. De même, on n'a jamais rencontré que des femelles dans de curieux Crustacés d'eau douce, les Apus, les Limnadies, qui apparaissent parfois tout à coup en quantité considérable dans certaines mares des bois, puis disparais- sent pendant nombre d'années. Plusieurs cas se présentent dans ces phénomènes si étranges. Tantôt la femelle vierge ne peut produire que des mâles : c'est ce qui arrive pour la reine Abeille, qui doit avoir reçu les spermatozoïdes fécondants pour pondre des œufs de reine ou d'ou- vrière (femelle avortée), c'est-à-dire pour produire la forme la plus par- faite de son type, l'insecte récolteur du miel et architecte. Au contraire, dans cesPsychides (Lépidoptères), dont la chenille protège sa faiblesse par un fourreau de débris végétaux, on voit certaines espèces donner une suite de générations agames de femelles, interrompues sans doute de temps à autre, pour renouveler la fécondité, par la production du sexe mâle. Réaumur avait entrevu ce fait, mais hésitait à y croire. De même pour les Coccus, pour les Cynips. Enfin, chez les Vers à soie du Mûrier (surtout les races de Chine) et de l'Allante, et chez d'autres Bombycides, les œufs féconds des femelles vierges produisent des chenilles d'où naîtront des Papillons des deux sexes. Les partisans de la parthénogenèse sont obligés d'admettre que chez la femelle presque toujours l'œuf a besoin de l'excitation du spermatozoïde pour éclore, mais que, parfois, par excès de vitalité de celle-ci, il peut s'en passer. La parthénogenèse serait une précaution supplémentaire de la nature pour assurer la con- servation des espèces. Au reste, les partisans de cette théorie reconnais- sent que ce mode de génération n'est pas entièrement identique avec le mode ordinaire; que les femelles vivipares de Pucerons ne sont pas pa- reilles, comme conformation interne, à celles que féconde le mâle; que souvent les femelles agames ne donnent naissance qu'à un seul sexe. Dans le cas où il naît les deux sexes, on n'a pas encore constaté si les sujets sont indéfiniment féconds, et à quel ordre de génération le con- cours du mâle devient nécessaire. H n'est pas prouvé que l'espèce se reproduise par voie agamique aussi parfaite que par le mode ordinaire. Il semble exister des différences entre l'œuf qui dorme naissance aux Pucerons mâles et femelles destinés à s'accoupler, et l'œuf qui produit I ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — REPRODUCTION. 99 sans mâle, à l'intérieur du corps de femelles, des Pucerons vivipares. (In n'a pas encore constaté si l'œuf de la reine Abeille vierge, d'où naît exclusivement un mâ.le, a un micropyle comme l'cjeuf qui exige le mâle et produit le sexe femelle. Cette idée de la parthénogenèse a été accueillie avec grande faveur en Allemagne. Cependant des objections isolées se produisirent. Dutrochet en France, Schaum en Allemagne, se demandèrent si un hermaphrodisme fécond n'expliquerait pas les faits, mais ne donnèrent pas de preuves à l'appui de cette hypothèse. Or, M. Balbiani a publié qu'il a trouvé à la fois des œufs et des sperma- tozoïdes dans les femelles vivipares donnant des Pucerons femelles, qui, à leur tour, produisent des œufs d'où naissent dans l'intérieur de la mère des femelles. A côté des ovaires seraient des cellules en amas, produisant des sper- matozoïdes qui s'accumulent dans une poche centrale. Les spermato- zoïdes seraient immobiles, en forme de bâtonnets, pareils à ceux de certains Vers intestinaux. M. Halbiani n'a pas vu l'imprégnation des œufs, qu'il suppose devoir se faire sur place dans les gaines ovigères. Les spermatozoïdes en sont-ils réellement? N'a-t-on pas affaire à des spermatophores ou cà des Grégarines, ou à des globules graisseux, étran- gers à la reproduction? Les spermatozoïdes vrais des Pucerons mâles sont mobiles, ont la forme ordinaire, et sont associés en houppes. E)c là encore une différence notable entre les deux reproductions des Puce- rons, en supposant des spermatozoïdes chez les Pucerons vivipares. On voit combien d'obscurités régnent encore dans cette question. Ce que nous venons de dire n'implique aucunement une opinion contraire aux travaux si intéressants de M. Balbiani : ce sont seulement des points à élucider, et ce savant micrographe est loin d'avoir tout publié sur ses recherches en cours d'exécution. Si l'on admettait des bourgeons in- ternes, le cas des Pucerons vivipares rentrerait dans les générations alternantes des embranchements inférieurs, comme les Biphores (Mol- luscoïdes), les Polypes campanulaires (Rayonnes), etc. Avec les œufs et les spermatozoïdes spéciaux de M. Balbiani on rentre dans le véritable hermaphrodisme. On sait que l'hermaphrodisme normal peut exister dans des types où il est insolite : ainsi, dans les Serrans de la Méditerranée, poissons où M. Desfossé a constaté à la fois de chaque coté le testicule et l'ovaire, li'hiirmaphrodisme bilatéral est fréquent chez les Insectes, et les sujets sont alors inaptes à reproduire par altération profonde des organes géni- taux. Ne peut-il pas arriver que dans quelques individus la forme femelle prédomine, avec certaines gaines ovigères changées en cap- sules à spermatozoïdes par un hermaphrodisme incomplet, mais per- mettant la fécondation des (eufs tombant dans l'oviducte en même temps que des spermatozoïdes? tl'est à une anatomie minutieuse à nous éclairer sur ce point. Cette solution de la question laisserait intact ce grand principe de la reproduction des êtres, qu'il faut toujours le concours de 100 INTRODUCTION. deux éléments sexuels o[)posés, sécrétés soit sur le même individu, soit sur deux individus distincts. MM. Siebold et Leuckart, défenseurs en Allemagne de la partliénogenése, onl cherché à répondre à l'objection de Schaum, que les cas remarquables de développement parthéno- génésique des œufs d'insecics peuvent s'expliquer par l'existence de l'hermaphrodisme. Dans les dissections de femelles d'Abeilles ils n'ont jamais trouvé de spermatozoïdes. De plus, M. Siebold a examiné un grand nombre d'Abeilles hermaphrodites, présentant à l'extérieur un mélange des caractères des deux sexes. L'hermaplirodisme intérieur des organes sexuels n'est presque jamais en harmonie avec celui des formes extérieures. 11 a souvent constaté la réunion de plusieurs tuyaux testi- culaires et de plusieurs gaines ovigôres. Le développement des sperma- tozoïdes avait commencé, mais les gaines ovigères n'offraient aucune trace de formation d'(eufs. Toutes les Abeilles hermaphrodites dissé- quées manquaient d'œufs; aucun de ces hermaphrodites ne pouvait donc donner de produit. L'appareil mâle a souvent présenté le dévelop- pement normal, mais jamais cela n'est arrivé pour les portions d'appa- reil femelle- Au reste, les malheureux individus hermaphrodites sont toujours rejetés des ruches par les Abeilles ouvrières. Tel est l'état actuel de cette remarquable question. On ne peut qu'engager les observateurs à faire connaître tous les nouveaux exem- ples qu'ils pourront découvrir. La solution définitive parait encore indécise. Développement embryonnaire, mues et métamorphoses. L'œuf des Insectes est celui qui se prêle le moins aux investigations microscopiques, par sa petitesse, la dureté et l'opacité de sa coque. On sait depuis assez longtemps, par les travaux de M. de Baer, combien est erronée cette opinion que les embryons des êtres supérieurs reprodui- sent transitoirement les formes définitives d'animaux moins parfaits. Les embranchements animaux représentent des plans d'organisation distincte, et la différence se prononce dès l'embryon. Ainsi l'embryon d'un Annelé n'est jamais pareil (à celui d un \'erté- bré, et il paraît certain que les grands types d'un embranchement s'ac- cusent aussi dès Tembryon. On ne voit pas dans l'embryon des Annelés cette ligne axile primitive qui caractérise celui des Vertébrés; les anneaux paraissent s'organiser bilatéralement en centres isolés. En outre, l'embryon des Annelés louche le vitellus de l'œuf par la face dorsale et celui des Vertébrés par la face ventrale. On ne commence à connaître le développcraent de l'embryon des Insectes que lorsqu il sort de Tn'uf; mais alors son élude devient aussi aisée qu'elle était obscure et dilticile auparavant. L'auif des Insectes dif- fère profondément de celui de la p!u[)art des Vertébrés, et de celui de quelques Annelés, comme les Écrcvisses, en ce que la majeure partie ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. — DÉVELOPPEMENT. 101 des évoliifions organiques s'opùre hors de l'œuf. Il y n des Insectes qui ollrent dans l'œuf un temps d'arrtH considérable, de sorte que l'iMre qui en sort est Irès-éloigné de l'étal adulte ; chez d'autres, l'évolution accomplie dans l'o'uf est bien plus longue et plus compliquée, et l'In- secte naissant ressemble à l'adulte par sa forme et sou genre de vie, n'a plus qu'à acquérir des ailes et à développer ses organes génitaux rudi- mentaires. On dit dans ces deuv cas, qui offrent du reste tous les pas- sages, que l'Insecte a des vu'tamorphoses. Il peut arriver au contraire, mais c'est l'exception chez les Insectes, que lètre qui provient de l'œuf ressemble tout à fait à l'adulte, sauf la taille et l'état rudimentaire des organes de reproduction. 11 est singulier de voir que ce cas, propre aux Vertébrés supérieurs, est au contraire chez les Insectes le signe de la dégradation la plus manifeste. Les métamorphoses ne sont pas l'indice d'une distinction fondamentale, puisque toutes les différences s'expli- quent par des arrêts de développement; elles ne donnent donc que de médiocres caractùres pour une classification philosophique. Les anciens connaissaient les métamorphoses de quelques Insectes; ils avaient vu la chenille née de l'œuf produire la chrysalide, et celle-ci le papillon. Ainsi nous trouvons dans les compilations de VHistuire naturello de Pline ces passages : (( Eruca quœ, adjectis diebm solu aux mues successives ou changements de peau d'une larve ou d'une nymphe. Yersin a obtenu de très-intéressants résultats par les lésions ou piqûres sur les ganglions (1). Il ne laisse pas supposer qu'il ait aperçu des différences entre leurs deux faces, de manière ù isoler la sensibilité et le mouvement, comme M. Faivre dit l'avoir reconnu dans de plus récentes expériences. Selon Yersin, le trouble produit dans les fonctions de relation se manifeste diversement suivant les individus et les sexes, et n'est pas toujours facile à bien caractériser. En général, toute alté- ration de l'un des ganglions de la tète ou du thorax est immédiatement suivie d'un état de torpeur qui dure plus ou moins; à cet état succède fréquemment un tremblement convulsif, pouvant se renouveler plu- sieurs fois, soit de tout le corps, soit seulement des organes qui reçoi- vent leurs nerfs du ganglion lésé. Yersin a reconnu ce fait curieux qu'une lésion du cer\cau ou ganglion sus-œsophagien est presque iou- jours suivie d'une absence d'équilibre dans les mouvements. L'Insecte^ au lieu de marcher en ligne droite, décrit des cercles en tournant sur lui-même avec une certaine rapidité, et ces cercles s'agrandissent ordi- nairement au bout de quelques heures. Après un ou deux jours, l'in- secte peut quelquefois se mouvoir un moment en ligne droite, puis recommence à décrire des cercles. Il peut tourner de droite à gauche, puis, au bout d'un certain temps, en sens inverse. Les cercles décrits par le même individu quand il marche lentement sont parfois dans un sens contraire à ceux qu'il parcourt en marchant d'un pas rapide. Le sens de la rotation n'est pas en rapport constant avac le point du gan- glion piqué; toutefois on observe en général que l'Insecte tourne du côté lésé au côté sain. Cette absence d'équilibration des mouvements se manifeste d'une manière analogue dans la locomotion aérienne. Une Libellule ou une Mouche piquée sur le front, assez profondément pour atteindre le ganglion sus-œsopliagien, ne vole plus qu'en décrivant de.-^ cercles ou une spirale. Le désordre produit dans la locomotion peut encore se manifester en ce qu'au lieu d'aller devant lui, l'animal marche le flanc droit ou le flanc gauche en avant; ou bien encore parce qu'il marche en arrière, l'abdomen le premier. Enfin, le plus souvent, que l'Insecte soit en repos ou en mouvement, l'un des côtés du corps est plus élevé que l'autre, tellement que l'animal est plus ou moins couché sur l'un de ses flancs. L'altération d'un des ganglions thoraciques est d'abord accompagnée d'une paralysie momentanée d'une partie ou de tous les organes qui en reçoivent des nerfs. Puis la sensibilité et la mobilité volontaire repa- raissent soit ensemble, soit l'une de ces facultés seulemenl. Parfois il y (l) Yersin, Bull, de la Soc. vaudoise des se. nalur., t. V, n" 39. 116 INTRODUCTIOiN. a absence d'équilibre dans les mouvements et rotation de l'Insecte en décrivant de petits cercles toujours dans le même sens. La volonté paraît pouvoir être affectée et troublée comme les mouve- ments. Ainsi, en pratiquant une lésion du ganglion sus-œsophagien d'un Grillon, Yersin a vu l'insecte mordre en marchant à un morceau de pain et paraître le manger avec avidité, en s'y attachant avec force par ses mandibules, sans que les pattes cessassent de se mouvoir; de sorte que l'animal, poussé comme sans le vouloir en avant, était obligé de se tordre sur lui-même et finissait par faire une culbute complète, la tête demeurant fixée au pain et les pattes en agitation. Un Grillon mâle qui a subi la même opération court devant lui en chantant pour appeler sa femelle, s'approche vivement d'elle s'il la rencontre, s'arrête devant clic, puis passe outre, toujours chantant. Il semble entraîné par deux volontés contraires, lune qui le pousse à courir, l'autre qui le retient auprès de Ja femelle qu'il paraît appeler et rechercher. D'une manière générale, toute opération sur les ganglions ou sur les cordons qui les lient produit une diminution manifeste dans l'intelligence et dans l'instinct. § IV. — lui^linct et intclli$!;oiiee. L'étude du système nerveux nous conduit naturellement à présenter quelques notions sur les facultés instinctives et intellectuelles des In- sectes, en rapport nécessaire avec la perfection et la complication de l'appareil de l'innervation. Comme le disait Linna'us, avec sa concision élégante, à propos des Insectes : Natura maxime miranda in minimis, et cette phrase célèbre est devenue l'épigraphe de la Société entomo- logique de France. La grande majorité des actes des Insectes est due à l'instinct, sans éducation préalable, sans préoccupation du résultat qui doit souvent ne se produire qu'après la mort de l'Insecte. L'intelligence des animaux ne s'élève en général jamais bien haut et n'est pas le mo- bile de la plupart de leurs actes. Ce n'est d'ordinaire ni l'expérience ni le raisonnement qui les dirigent. Ils se comportent à la façon de l'en- fant nouveau-né qui a l'instinct de sucer le sein maternel sans savoir qu'il en fera jaillir l'aliment approprié à ses faibles organes digestifs. Chez l'enfant, l'instinct, qui doit bientôt céder sa place à l'intelligence, ne détermine que des actes très-simples; chez beaucoup d'animaux, l'instinct devient le mobile d'actions variées, combinées avec une science profonde. Il est réellement une providence pour ces êtres aveu- gles guidés par une Intelligence suprême, connaissant l'avenir aussi bien que le présent. Les phénomènes instinctifs des Insectes comprennent d'abord des actes individuels assurant la conservation de l'espèce. De ce nombre sont les recherches si complexes des aliments, soit de l'Insecte, soit de sa progéniture. Ainsi les Fourmis savent soigner les Pucerons, dont elles sucent les Iranssudalions sucrées, et les transporter de branche en INSTINCT ET INTELLIGENCE. 117 branche sur les feuilles où ils trouveront la meilleure nourriture. Cer- tains Hyménoptères récoltent exclusivement pour leurs larves des che- nilles ou des adultes d'une seule espèce déterminée, et savent les trouver avec une sagacité admirable. Ainsi le Cerceris Imprestirida, du midi de la France, s'empare de Coléoptères du genre Bupreste souvent très- rares, très-difticiles à rencontrer. De même les Sphex chassent aux Insectes, les Pompiles aux Araignées, et, en piquant leur proie et lui inoculant certaine dose de venin, produisent en elle une anesthésie qui la prive de toute force pour résister aux jeunes larves, sans armes aucunes pour l'attaque, de sorte que celles-ci ne cessent de trouver des victimes toujours vivantes, une pâture toujours fraîche. Il est des In- sectes qui dressent les pièges les plus industrieux. Qui ne connaît, dans les terrains sablonneux exposés au soleil, ces entonnoirs à parois abruptes, Ibrmés de grains de sable mouvant, au fond desquels est tapie la larve du Fourmilion (Névroptères), à mandibules acérées, ou la larve du Verlion (Diptère), aux mouvements de serpent. Malheur à l'Insecte étourdi qui s'avoisine sur les bords du trou meurtrier; il chancelle sur les grains qui se détachent sous lui, et une pluie de sable lancée par la larve perfide l'aveugle, le meurtrit, le précipite au fond. Les larves des Cicindèles creusent de longs trous ver- ticaux où elles demeurent tapies, s'arc-boutant en sorte d'S contre les parois. Leur large tête en ferme l'ouverture, pareille à un pont-levis sur lequel marche l'Insecte sans défiance. Alors, par une brusque bascule, la Cicindèle fait tomber la victime au fond du trou et la dévore, il paraît que les larves des grandes espèces de Staphylins se tiennent à demi enterrées dans des trous, se jetant avec impétuosité sur les In- sectes qui passent à leur portée. Les femelles des Driles (Coléoptères), aptères et pareilles à des larves, se jettent sur les mollusques du genre Ilelix au moment où ces animaux sortent de leur coquille, et les dévo- rent afin de se loger dans la coquille. Une de leurs espèces, étudiée par M. Lucas, en Algérie, s'attaque aux mollusques terrestres du genre Cyclostome, dont la coquille est bouchée par un opercule qui met l'ani- mal à l'abri de sa voracité. Elle sait guetter et attendre patiemment le moment où le mollusque, sortant d'abord la portion de son large pied charnu qui soutient l'opercule, ait volontairement ouvert la porte de sa coquille à son ennemi. Elle s'élance alors sur lui et s'y cramponne avec ses mandibules, de façon à l'empêcher de refermer la clôture protectrice. D'autres Insectes purement défensifs assurent la conservation de l'individu. Beaucoup de chenilles dites arpentcuses, dressées sur leurs fausses pattes anales, imitent des brins de bois sec et trompent l'onl de leurs ennemis. De même les Phasmes sans ailes, à corps cylindrique, les Phyllies, les Ptérochroses (Orthoptères), dans leur longue immo- bilité, se confondent avec des branches, avec des feuilles vertes ou sè- ches : les Lasiocampa (Lépidoptères) simulent des paquets de feuilles mortes, etc. Des chenilles, ainsi celle du papillon appelé le Vulrain, 118 INTRODUCTION. cachent sous des feuilles assemblées par quelques fils soyeux pour échapper auxichneumcns qui cherchent à déposer leurs œufs sous leur peau; d'autres l'ont sortir des tentacules menaçants ou agitent leur tête entourée d'épines, ou les appendices fourchus de leur extrémité abdomi- nale, pour effrayer leurs ennemis. Il en est de même des Malachies, ou Cocardiers (Coléoptères), qui, lorsqu'on les touche, se bordent de caron- cules rouges protractiles. Beaucoup d'Insectes, ainsi les Coccinelles, les Méloés (Coléoptères), les larves de Chrysomèles, etc., laissent suinter de leur corps des liquides acres ou infects. Les Carabes lancent par l'anus de l'acide butyrique; les Fourmis, troublées dans leur fourmilière, émettent une vapeur corrosive d'acide formique ; les Brachines, ou Bombardiers (Coléoptères), éjaculent avec de petites explosions d'acres vapeurs, etc. De nombreux Insectes déjouent l'ennemi en se laissant tomber à terre, rentrant leurs pattes sous le corps et faisant le mort: tels sont les Anohhim, les Hister, les Byrrhus (Coléoptères), certaines Noctuelles (Lépidoptères), etc. L'instinct préside aux merveilles de l'architecture de certains Insectes. Les Fourmis et les Termites sculptent le bois et y creusent des galeries. D'autres Termites savent construire d'énormes monticules en terre gâchée, assez solides, dit-on, pour que les taureaux sauvages montent dessus sans les enfoncer. Les femelles des Guêpes, les grosses femelles des Bourdons, les seules de l'espèce qui aient passé l'hiver, comrnen- cent au printemps, soit en terre ou sous la mousse, soit contre une branche, un nid qu'elles divisent en cellules approvisionnées de miel. Elles y pondent d'abord des œufs d"où naîtront bientôt des neutres, et dès lors la mère se reposera, abandonnant à l'instinct de ses premiers enfants la continuation et l'agrandissement du nid, où elle déposera ensuite des œufs de mâles et de femelles fécondes. La Xylocope, ou Abeille charpentier de Réaumur, creuse dans le vieux bois une longue galerie où elle déposera ses œufs, chacun entouré d'une bouillie miel- leuse et séparé des autres par deux compartiments ou planchers de sciure gâchée. L'approvisionnement de chaque cellule est calculé avec une véritable précision mathématique pour nourrir la larve sans aucun excédant inutile, depuis sa sortie de l'œuf jusqu'à sa transformation en nymphe. Les mômes précautions sont prises dans le nid de la Méga- chile, tube fait de feuilles de Rosier coupées, enroulées et emboîtées en cornets ; dans le tuyau terreux de l'Anthocope, tapissé des pétales écar- lates du Coquelicot des moissons, etc. Rien ne peut égaler l'admirable instinct architectural des Abeilles. Elles savent modifier la forme et la grandeur de leurs cellules de cire, et y introduire des pâtées spéciales, suivant que les auifs qu'y déposera la reine doivent donner naissance à des larves de neutres, de mâles, de femelles. Lorsqu'une ruche manque de larves de reines, les abeilles ouvrières ont l'instinct de changer leurs travaux ordinaires. Elles démolissent les cloisons de plusieurs cel- lules voisines et construisent une grande cellule royale (cellule royale INSTINCT ET INTIiLMGKNCE. 119 artificielle), y laissent une larve de neutre, qui, nourrie avec une pâture spéciale, deviendra une reine par le développement des organes femelles rudimentaires chez les neutres. Il est, comme on le voit par cet exemple, assez difficile de dislinguer dans tous les cas où cessent les actes instinctifs, où commencent les actes intellectuels. Quand nous répétons fréquemment le même acie par la volonté, il finit par se répéter malgré nous par la seule habitude. Il faut apporter une grande réserve dans l'examen des mœurs des Insectes et une critique sévère des observations, si l'on ne veut pas changer à tort en faits d'intelligence des opérations d'instinct. Ainsi, rapporte Huber fils, des Bourdons qui butinaient dans un champ de haricots ne pouvaient pénétrer dans les fleurs, à base trop resserrée par suite d'un contournement des pétales trop développés; après des essais infructueux, certains, dit-il, firent un trou extérieur au bas de la fleur, et bientôt tous suivirent cet exemple et purent se repaître de miel. Comme les Bourdons sont des insectes sociaux, il y avait là pour Huber une communication d'idées, ou au moins l'intelligence d'imiter un acte de ses pareils; mais j'ai vu des Xylocopes, insectes solitaires, percer de même la base de la fleur des Pétunias, ce qui prouve dans ce fait uniquement un acte individuel et instinctif. On ne saurait refuser l'intelligence aux Insectes quand, placés dans des circonstances exceptionnelles, ils savent modifier les inspirations d'un instinct aveugle et les adapter à des conditions nouvelles et imprévues. Il arrive souvent que les Insectes semblent manifester une sorte de paresse dans l'accomplissement de leurs actes instinctifs en changeant leurs opérations habituelles, de manière à abréger la durée et la rigueur de leur travail. Beaucouj) de ces Hyménoptères solitaires, qui creusent des trous en terre, ou bâtissent avec une sorte de-mortier pier- reux agglutiné par leur salive, recherchent avec prédilection les nids de l'année précédente, construits par des animaux de même espèce, ou même s'emparent de vieux nids d'autres espèces, et y font des change- ments pour les appropier à leurs larves d'habitudes différentes. Un des plus curieux exemples de cette modification de l'instinct au profit de la fatigue de l'Insecte fut donné au Muséum par une femelle de Xylocope (Hyménoptère mellifique), qui, trouvant dans un appareil abandonné un tube vertical de cuivre du diamètre habituel de la galerie creusée dans le bois par son espèce, y déposa ses œufs de bas en haut avec la pâtée mielleuse et en les séparant par les compartiments habituels de sciure de bois gâchée. On la voyait entrer et sortir plusieurs fois par jour, 11 faut même remarquer, dans cet exemple si curieux, que la paresse de l'Insecte était en opposition avec le but de la nature; caries adultes n'auraient pu percer la paroi de cuivre et étaient destinés à périr ou à causer la mort des plus jeunes, si, changeant aussi qiudque chose à leur 120 INTRODUCTION. instinct, ils avaient tenté de sortir à travers les cellules supérieures. La Xylocope, en ell'et, clans son nid creusé dans les vieux troncs, courbe la preniière cellule, celle du bas, contre la paroi ligneuse, afin que l'In- secte qui éclôl le premier puisse sortir par un faible elTort et laisser ensuite un passage libre à ses frères plus jeunes des cellules super- posées. Il y a encore d'autres cas où il paraît bien diflicile de dénier auv Insectes une véritable intelligence, et où encore ils manifestent un raisonnement quand ils sont placés dans des circonstances accidentelles, inusitées. Nous pouvons citer en ce genre plusieurs faits intéressants observés par Huber sur les Abeilles. Parfois les Abeilles se trompent dans la formation de leurs gâteaux, et des rayons, d'abord dirigés dans des plans obliques, se rencontreraient et se gêneraient. Elles s'en aper- çoivent et les détruisent à temps. Huber vit en 1806, à Genève, une grande multiplication de YAcherontia Atropos, énorme Lépidoptère très- avide de miel, perturbateur des ruches où il s'introduit. Au bout de quelque temps de résignation, les Abeilles imaginèrent de fermer à la cire les orifices d'entrée de leurs ruches, en ne laissant passage qu'à une seule Abeille à la fois, sans que le gros papillon pût entrer. L'année suivante il y eut peu de ces Sphingides, et les Abeilles refirent de grandes entrées, bien plus commodes pour elles. Au bout de deux à trois ans, les Acherontia Atropos redevinrent com- muns, et. cette fois, immédiatement l'entrée des ruches fut de nouveau rétrécie. Les Abeilles conservent la mémoire des localités où ont été leurs ruches, celle des endroits où les plantes leur fournissaient le meilleur butin, et y reviennent alors que la culture est changée. Elles reconnaissent leur ruche au milieu des autres. Un essaim ayant été délogé de dessous les tuiles d'un toit où il trouvait le lieu propice à ses constructions, pendant huit années consécutives il ne sortit pas un essaim de la ruche où avait été placé l'essaim vagabond sans que quelques individus vinssent en éclaireurs reconnaître l'endroit regretté. Ce n'était pas l'eflet du hasard, car les essaims des autres ruches ne faisaient rien de pareil. Res Bourdons ne pouvaient travailler dans leur nid branlant que Huber fils avait déposé sur une table. Bien des tenta- tives furent faites; enfin, quelques-uns sortirent du nid et le calèrent en arc-boutant leurs corps, pendant que d'autres construisaient des piliers de cire. Ces piliers faits, les souteneurs se retirèrent et se réu- nirent aux autres. Darwin rapporte avoir vu dans son jardin un Sphex s'envolant avec le thorax d'une grosse mouche qu'il venait de dépecer. Le vent qui frappait dans les ailes étendues de ce tronçon inerte le fai- sait tournoyer et empêchait le Sphex d'avancer avec son fardeau. Il le déposa sur le sol, coupa les deux ailes, cause de son embarras, et reprit commodément son vol, chargé de sa proie. D'après Cledilscli, un crapaud avait été placé en l'air au bout d'un bâton fixé dans le sol, afin d'être hors do l'atleinle des Nécrophores, coléoptères qui en- INSTINCT ET INTELLIGENCE. 121 fouissent les petits cadavres. Ces Insectes creusèrent sous le bâton, le firent tomber, et l'ensevelirent avec le cadavre du crapaud. Il ne faut cependant pas exagérer ces exemples d'inlclligcnce. Les faits qui précèdent nous paraissent arriver à l'extrême limite des actes intellectuels des Insectes. Nous n'admettons pas, comme on l'a souvent dit, que les Abeilles reconnaissent ceux qui les soignent habituellement et ne les piquent pas. Il y a certaines personnes qui ne peuvent jamais s'approcher des ruches sans danger, ayant sans doute quelque odeur qui déplaît à leurs habitants, car l'odorat est le sens le plus subtil chez les Insectes. On peut, en général, séjourner très-près des Abeilles, pourvu qu'on ne les effraie pas par des mouvements brusques ou des cris, qu'on ne les irrite pas par des odeurs fortes. On voit souvent les Insectes se rencontrer, se toucher des antennes, des pattes, des palpes. On regarde comme probable qu'ils se commu- niquent des idées et combinent des actes raisonnes. Cependant dans bien des cas ils ne font peut-être qu'obéir aux sen- sations de traces odorantes. Aussi les faits que nous allons signaler laissent dans leur interprétation de grandes incertitudes. Ils nous pa- raissent toutefois de trop d'intérêt pour les omettre. On cite des Né- crophores, trop faibles pour enterrer un petit cadavre, allant chercher d'autres individus de leur espèce ; des Bousiers se faisant aider de leurs pareils pour retirer la boule de fiente où sont leurs œufs, lorsque, par accident, elle a roulé dans quelque trou. Les Abeilles, comme ou le sait, se troublent lorsqu'elles sont loin de la reine. Réaumur sépara une ruche en deux compartiments par un diaphragme à claire-voie ; la reine se trouva alors d'un côté. Continuel- lement, de part et d'autre de la claire-voie, étaient pendues des Abeilles se touchant des antennes, et le côté sans reine, constamment rassuré, continua ses travaux. Une cloison opaque fut interposée, et aussitôt le côté sans reine tomba dans la confusion et le désordre. Ces communications tactiles sont continuelles chez les Fourmis et chez les Termites. Qu'on vienne à troubler en un point la demeure commune, tous s'avertissent du danger ; aussitôt les uns se précipitent à la défense, les autres s'empressent de mettre les larves en sûreté. Franklin ayant chassé toutes les Fourmis qui avaient envahi un pot de confitures, une seule exceptée, suspendit ce pot au plafond par une ficelle. La Fourmi remonta le long de cette ficelle et alla chercher les autres, qui, guidées par elle, descendirent par le même chemin. Dos Fourmis ayant été renfermées dans une boîte, l'une d'(dles, ayant trouvé une fente pour sortir, alla avertir ses compagnes à coups d'an- tennes et les fit sortir également. On peut rapporter à la sollicitation d'émanations odorantes l'explica- tion d(! certains actes qui exigeraient sans cela un raisonnement bien compliqué et peu probable chez des animaux notablement éloigni's de rhonime. On a vu parfois des Fourmis se laisser tomber verticaleuienl 122 INTRODUCTION. du plafond dans des matières sucrées, qu'elles aiment beaucoup, et qui avaient été isolées du plancher au moyen de supports entourés d'eau, pour les soustraire à leur voracité. Le fait est plus commun encore pour les Punaises domestiques, fléau des maisons mal tenues. Elles se laissent tomber la nuit sur les lits dans lesquels on est couché, et qu'on a cru mettre à l'abri de leurs atteintes en les amenant au milieu de la chambre et en faisant plonger leurs pieds dans des vases d'eau. « En présence de faits tellement significatifs et nombreux, on doit s'étonner, dit un de nos plus éminents naturalistes, qu'il puisse se trou- ver encore des hommes qui viennent nous dire que toutes les merveilles de la nature sont de purs effets du hasard, ou bien des conséquences forcées des propriétés générales de la matière, de cette matière qui forme la substance du bois ou la substance d'une pierre; que les instincts de l'Abeille, de même que les conceptions les plus élevées du génie de l'homme, sont de simples résultats du jeu de ces forces phy- siques ou chimiques qui déterminent la congélation de l'eau, la com- bustion du charbon, ou la chute des corps. Ces vaines hypothèses, ou plutôt ces aberrations de l'esprit qu'on déguise parfois sous le nom de science positive, sont repoussées par la vraie science ; les naturalistes ne sauraient y croire, et aujourd'hui, comme du temps de Réaumur, de Linné, de Cuvier et de tant d'autres hommes de génie, ils ne peuvent se rendre compte des phénomènes dont ils sont témoins qu'en attribuant les œuvres de la création à l'action d'un créateur (1). » § V. — Cbasse et conservation. L'étude des Insectes offre tant d'attraits, qu'on est bientôt amené à l'idée de récolter ces petits êtres qui étincellent sur les feuilles et les fleurs, ou passent devant nos yeux dans leurs rapides évolutions aériennes. Il n'est pas de localité, si froide et si aride qu'elle, soit qui ne nous offre des Insectes. On les rencontre sur les plus hautes mon- tagnes, à la limite des neiges éternelles; le Spitzberg lui-même, où l'homme ne peut résider que quelques semaines aux risques des plus grands périls, nous offre quelques représentants des Hyménoptères, des Névroptères et des Diptères ; les sables calcinés des déserts de l'Asie centrale et du Sahara, les triu-ains salés des rives persanes de la mer Caspienne et de certains plateaux du haut Mexique, ne sont pas abso- lument dépourvus de quelques Coléoptères et Orthoptères dont la nour- riture est un problème. Aussi nous ne pouvons pas, dans une étude générale, nous occuper avec grand détail des localités de la récolte des Insectes, puisque, dans toutes les saisons de l'année, l'air, les eaux salées, les eaux douces, le sol, les végétaux, les débris animaux et même les animaux vivants doivent être soumis aux investigations, (^est dans l'étude particulière des genres qu(; nous aurons principalement (1) Milne Edwards, conférence fuite à la Sorbonne en décembre 18Gâ. CHASSE ET CONSERVATION. 123 à indiquer avec soin les moyens de se procurer les principales espèces, l'époque et le lieu de leur apparition. Pour récolter les Insectes, il faut nous aider d'instruments, véritables armes pacifiques de la science. Nous devons, en outre, conserver ces petits êtres à l'abri de la destruction, dans les poses qui permettront le mieux l'étude de leurs caractères, c'est-à-dire établir des collections. Ici les moyens sont généraux et com- muns, sinon à tous les Insectes, du moins cà de grands groupes; les faire ^'^^'^ connaître rentre donc dans le plan d'une introduction à l'entomologie. Nous devons d'abord donner quelques notions très-brèves sur les divers instru- ments nécessaires pour récolter avec succès et sans altérations les Insectes. Les plus importants sont les filets. Ils sont de deux sortes, à ouverture habi- tuellement circulaire , formée par un anneau de fer, à deux ou à quatre bri- sures, adapté à volonté au moyen d'une vis de pression à un manche de faible poids, d'un mètre à un mètre et demi de longueur. L'un des filets (fig. 6) est de tissu léger, gaze, tulle, crêpe, etc., et sert à capturer les Insectes qui volent ou qui sont posés sur les fleurs ou sur les extrémités des rameaux. L'autre filet, dit fauchoir, offre un cercle de fer plus épais et un manche solide. Il est de canevas, de grosse toile. Le plus " souvent on s'en sert pour faucher, c'est- à-dire abattre et ramasser les sommités des végétaux des prairies, des petites broussailles. En examinant ensuite avec soin la masse végétale, on y rencontre une foule d'Insectes. Ce moyen de chasse peut s'employer pour tous les Insectes, à l'exception des Névroptères et Lépi- doptères, dont les ailes délicates seraient altérées. Le filet précédent, avec lequel on ne capture qu'un Insecte à la fois, peut servir pour tous les ordres d'Insectes. Le filet de grosse toile est en usage aussi pour la pêche des Insectes aquatiques, soit dans les eaux courantes, soit dans la vase. Dans ce dernier cas, on étale cette vase, au sortir du filet, sur une nappe, et l'on y recherche les Insectes, ou les nym- phes ou les larves. On se sert quelquefois d'un tilet pour y faire lora- 1 Fig. 6. — Filet destiné à capturer les Insectes isolés, au vol ou au repos. 12Ù INTRODUCTION. ber les Insectes nombreux qu'on aperçoit au repos sur le tronc des arbres, et qui échappent presque toujours si l'on veut les piquer sur place ou les saisir à la main. Pour cet usage, on fera bien de donner à ce filet un orifice d'une forme spéciale. Le cadre de fer présente trois côtés linéaires, rectangulaires, et le quatri(>me extérieurement concave pour s'appliquer exactement contre le tronc de l'arbre. Un filet dont le cadre sera entièrement rectangulaire est commode pour ce même genre de chasser contre les rochers ou contre les murs. On peut aussi très-avantageusement employer une baleine bien flexible pour former le cadre du filet. En appuyant ce cadre élastique, soit contre un tronc d'arbre, soit contre une paroi de muraille ou de rocher, au moyen du manche placé perpendiculairement à l'obstacle, on force ainsi le cadre à suivre exactement le contour de la surface, ronde ou plane, sur laquelle est posé l'Insecte qu'il faut faire tomber dans le filet. Enfin on se sert encore, pour terminer ce qui a rapport aux filets, de la pince à raquettes (fig. 7). C'est un fer à friser dont on retranche les masses PiG. 7. — Pince à raquettes, destinée surtout aux Hyménoptères à aiguillon. et auquel on soude deux anneaux métalliques, ovales ou rectangles, de 12 à Ik centimètres de long sur 8 ou 10 de large. On garnit chacun de ces anneaux avec de la toile métallique très-fine, ou mieux encore avec du tulle ou du crêpe non apprêté. Cette garniture devra ùlre bordée d'un ruban de fil ou de soie. Ce petit appareil s'emploie pour saisir sur les fleurs les Hyménoptères, et pour pouvoir ainsi les piquer en les tenant serrés entre les deux réseaux, sans craindre leur cruel aiguillon. On s'en sert aussi pour prendre les Microlépidoptères, dont les écailles des ailes tiennent très-peu et se détachent au moindre froissement dans le filel ordinaire. Il est rare qu'on puisse tuer entre les doigis, sans les altérer, les Insectes petils cl à ailes délicates. Il laiil, d'aulre pari, qu'ils soieul CHASSE ET CONSERVATION. 125 inorls pour qu'on puisse les piquer sans qu'ils se débattent et s'altèrent, in trùs-bon moyen est de les faire tomber dans un flacon dont le bouchon de licgc porte à l'intérieur un tampon de coton imprégné de chloroforme ou de sulfure de carbone. Eu peu d'instants, rinsectc est tué ou fortement engourdi. Avec un peu de cyanure de potassium, maintenu dans le bouchon par un morceau d'étoffe, ou fixé au fond du flacon sous un papier percé de trous d'épingle, l'effet est instantané et foudroyant. On emporte à la chasse des flacons remplis de rognures de papier ou de grosse sciure de bois, avec quelques gouttes de benzine, d'essence de té- rébenthine ou d'éther, et l'on y jette les Insectes vivants non altérables, comme les Coléoptères, les Hémiptères, les Orthoptères, certains Di- ptères. On met dans l'alcool affaibli les Coléoptères retirés des matières putréfiées ou stercoraires ; ils sont ainsi tués et nettoyés. Puis on les retire et on les laisse sécher avant de les enfermer en collection, f/alcool affaibli sert encore à recueillir certains Insectes à corps très- mou, des larves, etc. Fir,, 8. — Écorçoir destiné à soulever les ccorces ou à fouiller la terre. Pour obtenir les Insectes qui se cachent sous les écorces, on fait usage de V écorçoir (fig. 8), morceau d'acier en forme de losange forte- ment emmanché, et qui détache facilement les écorces. On s'en sert aussi pour remuer les pierres sous lesquelles se cachent beaucoup d'Insectes et pour fouiller le sol et déterrer les chrysalides. On doit emporter aussi des pinces de divers calibres, dites hrucellcs, servant à saisir les Insectes qui peuvent glisser entre les doigts, ou faire des morsures, ou enfin ceux qui sont caches entre des fissures étroites. Certains Insectes de divers ordres vivent parasites dans les fourmi- lières, dans les guêpiers. On se sert, pour les recueillir, d'un tamis dont les mailles les laissent passer, tandis que les Fourmis sont arrêtées, ces Insectes des fourmilières étant en général très-petits. (Juant aux para- sites des guêpiers, il faut asphyxier les Guêpes avec l'acide sulfureux, produit par mie mèche soufrée, ou la fumée de la poudre, ou la benzine, etc. Pour récolter les larves, et en particulier les chenilles, on se sert souvent d'une nappe blanche au-dessus de laquelle on secoue les bran- ches des arbres. C'est aussi sur la nappe qu'on jette la vase remplie d'Insectes aquatiques. On emploie encore pour les chenilles, amassées 126 INTRODUCTION. dans les feuilles sèches, un parapluie doublé de blanc et fiche en terre, renversé par l'extrémité du manche. On le remplit de feuilles sèches, on le secoue vivement en tournant : les chenilles, plus lourdes, se sépa- rent des feuilles sèches et viennent se déposer dans la partie centrale du parapluie. Les explorateurs des feuilles sèches, soit pour les che- nilles qu'elles contiennent, soit pour de nombreux hisectes adultes qui s'y trouvent engourdis, font encore usage d'un filet de ficelles, à larges mailles, d'environ un centimètre carré. Ce tilet est une sorte de sac cylindrique, de la forme des tambours à prendre le poisson, fermé à une extrémité et d'environ un mètre de long. On introduit les feuilles par l'orifice et on le maintient élargi au moyen de deux cercles paral- lèles de baleine de 2 à 3 décimètres de diamètre. On le saisit fortement aux deux bouts et on le secoue au-dessus de la nappe. Les chenilles et les Insectes tombent à travers les mailles. Pour secouer les arbres et faire tomber sur le sol ou sur la nappe, ou dans le parapluie étalé, les (chenilles et les Insectes endormis qui y sont posés, on se sert du maillet ou mailloche (fig. 9). C'est une masse de bois, de forme cylindrique, dans l'intérieur de laquelle a été coulé environ FiG. 9. — Mailloche pour imprimer aux brancties une secousse brusque qui fait tomber les Insectes. un kilogramme de plomb. Toute la surface extérieure du cylindre est ensuite garnie de liège, ou de caoutchouc, ou de gutta-percha, le tout recouvert enfin de cuir de buffle. Un manche assez fort, rond et lisse, est adapté au cylindre principal. La garniture molle est destinée à as- sourdir les coups du maillet, et surtout à empêcher les blessures aux arbres par déchirure de l'écorce. On ne doit, pour ce motif, employer le maillet qu'avec précaution. Il est très-utile au commencement du printemps et à la fin de l'automne, alors que, par l'abaissement de la température, les insectes, jirofondcment engourdis, tiennent avec force aux branches des arbres. Pour emporter les Insectes récoltés, on fait usage de divers usten- siles. Si les Insectes doivent être piqués immédiatement, ce qui a lieu pour ceux dont les ailes sont garnies d'écaillés ou délicates, comme les Lépidoptères, la majeure partie des Névroptères, des Hyménoptères et des I)iptèrcs, on se munit d'une boite de chasse (fig. 10), boite rectangulairi-, de bois léger ou de fer-blanc, à fond doublé de liège ou de moelle d'agave. Nous représentons un bon modèle de boîte de chasse, avec un compar- CHASSE I-T CONSEKVATION. 127 timent séparé, muni de trous à air, et d'un registre pour introduire les insectes sans ouvrir la boîte. Il permet de rapporter à la l'ois des sujets piqués et des insectes ou des larves à l'état vivant, entourés d'iierbe ou de mousse. «JJUÉUJ FiG. 10. ^ Boîte de chasse pour Insectes piqués et Insectes vivants. Le plus souvent les chenilles, les larves, nymphes ou chrysalides qu'on veut emporter vivantes, se placent dans des boites dites à chenilles (tlg. 11), de fer-^blanCj oblongues, percées de trous d'aérage, et ofFraiil FiG. 11. — IJoîte à clienillcs. au cou\ ercle un petit opercule, séparément mobile, par lequel on intro- duit chaque larve isolément. Les herbes, la mousse, placées dans ces boîtes, conservent longtemps leur fraîcheur. Les Coléoptères, les Hémi- ptères, les Orthoptères, se déposent dans des flacons remplis de rognures de papier ou de sciure de bois, avec une substance auesthésique. Les 128 INTRODUCTION. Insectes délicats de ces ordres doivent être ou piqués, ou placés à part, chacun dans un petit tube de verre fermé par un bouchon. Il est très-important, pour le chasseur d'Insectes qui fait des voyages de recherche de plusieurs mois, d'emmener avec lui le moins de bagage possible, surtout quand il doit circuler à pied, le sac au dos. Certains procédés de conservation provisoire permettent de rapporter bien in- tacts un nombre considérable d'Insectes, auxquels on fera subir ensuite à loisir, après le triage, la dernière préparation pour la mise en col- lection. La plus grande partie des Coléoptères, les Orthoptères, les Diptères, Hyménoptères et Névroptères, c'est-à-dire des Insectes à ailes lisses, seront placés chaque soir, au sortir du flacon de chasse à fines rognures de papier, dans de petites boîtes de carton, et en groupant dans la même boîte les sujets de taille analogue. Ces boîtes contiennent de la sciure de bois blanc, non résineux, tamisée et vannée, de moyenne grosseur, très-propre. (Juand on garde trop longtemps les Insectes, sur- fout les Coléoptères et Orthoptères, dans le flacon de chasse, ils s'altè- rent et se corrompent. Il en est dont les couleurs changent : ainsi, dans le flacon benzine, lesNécrophores à belles bandes jaunes ne tardent pas à devenir d'un fauve sale; en outre, le séjour trop prolongé dans la vapeur de chloroforme, et surtout de benzine, rend les Insectes cassants. Si l'on pique les Insectes trop frais en boîte fermée, outre la place énorme qu'exige ce moyen, on les voit moisir et acquérir une odeur infecte. Dans la sciure, ils n'ont pas d'odeur. Pour les Coléoptères à téguments épais et durs comme les Ténébrioniens, et pour les gros Or- thoptères, on les disposera en couches alternes avec de la sciure dans une boîte de fer-blanc, le tout étant imbibé d'alcool, sans que le liquide surnage, et bouché. Les Insectes alcoolisés gardent une odeur particu- lière. Il ne faut pas mettre de Carabes dans cette boîte, car l'alcool frippe leurs antennes. Seuls, certains Coléoptères à enduit {Lixus, etc.), ou à poils très-fins ou à écailles (des Lamellicornes, des Charançons), doivent être piqués dans une boite à fond de liège. Il y a quelques Hy- ménoptères à poils brillants et tous les Lépidoptères qu'on doit mettre isolément en papillotes, celles-ci en boîte avec coton intercalé. Quelques Lépidoptères nocturnes, des Phalénides surtout, à couleur d'un vert frès-lendre, sont altérés au ramollissage, opération qui sera expliquée plus loin. 11 faut étaler les sujets frais, et avoir à cet effet quelques étaloirs fixés à demeure dans une boîte. On y laisse ces Insectes, ou on les place en boîte avec un peu d'ouate divisée sous chacun. Au retour du voyage, tous les Insectes qui doivent avoir les ailes étendues sont soumis au ramollissage. Il faut bien se garder d'exécuter cette opération dans les grandes chaleurs, car les sujets se couvrent de moi- sissures avant même d'être il demi mous. Quant aux Insectes très- petits, ou à duvet cireux, ou à filaments très-déliés, chacun sera mis dans un petit tube de verre, avec de légers brins d'ouate, si les Insectes n'ont pas d'appendices très -grêles. CHASSE ET CONSERVATION. 29 Les épingles dont on se sert pour piquer les Insectes sont habituelle- ment de laiton étamé, parfois d'acier peu trempé. Leur fabrication est spéciale. Celles d'Allemagne sont avec raison les plus estimées. On trouve dans ce pays des épingles dorées, afin de prévenir Taltération par les graisses des Insectes, qui s'acidifient à l'air et forment avec l'oxyde de cuivre un composé vert dont le gonflement fait éclater le corps des petits Insectes. On a aussi imaginé des épingles à deux pointes pour piquer les très-petits Insectes, les Microlépidoptèr(!s surtout, qui se renversent sur le dos dans la main qui les reçoit. Ils s'allèrent souvent en les retournant entre les doigts pour les piquer avec l'épingle ordinaire, et cet inconvénient n'a pas lieu avec l'épingle à deux pointes. Les épingles ont divers numéros correspondant à plusieurs diamètres appropriés aux dimensions variées des Insectes. Pendant la chasse, on doit avoir les épingles fixées dans une pel(jte qu'on porte attachée au cou ou à la boutonnière par un cordon. Le modèle de pelote aplatie que nous figurons est fort commode (fig. 12). Il offre des numéros correspondant à ceux des épingles les plus em- ployées, et, suivant la grosseur de l'Insecte qu'on vient de ré- colter, on trouve ainsi, immé- diatement et sans perdre de temps, l'épingle qui convient. Pour enfoncer les fines épin- gles dans le liège, on les saisit, au-dessous du corps de l'Insecte, près de la pointe, avec une bru- celle à extrémités mousses et cannelées intérieurement. Il y a de très-petits Insectes qui ne peuvent être piqués. On les colle avec un peu de gomme, additionnée de sucre et d'un peu de sublimé corrosif, au sommet d'un étroit morceau de papier coupé en triangle et enfilé à l'épingle. Il est encore préférable de coller l'Insecte sur une paillette de mica, ou sur une très-mince lame de verre portant, fixée sur un bord, une bande de fort papier qu'on perce de l'épingle. Les plus petits Insectes prennent ainsi leur rang dans la collection à la place voulue par la méthode de classification. Dans un excellent travail du docteur Laboulbène (l), nous trouvons des indications nouvelles et très-peu connues en France sur la prépa- ration des très-petits Insectes de tous les ordres. Nous les résumerons au risque de quelques redites. Les jeunes entomologistes dédaiguent ces faibles êtres et ne jelleiif Fig. 12. — Pelote de cliasse. 1) Ann. Soc. entom. de France, 1S6(), p. ."iSl. r.IRARD. 130 INTRODUCTION. pas sur eux leurs regards. Plus tard, plus instruits, ils comprennent que ces animalcules doivent prendre leur place dans la collection, si l'on veut que celle-ci ait une valeur scientilique. Il est peu de familles, en eiïet, qui n'offrent des représentants de très-minime taille, et dont l'absence laisse une lacune fâcheuse dans la série des types spécifiques, peut amener de faux rapprochements ou supprimer des passages. Ou bien ou colle ces petits Insectes, ou bien on les Hxe à des tiges métalliques appropriées. à leur délicatesse. Le mica a eu beaucoup de vogue pour le collage. Il est livré en lamelles minces, carrées, ayatit chacune un petit liséré de papier vert auquel on adapte l'épingle qui doit être piquée dans la boîte ; mais l'Insecte se colle mal, le mica transparent et miroitant ne fait pas ressortir l'Insecte, et permet très-mal l'observation ù. la loupe, soit au- dessus, soit au-dessous. On a préféré de petits rectangles ou de petits triangles de papier blanc, épais, non glacé. On colle plusieurs petits Insectes de la même espèce l'un près de l'autre, l'un montrant le dessus, un autre le dessous, un autre le profil. On choisit plutôt le rectangle, qui permet, sans accident pour l'Insecte, un léger choc ou mèms une chute de l'épingle fixée au papier ; l'Insecte collé à la pointe du triangle est plus visible en dessous et de côté, mais se détache trop aisément. On se sert, pour coller le petit Insecte sur le carton, ou d'une solution dans l'eau de gomme arabique avec le cinquième en poids de sucre candi et quelques centièmes de sublimé corrosif, ou de gélatine liquide à froid. Ces substances ont l'avantage de se ramollir à l'eau et de permettre de décoller l'Insecte. Il n'en est pas de même du vernis de gomme-laque dans l'alcool, que l'on emploie très-souvent pour recoller les appendices détachés des Insectes secs : il se dessèche rapi- dement et ne peut se ramollir. Le mieux, quand on veut bien voir de tous côtés les très-petils In- sectes, est de les adapter à de fins fils métalliques. Cela est surtout nécessaire pour les Insectes poilus ou bien à ailes délicates ou poussié- reuses, comme les Microhyménoptères et Microlépidoptères, car les poils, les écailles ou les ailes s'empâtent et se déforment dans les substances agglutinantes sur carton. Un s'est servi d'épingles entomo- ' logiques très-fines, du n" 0. Elles sont pleines d'inconvénients; surtout avec les Microlépidoptères à corps très -graisseux, comme tous les Insectes dont les larves vivent à l'intérieur des tissus végétaux ; elles donnent un dépôt vert de sels gras euivreux, se dilatant et faisant éclater le petit Insecte, ou le recouvrant au point de le masquer ; en outre, elles sont très-flexibles et vacillantes, et l'on a beaucoup de peine, avec des pinces courbes, à enfoncer ou à retirer du fond de liège de la boîte ces tiges filiformes, sans les tordre ou les plier, au grand préjudice du trébuchant hisecte qu'elles portent ; enfin, elles sont trop grosses pour de minuscules espèces. Les entomologistes lyonnais se servent d'un lil de fer, à la pointe du- CHASSE ET COiNSERVATlON. 131 ([Licl est adapté le petit Insecte. Le fer s'obtient en fil à tous les degrés de lénuilé; mais il se rouille, devient très-cassant et trés-diCficile à faire tenir dans le liège. Le problème a été critin résolu parfaitement par les entomologistes (le l'Allemagne, en fixant les petits Insectes par des iils métalliques courts. On se sert de fils de passementerie qui se vendent enroulés sur bobine de bois. Us sont ou d'argent, et alors un peu mous, ou de cuivre argenté, et ont alors l'inconvénient d'être altérables. Le mieu\ parait être le fil de platine, qu'on prépare de toute grosseur, qui est dur et inaltérable. On coupe sous la loupe fixe un bout de fil d'environ un centimètre par Insecte, en ayant soin de donner le coup de ciseaux •10. 13. — Divers procédés pour piquer les petits insectes : cartons, fils coupés, piquage sous la loupe. Irès-obliquemcnt à l'a.xe du fil, afin d'avoir chaque extrémité très-poin- tue. Le petit Insecte est renversé sur le dos, dans la main ou sur le pa- pier, ou, mieux encore , dans un petit sillon creusé dans un bloc de moelle végétale (fig. 13). On tient le fil bien serré dans une pince, et, sous la loupe à pied, comme celle des horlogers, on enfonce une des pointes entre les pattes. On la fait ressortir par le dos d'environ un millimètre, ou bien, si le dos a des sculptures spécifiques, on ne la laisse pas sorlir. Pour les Microlépidoptères, on étale leurs ailes dans cette position en les appliquant sur la moelle, de chaque côté du sillon, avec de petits car- reaux de verre. Puis on retourne l'Insecte, en saisissant à la pince le bout du fil qui passe entre les pattes; on le pique sur un petit parallé- lipipède de moelle. Celui-ci est ensuite percé avec une épingle de support, comme les petits cartons. L'Insecte se_ voit ainsi très-bien eii dessus et en dessous. Les morceaux de moelle sont pris dans les tiges 132 INTRODUCTION. moyennes du grand Helianthus, ou dans les grosses liges du Solidago virgaiirea, ou enfin dans les tiges de sureau: cette derniùrc OKoelle étant moins blanclie que les précédentes. La figure 14 fera bien com- prendre le mécanisme de la pefilc opération, qui devient facile avec de l'habitude. La manière de piquer les Insectes est loin d'être indifférente. 11 y a des conventions à cet égard entre les entomologistes qu'on est tenu de respecter pour qu'un Insecte puisse être accepté en collection et passer immédiatement d'une col- lection à l'autre. Un Insecte mal piqué doit être ramolli et piqué de nouveau, ce qui expose à des acci- dents et peut le détériorer. Pour les Coléoptères, l'épingle est adaptée vers le haut de l'élylrc FiG. 14. — Microlépidoptère très-gTossi, droite ; les autres Insectes la pré- piqué sur le billot de moelle, le dos sentent traversant le milieu de leur dans la ramure. r~. -, ■ • ■ -, -, thorax. On doit avoir soin de placer tous les Insectes à la môme hau- teur, afin de donner plus d'uniformité au coup d'œil de la collection, et d'éviter lès dépiquages lors des échanges d'une collection à une autre. En général, on étale perpendiculairement au corps les ailes des Insectes, sauf pour les Coléoptères et pour les Hémiptères hétéroptères. Ici encore il est bon de convenir d'une règle commune. Le corps de l'Insecte est disposé dans la rainure médiane de Vétaloir. On nomme ainsi une planchette de bois tendre, sapin ou bois blanc, présentant au milieu une fente longitudinale, variant suivant les largeurs des corps^ et les deux moitiés légèrement déclives vers la rainure. Le fond de celle-ci offre une bande d'agave ou d'aloès pour enfoncer l'épingle. Le corps de l'Insecte doit être entièrement contenu dans la rainure. Les ailes, appuyées sur les planchettes latérales, sont maintenues horizon- tales de chaque côté, au moyen de bandes de papier fixées par des épingles à grosse tête, commode pour appuyer (flg. 15). Certains amateurs anglais se servent, pour disposer les ailes des Insectes, d'étaloirs à plan- chettes convexes et déclives de la rainure, où est le corps de l'Insecte, à l'extérieur, ils donnent ainsi aux ailes une forme bombée en dessus, qui n'est aucunement naturelle. Il en résulte une flexion forcée des nervures ; le principal inconvénient de celle mode, c'est qu'il de- vient ensuite presque impossible, après le ramollissement, de ramener les ailes à la forme plane. Elles tendent au contraire alors à se redresser concaves en dessus, par une flexion inverse des nervures. Pour les petits CHASSli ET CONSERVATION Insectes, à ailes très-délicates, on se sert de lames de cristal bien poli, qui pressent de leur poids sur les ailes et ne peuvent enle- ver les fines écailles que déta- cheraient les aspérités et les pe lits frottements inévitables du papier. Il faut de bons yeux, de l'adresse pour bien étaler. On doit être assis, l'étaloir devant soi, sur une table solidement calée, en franche lumière. Une mince aiguille d'acier, emman- chée dans un porte-aiguille , comme pour les fines dissections, sert à amener les ailes en bonne place, sans aucun repli sous le papier, qui persisterait après leur dessiccation. Afin d'avoir un mode d'étalage uniforme, permettant de transporter les sujets dans toutes les collections, on est dans l'usage de placer l'aile supérieure de telle sorte que son bord inférieur forme un angle droit avec le corps de l'Insecte. L'aile inférieure, si elle existe, est alors ramenée, soit artificiellement, soit par ses attaches naturelles, de ma- nière que son bord supérieur touche, sans être recouvert, le bord inférieur de l'autre aile. De cette façon, aucun détail de forme ou de couleur des deux ailes n'échappera à l'observa- teur. Il faut maintenir les pattes avec des épingles en position naturelle, les empêcher de se relever, de s'intercaler entre les ailes. I,a tète doit être maintenue relevée, ainsi que l'abdomen, afin que ces deux régions soient en ligne droite avec le thorax. On se Ironvcra Irès-bien de l'em- FiG. 15. — Étaloir avec litsecles de divers ordres, bandes de pa^ner ordinaire et de papier vés;(Hal. 134 INTRODUCTION ploi des bandes de papier végétal pour maintenir les ailes, sa transpa- rence permettant de bien voir la position qu'on leur donne. En Angleterre, l'usage a introduit chez les amateurs un mode d'éta- lage très-défectueux. Le corps et les pattes des Insectes portent sur le fond de la boîte, et les ailes, dans les groupes où elles sont étalées, au lieu d'être, avec l'axe du corps, dans un môme plan, sont un peu incli- nées en toit, dotit le corps forme l'arête saillante, et leurs bords tou- chent le plan déposition. De«cette manière il est fort difficile de ne pas briser quelque membre quand on enlève ou quand on replace l'In- secte ; et, de plus, on ne voit que fort difficilement les ravages des Der- mestides ou des Teignes, la poussière causée par les larves dévastatrices étant cachée par le corps et les ailes de l'Insecte. Toutefois, comme il faut respecter les habitudes de chacun, nous engagerons à préparer à Vanglaise les Insectes qu'on voudra échanger avec les collectionneurs des îles Britanniques. Il arrive souvent que des Insectes, provenant de localités éloignées, nous parviennent non étalés et secs, soit déjà piqués, soit plies dans une papillote, soit même entre les feuillets d'un livre. Pour les mettre en collection, il faut commencer par les ramollir. On les place à cet effet sur du sable mouillé, recouvert d'une cloche dont l'air se sature d'hu- midité. Quand les articulations de l'Insecte sont devenues flexibles, il est porté à l'étaloir. Si quelques parcelles de moisissure se sont déve- loppées, on a soin de les enlever au moyen d'un pinceau imprégné d'alcool concentré. Il y a certains Insectes lépidoptères, à couleur d'un vert tendre, qui sont altérés dans leur teinte par l'action de la vapeur d'eau du ramollissoir. Il est indispensable, pour ces quelques espèces, de faire l'étalage sur le frais, ainsi que nous l'avons déjà dit. Les Insectes doivent rester à l'étaloir pendant un temps variable. Pour ceux dont le corps est volumineux, deux à trois semaines passées dans une armoire sèche ne sont pas une trop longue durée, si l'on veut que les ailes ne flé- chissent pas lorsque l'Insecte sera placé en collection. Quand les In- sectes étalés proviennent de sujets secs soumis au ramollissement, leur nouvelle dessiccation est prompte, et une semaine suffit amplement à leur séjour sur l'étaloir. Comme nous l'avons déjà dit, il ne faut pas mettre les Insectes au ramollissoir dans les grandes chaleurs, car ils moisissent. Il existe pour certains Insectes, principalement pour les mâles de di- vers genres de Lépidoptères, une propriété très-fâcheuse. La graisse contenue- dans le corps gagne peu à peu la surface des anneaux du corps et celle des ailes, et toutes les couleurs sont altérées de la ma- nière la plus grave. Cet elfet est-impossible à éviter pour les espèces dont la chenille vit cachée dans rintérieur des tiges ou de diverses substances. Le moyen de rétablir les couleurs d'un Insecte tourné au gras est le suivant : on le pl^ce sur un lit de terre de Sommières, finement pulvérisée, après l'avoir mouillé de benzine, et l'on met au-dessus une CHASSE ET CONSERVATION. 135 couche légère de cette mOme terre; au bout de deux à trois jours toute la graisse est absorbée et l'Insecte a repris son éclat naturel. Mais mal- heureusement il arrive presque toujours qu'il se graisse de nouveau au bout d'un certain temps. Quelques amateurs vident par-dessous l'abdo- men des Insectes ainsi chargés de graisse, et introduisent à la place des organes retirés du coton imprégné de savon arsenical. La substance in- troduite ainsi absorbe le peu de graisse qui reste, et le poison sert en outre de préservatif contre les Insectes destructeurs. Seulement celle opération est assez délicate et exige des sujets d'une taille suflisam- ment grande. Quand les Insectes sont secs, on est exposé fréquemment à leur casser, en les maniant, quelque appendice, aile, patte ou antenne. On les recolle fa- cilement en saisissant l'organe tombé avec une petite pince, et déposant, au point où l'on doit le rajuster, avec une pointe ou un fin pinceau, un globule de gomme laque dissoute dans l'alcool ou de colle forte liquide. Très-souvent on se contente de gomme arabique en sirop très-concentré dans l'eau ; mais elle a peu de ténacité et se moisit très-facilement. On emploie pour les collections des cadres vitrés ou des boîtes de carton rectangulaires, dont le fond est formé d'une planche de liège ou d'aloôs recouverte de papier blanc ; ils doivent avoir une épaisseur pro- portionnée à la longueur des épingles entomologiques. On construit maintenant des boîtes de carton à gorge garnie à l'intérieur de velours de coton, de manière à donner par pression une fermeture très-hermé- tique contre les Insectes destructeurs. On range les Insectes en lignes parallèles, en intercalant les étiquettes. Un très-bon système, qui per- met d'examiner les dessus et les dessous des sujets, sans avoir besoin d'ouvrir le cadre et de dépiquer, est celui adopté par beaucoup d'ama- teurs en Allemagne, cette terre classique de l'entomologie. Les cadres ont le fond vitré comme le dessus, les épingles sont adaptées sur des minces bandes de liège ou d'aloès. Il est très-bon d'écrire sur les étiquettes, outre les noms générique et spécifique, l'indication de variété ou d'aberration, et la localité, si intéressante pour la distribution géographique des Insectes. La couleur du fond des étiquettes peut servir à désigner de grands centres géogra- phiques, ou bien celle des paillettes, portant en dessous un numéro de catalogue, enfilées cà l'épingle. Ainsi , dans la collection du Muséum, la couleur blanche désigne l'Kurope, la couleur jaune l'Asie et les îles Sondaïques, la couleur bleue l'Afrique, verte l'Amérique et rose l'Aus- tralie. Le même procédé sera avantageux pour les collections d'un pays , ainsi la France, en désignant les bassins géographiques par des couleurs de convention distinctes. On peut encore, sous un autre point de vue, marquer les espèces de montagnes, ou celles de plaines, de bois, de marécages, etc. La différence de couleur donne une première impres- sion générale pour la répartition géographique et l'habitat des espèces de chaque genre ; mais il est bon, en outre, d'inscrire ces notions sur 136 INTRODUCTION. l'étiquette. L'étiquetage exact est dune haute importance pour les col- lections, et augmente ainsi singulièrement leur valeur. La classification d'une collection est subordonnée, pour le détail, aux divers points de vue de Taniateur, et les modèles d'étiquette varient en conséquence. Pour éviter de fastidieuses répétitions d'écritures, on indique par une seule étiquette générale l'ordre et le sous-ordre, s'il y a lieu, la i'amille, la tribu, la division, avec le nom d'auteur à côté. Le mieux est de se servir des noms latins. Ainsi : 0. Lepidoptera, L??i7i. 1 s.o. Aclialiiioptera, BlancJi. Rhopalocera, Dum. F. Ericinii, Blondi. T. Lycenitœ, Du}>. 0. C.oleoptera, Liini. F. Carabici, Lair. T. Truncatipennes, Latr D. Mormolycidœ, Destn. On peut subdiviser ces étiquettes générales. Les sujets séparés doivent avoir une étiquette contenant le nom de genre et celui d'espèce. 11 est bon d'indiquer aussi la variété et l'aberration, avec la localité spéciale, s'il y a lieu. Dans les collections de tous pays on désigne seulement la partie du monde. 11 est bien entendu que le nom de genre peut n'être écrit qu'une fois en tète de la série des espèces. Exemples : G. Osmylus, Latr. S. maculatus, Fahr Europe. G. Argynnis, Fabr, S. Paphia, Linn. V.Q Yalesina, Esp. Europe. G. Polyommatus, Latr. S. Virgaureœ, Linn. V. Zermattensis, Fallon. Europe, haut Valais. G. Vanessa, Fabr. S. Polychloros, Lint Ab. Tesludo, Esp. Europe. G. Nymphes, Leacli. S. Myrmeleoiiides, Leach. Australie . Dans une collection locale, de France, par exemple, il est bon d'indi- quer l'Iialjital d'une l'açon spéciale, et la localité, quand l'espèce ne se CHASSE ET CONSERVATION. 137 trouve que dans certains endroits autour d'un grand centre, comme Paris. On sépare habituellement les espèces en totales, habitant toute la France, et partielles, les unes du nord et du centre, car il y a peu de distinction nette sous ce rapport ; les autres de la France méridionale, dont la faune appartient en partie au bassin méditerranéen. 11 y a des espèces à stations spéciales, altitudes diverses, marais, garrigues du Midi, landes, dunes, etc._, et ces remarques peuvent être inscrites sur les étiquettes des collections restreintes. Exemples : G. Polyommatus, Latr. S. Chryseis, Fabr. Pierrefonds, étangs de Saint- Pien-e, prairies humides. '(i. Satyrus, Latf. S. Hero, Li/i/i. Environs de Paris, forêt d'.Vi mainvilliers. G. Cliionobas, Boisd. S. Aello, Esp. Alpes, hauts sommets, régions des neises. G. Hesperia, lioiid. S. Acteon, Esp. Environs de Paris, plateaux secs de Lardy et Poquency. G. Melolontha, Lin//. S. Fullo, Li/m. Cotes de l'Océan et de la Mé- dilerranée, dunes. G. Anthocharis, lioisd. S. Eupheno, Li/i/i. Provence, champs, garrigues. G Erebia, lioisrl. S. Médusa, Fabr. Vosges, bo is élevés. G Leucania , Oc/is, S. pallens. Liitn. Environs de Paris, marécages a Carex, (r Carabus, / inn. S splendens, Pyrénées. Fabr. G. Scarites, Fabr. S. Pyracmon, linssi. Côtes sablonneuses de la Mé- diterranée. (.'. Termes, Linn. S. lucifugum, Rossi. Laudes, souches de pins. G. Osmylus, Latr. S. maculatus, L'abr. Toute la France, bord des eaux. 138 INTRODUCTION. Il esl intéressant de l'aire des collections an point de vue pratique, en divisant les Insecles en utiles et en nuisibles. Dans ce cas, les étiquettes peuvent porter une courte phrase désignant remploi de ces Insectes, leurs avantages ou leurs dégâts, les principaux végétaux qui souffrent de leurs ravages, les matières qu'ils attaquent. Ainsi : G. Mylabris, Fabr. S. Cicliorii, Lifin. Se récolte sur les fleurs des Composées. — Vésicant des anciens. — S'emploie encore comme tel en Orient, en Chine. G. Dermestes, Linn. S. lardarius, U>in. Attaque Je lard, la corne, l'écaille, les peaux desséchées, toutes les matières animales sèches. Phylloperlha, Kirby. horticola, Linn. En Insecte parfait, dévore les feuilles et quelquefois les fleurs des arbres fruitiers. G. Apate, Fabr. S. niuricata, Fabr. Fait beaucoup de tort aux vignes en perçant longitudina- lement les sarments. G. Agapanthia, Serv. S. marginella, Fahr. Attaque les blés en fleur, leurs larves perçant les tiges et ne lais- sant intact que l'épiderme, creu- sant les nœuds et se logeant dans le bas pour l'hiver, ayant commis ces ravaares. G. Homalota, Mann. S. cœlata, Fr. Vit aux dépens des larves des Bostriches du Pin. G. Drilus, OUv. S. flavescens, Fahr. Détruit en grand nombre les hélices ou limaçons de nos jardins. Corynetes, Herbst. cœruleus, De G. Vit dans les maisons aux dépens dos larves d'Anobium qui perforent les bois de ser- vice. (Juand on possède plusieurs Insecles de la même espèce, on doit avoir soin de mettre des éciiantillons des deux sexes dans un ordre convenu. CHASSE i:t conservation. 139 Une ôtiquotle ou une paillette peut porter l'iiulicatiôn sexuelle, qui est (f pour les mâles, Ç pour les femelles, et '^ pour les neutres on femelles à organes génitaux avortés. Les signes du sexe mille et du sexe femelle sont les signes astronomiques des planètes Mars et Véiuis. U est bon aussi d'en placer retournés, afin de montrer le dessous des ailes, et aussi cer- tains à ailes couchées, comme elles le sont au repos naturel; car c'est là très-souvent un caractère de genre ou d'espèce. Les variétés et les aber- rations se rangent après les types, en ayant soin d'intercaler les formes de passage. Comme les caractères d'espèce permettent une variation limitée, on est souvent amené ainsi à avoir un grand nombre de sujets d'une même espèce; c'est un inconvénient inévitable, dû à la nature même. C'est, au reste, un attrait de plus pour la véritable observation de la création, et la comparaison d'un grand nombre de sujets est indispen- sable pour une connaissance philosophique de la valeur des parties décrites dans les auteurs. Les caractères môme légers, qui demeiircnl constants dans toute la série des formes spécifiques, prennent une im- portance capitale, et les bonnes classifications exigent d'une manière impérieuse l'examen d'un grand nombre d'individus : c'est ce que comprennent parfaitement aujourd'hui tous les amateurs intelligents. Un avis des plus utiles aux personnes qui veulent commencer une collection, c'est de se procurer à l'avance le nombre de tiroirs ou de boîtes nécessaires, et d'y inscrire immédiatement à leur place les éti- quettes des espèces destinées à y entrer un jour ou l'autre, en se servant des catalogues appropriés au genre de collection qu'on veut faire. Des, vides attendent les Insectes futurs ; on n'a plus qu'à les placer à me- sure qu'on se les procure. Ce petit détail est beaucoup plus important qu'on ne le croirait au premier abord. Les amateurs encore no\ ices ne sauraient se faire une idée de la perte de temps immense qu'e.vigent les reclassements, quand de nouveaux Insectes sont acquis, sans parler des accidents inévitables dans de continuels dépiquages. Une recommandation très-importante pour la construction des tiroirs ou boîtes est celle d'une fermeture aussi exacte que possible , afin de conserver longtemps des vapeurs des substances préservatrices. 11 est indispensable de se servir de ces corps volatils pour détruire et éloigner les Insectes destructeurs. La plupart, surtout les Psoques (Névroptères), sont très-petits et parviennent toujours à s'insinuer dans les interstices des boîtes. Une collection négligée est leur proie inévitable an bout d'un certain temps. Nous devons d'abord faire remarquer que tous ces Insectes destructeurs, pareils d'habitude aux Teignes de nos vêlements et de nos fourrures, aiment le repos et l'obscurité. De même qu'on pré- serve les étoffes en les dépliant, les ballant, les exposant à l'air, de même la visite fréquente des boîtes, ouvertes et remuées, oblige les larves entomophages à quitter les corps qu'elles rongent et où les amis étaient déposés. Lors même que l'observateur ne les verrait pas, elles sont inaptes à regagner leur abri, et menrenl faute de nourriture. I u UiO INTRODUCTION. certain nombre de substances sont aussi d'un emploi plus ou moins ef- ficace contre les Insectes destructeurs. On recommandait beaucoup au- trefois des plantes odorantes : la lavande, la menthe, etc. ; leur effet est à peu prt!s nul. La poudre de pyrèthre serait peut-être avantageuse dans certains cas ; c'est elle qui forme la poudre insecticide contre les Puces et les Punaises. Le camphre n'a qu'une action médiocre. On doit rejeter l'acide sulfureux (soufre brûlé), qui altère les couleurs. L'es- sence de serpolet peut s'employer contre les Teignes, ainsi qu'on le fait pour préserver les collections d'oiseaux. Les matières préférées sont la benzine et le sulfure de carbone, dont l'effet toxique est énergique sur les Insectes. Il faut remarquer toutefois que les œufs des espèces dévas- tatrices ne sont pas tués par les vapeurs de ces corps, et que leur volatilité même les fait disparaître assez promplement des boîtes; de sorte qu'il faut les renouveler assez fréquemment. Le sulfure de car- bone est trop volatil, trop promptement épuisé. En outre, il est assez funeste de le respirer trop longtemps, et il peut former avec l'air des boîtes de dangereux mélanges explosifs, exposant à des incendies (1). La benzine vaut donc mieux, quoiqu'elle puisse aussi donner des mé- langes combustibles. On a beaucoup recommandé dans ces derniers temps l'acide phénique, d'odeur très-pénétrante, moins volatil, ne for- mant pas de mélanges dangereux. Autrefois on se servait, pour tuer les larves qui dévorent les collections , du nécrentome, sorte de caisse mé- iallique où l'on plaçait la boîte, et dans laquelle on maintenait quelque temps l'air à la température de l'eau bouillante et même plus. (Ict écbauffement prolongé , renouvelé plusieurs fois , rendait cassant' les Insectes desséchés de la collection , et même agissait sur les couleurs délicates. On peut, si l'on veut préserver sans danger un grand nombre de boîtes à la fois, les disposer dans une caisse ou armoire, herméti- quement close par des feuilles de tôle ou de zinc à l'intérieur, placée dans un lieu isolé, et dans laquelle on mettra du sulfure de carbone dont la vapeur très-sublile pénètre à travers les joints. On recommence de temps à autre. Il faut remarquer, dans le cas où l'on se sert du sul- fure de carbone comme préservatif, qu'il est nécessaire de rejeter les étiquettes glacées à la céruse, car elles ne tarderaient pas à noircir par formation de sulfure de plomb. Les Insectes destructeurs, tels que les Anthrènes, les Tyroglyphes (Aca- riens), les larves de Psoques, font le désespoir des amateurs. Ce sont surtout les espèces à corps mou et les succulents Orthoptères qui s'of- frent aux ravages. On a essayé de tremper les Insectes précieux dans des solutions vénéneuses qui les mettent à l'abri de toute atteinte. Ce sont surtout les types de description qu'il est nécessaire de préserver ainsi, car ils seront souvent demandés dans les travaux postérieurs, pour servir de comparaison et de points de reconnaissance, et éviter la créa- (1) .4nn. Soc. ciiloni. 'le France, 18(11, p. fi'io. CHASSK LT CONSERVATION. Ul (ion do fausses espèces ; on est toujours enclin ù croire i)on\eau ce qu'on ne connaît pas. On a essayé de tremper les Insectes frais ou anciens, nniais alors préalablement ramollis dans une solution d'acide arsénieux, dans l'al- cool. L'Jn. Les Lépidoptères sont d'un plus grand intérêt pour la plupart des amateurs que les trois ordres précédents. La richesse de leurs couleurs, l'attrait deleurs formes gracieuses, expliquent la faveurdoni ils jouissent auprès des entomologistes, et qu'ils partagent avec les Coléoptères. On doit ajouter à leur histoire un chapitre tout si)écial à cfl ordre, la ré- \5h INTRODUCTION. coite et l'éducation des chenilles. Ce n'est que d'une manitre trôs-excep- tio[inelle qu'on s'occupe des larves des autres ordres. Celles des Coléo- ptères ne pouvant pas, à moins des plus minutieuses précautions, Otre conservées en captivité, sont négligées. Il en est tout autrement des chenilles. Elles offrent le seul moyen d'obtenir, à l'état de complète fraîcheur, beaucoup d'espèces de Papillons nocturnes qu'on trouve très- difticilement à l'état adulte, et dont le vol ternit très-promptement l'éclat. On reconnaît que les plantes ont été mangées par des chenilles quand on voit les feuilles attaquées par les bords, à l'exception toutefois des très-peliles espèces, qui minent le parenchyme : ceci explique pourquoi il est bon, à l'instar des éducateurs de Vers à soie, de hacher les feuilles qu'on donne à manger aux jeunes chenilles, afin de créer des bords artificiels. Au contraire, les feuilles trouées dans l'intérieur du limbe indiquent des Coléoptères ou des Limaces et Hélices. Il est utile de re- marquer si les bords rongés sont frais ou desséchés; dans ce dernier cas, la chenille peut s'être éloignée ou avoir subi sa transformation. Dans le commencement du printemps, avant l'apparition des feuilles des arbres, on doit passer au parapluie ou au filet à larges mailles les feuilles sèches ramassées dans le voisinage des plantes basses. Dès le mois de mai, on secoue les branches des arbres au-dessus de la nappe, principalement celles du Bouleau et du Peuplier. Le Châtaignier est au contraire l'arbre le plus pauvre en chenilles. On doit avoir soin de visiter les lichens des arbres et des murs, les palissades, les interstices des écorces (chenilles des Bryophiles, des Psychides à fourreaux ru- gueux) ; les chatons des Amentacées , les siliques des Crucifères, les gousses des Légumineuses, les capsules des Caryophyllées, les tiges flétries des Roseaux et des Typha, les branches et les troncs des arbres perforés par les espèces à chenilles lignivores, les fruits \éreux (che- nilles de Carpocapses), etc. La recherche des chenilles par battage des arbres se continue jusqu'à la fin d'octobre ; enfin, au mois de novembre, on reprend l'exploration des feuilles sèches, où s'engourdissent les chenilles qui doivent passer l'hiver. Les fortes gelées et les neiges met- tent seules fin aux recherches, les chenilles se cachant alors profon- dément. Pour élever les chenilles, on les place dans des pots de terre conte- nant au fond de la terre fine, comme celle des taupinières par exemple. On la maintient légèrement humide ; elle sert à. recevoir beaucoup de chrysalides. Le pot est recouvert, soit d'une gaze, soit d'un couvre-plat de fils métalliques (fig. 18 et 19). On y place les feuilles convenables, (ui ayant soin de les renouveler souvent. On peut même conserver dans la terre du pot une plante avec sa racine, ou inlruduire au centre un petit flacon plein d'eau où plongeront les rameaux. Il esl bon de disposer les pots sous un hangar ou dans un grenier bien aéré. T/éducation en plein air donne d'excellenis résultats. On p(Mit mettre les petites chenilles CHASSIi !iT CONSERVATION. 455 sur une branche d'arbre dans un jardin, et l'entourer d'un manchon de tiaze serré aux deux extrémités de la branche. H ne faut jamais mettre daus le même pot beaucoup de cheuilles à la fois; leurs excréments et les cadavres de celles qui meurent viciont l'air, et il en est qui dé- vorent les autres. Il est très-bou, surtout dans les temps secs, de mouiller l('t,vrcm('ut les feuilles à l'airosuir, car les chenilles ])oivcnt avec [il.uMr. M £■.■ 'vn 1*"|G. 18. — Pot à chenilles recouvert d'un treillis métallique. FiG. l!t. — Pot à chenilles avec rameau plongé dans l'eau et armature de fils de fer recouverte de gaze. I.'éducation des chenilles captives de tous les groupes, surtout des espèces de montagnes humides et aussi des très-petites chenilles fai- blement mandibulées, est aidée singulièrement par une excellente pratique que les amateurs doivent ù M. Fallou. 11 a eu l'idée d'utiliser rap})areil pulrérisatear de Richardson, perfectionné par G. Fallou, et destiné à produire une impalpable pluie d'éther pour les anesthésies locales. Cet appareil, employé avec l'eau, cou\re les plantes qui nour- rissent les chenilles d'une rosée analogue à celle de la nature, laissant autour des Insectes un air très-humide. De cette manière aussi les chrysalides ne se sèchent pas et les adultes éclosent bien. De même, dans ses tentatives pour acclimater les espèces de Bombycides produc- teurs de soie lAltacus Cynthia rera, Arrindia, Ya-ma-muï), M. (Jiiériu- .Ménc\illi' a\ait constaté l'excellent effet sur les chenilles de l'eau in- jectée en très-fines gouttelettes au moyen d'un i-ouflleL 11 faut é\il{!r de toucher les chenilles avec les doigts, surtout quand elles soni ji'unes, le moindre conlacl élanl capable de les blesser. On 156 1 INTRODUCTION. les soulève avec les barbes dune plume, ou mieux avec les feuilles sur lesquelles elles se posent. On doit examiner à la loupe si la che- nille n'a pas subi de piqûres d'ichneumons, ou si des œufs de Di- ptc'-res ne sont pas collés sur sa peau. Dans ce dernier cas , s'ils ne sont pas éclos, on peut les enlever avec un pinceau; mais on sera toujours dans le doute que quelque œuf n'ait été oublié. Certaines chenilles pol- lues peuvent, au moment des mues , causer une légère urticalion en perdant leurs poils, qui entrent dans la peau. On doit alors ne pas les manier. Ce sont là les prétendues chenilles venimeuses dont parlent beaucoup de personnes. Il faut ouvrir avec précaution les nids des Pro- cessionnaires du Chêne et du Pin, remplis de ces poils ; ils voltigent et produisent des rougeurs sur les parties délicates de la peau des per- sonnes qui pénètrent dans les fourrés des bois, dans les années où ces chenilles abondent. On a, du reste, singulièrement exagéré ces dan- gers, et ce sont sur des sujets d'une constitution vraiment exception- nelle qu'on a vu, dit-on, ces urtications produire la fièvre. Il est nécessaire de donner quelques indications succinctes sur la re- cherche et l'éducation des chenilles de ces petites espèces que les ama- teurs réunissent sous le nom de Microlépidoptères, à cause de leurs faibles dimensions, bien qu'il y ait quelques exceptions sous ce rapport (exemple : Halias quercana, Galleria cerella, etc.). Ces chenilles se trou- vent rarement à découvert, car les unes minent le parenchyme dos feuilles, d'autres vivent dans l'intérieur des tiges, d'autres roulent une feuille en cornet ou en réunissent plusieurs ensemble. Aux mois de fé- vrier et de mars, on recherchera dans les feuilles sèches, soit tombées sur le sol, soit adhérentes aux plantes, les chenilles, ou plutôt les chry- salides, dont on n'aura plus qu'à attendre l'éclosion. On doit aussi visiter le bois pourri, les écorces, et les bolets, qui nourrissent plusieurs Tinéites. A partir de l'apparition des feuilles, on examinera avec soin les feuilles qui présentent des enroulements ou des taches. On recueillera plus facilement encore les petites chenilles à fourreaux, parce qu'elles se montrent à l'extérieur des feuilles, qu'elles mangent très-générale- ment par dessous. On en trouve aussi sur les palissades, les lichens des écorces. La plupart sont à fourreaux lisses, ce qui les distingue des chenilles de Psychides ; quelques-unes ont des fourreaux de pellicules élagées de cellulose (genre Coleophora, Teignes à falbalas de Réaumur). Pour élever ces petites chenilles, il faut distinguer deux cas. Celles qui minent ou roulent les feuilles ne peuvent pas quitter les feuilles où on les rencontre, et meurent si elles se dessèchent avant leur métamorphose, il faut donc que celles-ci conservent leur fraîcheur le plus longtemps possible. Comme très -peu d'air suffit à ces petites chenilles, on renferme les feuilles ou tiges dans des boîtes de fer-blanc bien closes et contenant au fond delà terre. Les chrysalides se forment en terre pour certaines espèces; pour d'autres, restent dans la fenille minée, ou se placent entre les feuilles sèclies, soit nues, soit enlourées CIIASSU: ET CONSKUVATION. 157 de cocons. Il laut éviter avec soin la moisissure des feuilles ainsi ren- fermées. Les chenilles à fourreaux ont besoin d'air et s'élèvent en pots suus la gaze ou le treillis métallique, en maintenant frais les végétaux qu'on leur donne. Si elles doivent passer l'hiver, il faut mettre les pots où on les garde dans un jardin, à l'air libre et humide du dehors, car ces très-petites chenilles se dessèchent et meurent presque toujcjurs si on les garde dans les appartements. Pour mettre les chenilles en collection, le moyen le plus simple; est l'emploi de liquides préservateurs, soit l'alcool affaibli, de ^0 ù T2 degrés U.iumé, soit les diverses liqueurs servant à conserver les préparations anutomiques, et que fournit le commerce. On commence par laisser séjourner la chenille pendant quelques heures dans l'alcool, atln qu'elle se débarrasse de diverses déjections qui troubleraient le liquide. Toutes ces substances ti Dissent par altérer et détruire les couleurs de la che- nille, en même temps qu'à l'inverse le liquide se colore. Dans une seconde méthode, on vide la chenille et on lui enfonce dans le corps de l'alun calciné mêlé à du coton haché, ou l'on y injecte de la cire- fondue au moyen d'une petite seringue à injection. On peut aussi maintenir la cire fondue dans un bain d'eau chaude, et la faire passer dans la peau de la chenille vidée au moyen d'une petite ampoule de caoutchouc pleine d'air qu'on presse entre les doigts, et de tubes de verre ou de fétus de paille convenablement ajustés. Ces préparations à la cire sont difficiles et déforment beaucoup les sujets, si l'on n'eu a pas une grande habitude. Il est bon de repeindre la che- nille à l'extérieur pour les parties ornées sur le vivant de couleurs vives. Les amateurs adroits préfèrent l'insufflation des chenilles. Pour cela, on incise d'un coup de ciseau l'extrémité de l'abdomen, et, en pressant légèrement avec les doigts, on fait sortir les viscères, muscles et autres matières molles de l'intérieur. On introduit alors un fétu de paille dans l'ouverture, ou le bec d'un chalumeau, en faisant avec un fil une liga- ture qui maintient la peau de la chenille. On la porte ensuite au feu. Pour cela, on introduit la chenille dans un appareil chauffé à l'esprit- de-vin ou au moyen d'un réchaud de charbon de bois, appareil qui varie selon les opérateurs. Pour les uns, c'est un entonnoir de fer-blanc renversé; pour d'autres, c'est une boîte carrée de métal, ou une simple plaque; on peut employer, si l'on veut, un court tuyau de tùle posé horizontalement sur le support qui surmonte la lampe à alcool. On souffle doucement en roulant dans l'air chaud la chenille, de manière qu'elle sèche également de tous côtés. Tant que la clie- nille est dans l'air chaud, il ne faut pas cesser de souffler. On la retire quand elle est gonflée et sans humidité. On la pique avec une épingle, ou on la colle sur une carte. On peut aussi passer à l'intérieur un mor- ceau de paille. On comprend qu'une pratique soutenue doit faciliter la réussite de celle pelile opération. Il faut choisir pour les cheuilles poilues le moment qui suit la mue; sans cola, les poils se délachenl du l58 INTRODUCTION. corps lorsqu'on les \ide. Les chenilles soufflées doivent êlre tenues à l'abri de l'humidité. Un amateur instruit et artiste habile, M. Goossens, a ajouté à ce procédé d'importants perfectionnements, il fait remarquer que ces chenilles soufflées conservent leur aspect naturel si elles sont grises , brunes, noires ou fortement poilues, il en est tout aulrement pour les chenilles vertes, ou jaunes, ou incolores. En vidant une chenille vert-pomme, on voit déjà la peau se décolorer et devenir d'un jaune sale ; puis , à me- sure qu'on la desséche en la soufflant dans l'appareil, la peau passe du jaune au brun clair et souvent au brun foncé, il reste sans doute la forme et la taille, mais le sujet devient méconnaissable, surtout dans les petites espèces de Phalénites et dans les Microlépidnptères, où il y a souvent si peu de différence entre les chenilles de pkisieurs espèces voisines. On essayerait en vain d'injecter à l'intérieur de la chenille de la cire colorée : tantôt la peau n'est pas transparente et ne laisse pas voir la couleur interne ; tantôt la couleur, au contraire, lient à la surface exté- rieure de la peau ; enfin, ce moyen est inexécutable pour les petites espèces. Il faut peindre ces chenilles soufflées à l'extérieur. Les couleurs à l'eau ne prennent pas sur la peau grasse, et celle-ci est trop fra- gile pour qu'on puisse la dégraisser à la craie ou au savon. M. Goossens recommande de délayer la couleur en poudre dans de l'essence de térébenthine, d'essayer la teinte sur une palette ou sur une assiette, puis de peindre le corps de la chenille soufflée. La couleur à l'essence prend parfaitement sur la peau de la chenille. Cette méthode s'applique aux chenilles décolorées des Sésies, aux larves de Coléoptères, etc. iilUe est donc importante par sa généralité. La peinture, très-aisée^ se résume le plus souvent en une teinte plate. On fait sécher un moment la larve dans l'appareil décrit plus haut, maisalois lus couleurs deviennent mates. Pour leur donner l'aspect ci- reux propre aux chenilles vivantes, M. (ioosseus les plonge un instant dans de la cire vierge fondue, éclaircie d'un peu d'essence de térében- thine. En retirant tout de suite la chenille peinte, elle n'a qu'un léger glacis de cire.. On peut ajouter à la cire un peu d'acide arsénieux, qui 8er\ira de préservatif. Ce procédé de peinture des chenilles et des larves soufflées, que chacun peut perfectionner par la pratique, et au- quel le goût artistique n'est pas étranger, permettra de faire des col- lections de chenilles et de larves avec autant de plaisir qu'on fait ha- bituellement des collections d'Insectes parfaits. De beaux exemplaires, bien réussis, de ces chenilles soufflées et peintes de leurs teintes natu- relles, ont été présentés par M. Goossens à l'examen des membres de la Société enlomologiquede l'"rance, dans sa séance du 27 septembre 1865, et ont été soumis au public en 1868, au palais de l'industrie, à Paris, à l'exposition des Insectes, La recherche des chrysalides comprend deux cas; il 'm est qui res- CHASSE i;t CONSKhVATION. iSO lent à l'air, soit suspendues de diverses manières, soit dans des cocons. Il y a peu de cliances de les rencontrer, parce que les chenilles en général cachent le lieu de leur retraite. Cependant on devra visiter le dessous des chaperons des murs des jardins et vergers, les palis- sades, les trous des arbres, soulever les écorces crevassées. Certaines espèces appliquent leurs coques très-dures contre le tronc des arbres ou ta leur base. Les chrysalides qui se mettent naturellement en terre sont plus aisées à rencontrer. On les déterre au moyen d'une petite pioche ou déplantoir des botanisies, ou avec l'écorroir. On fouille au pied des arbres isolés, en ayant soin de remarquer si la terre n'est pas trop dure, car dans ce dernier cas les chenilles n'ont pu y pénétrer. 11 est inutile de fouiller au pied des arbres placés au centre des taillis, où l'air et la lumière pénètrent peu, caries chenilles ne s'y placent pas pour se métamorphoser. On doit éparpiller la terre enlevée au pied des arbres, afin d'aperce\oir les chrysalides qu'elle renferme. Il faut aussi chercher sous la mousse qui recouvre les racines et le bas du tronc des arbres. Les mois de septembre et d'octobre sont de bonnes époques pour récolter les chrysalides en terre ; on fera bien aussi de se livrer à. cette opération aux mois de février et de mars, après les fortes gelées de dé- cembre et de jan\ier. On sera moins exposé à voir les chrysalides se sécher. On doit soupeser à la main les chrysalides, afin de n'emporter que celles qui sont pleines et en vie latente. On comprend qije celles qui ont résisté aux gelées ont plus de chance d'éclosion. Il ne faut pas s'écarter beaucoup du pied des arbres. 11 est bon de suivre les cultiva- teurs qui arrachent certaines plantes en terre, comme les pommes de terre, les topinambours, les betteraves, etc., ou les paysans qui déra- cinent les bruyères dans les bois. On trouve des chrysalides de certaines espèces dans ces terres remuées. Les chrysalides et les cocons qu'on re- cueille doivent être placés dans une boîte à trous d'aérage, et entourés de mousse. On met les chrysalides dont on veut obtenir les papillons dans une chambre aérée ou sous un hangar, à l'abri des rayons du soleil. Si les chrysalides appartiennent aux espèces qui entrent en terre, on aura soin de les enfoncera demi dans la terre fine de bruyère ou autre, en mettant en l'air la portion céphalique, afin que le papillon sorte plus aisément. On aura soin d'humecler la terre de temps à autre, ou la sciure de bois où l'on place les chrysalides de Sésies. On peut les recouvrir d'un peu de mousse. Il est bon aussi de mouiller les chrysa- lides nues et l'intérieur des boîtes ou pots où sont les cocons. L'évapo- ration fait périr beaucoup de chrysalides dans les jours chauds, en même temps qu'elle abaisse souvent la température de leur surface au- dessous de celle de l'air environnant. Quand on envoie les chrysalides d'un pays à l'autre, il faut les emballer, sans les presser, dans de la mousse, et avoir soin que de nombreux trous laissent passer l'air dans les boîtes, car les chrysalides respirent. C'est pour avoir négligé cette précaution que des cocons d'espèces productrices de soie, venus de 160 INTRODUCTION. Chine dans des caisses complètement closes, ont été trouvés à l'arrivée remplis de chrysalides mortes et pourries. Pour conserver les chrysalides en collection, il faut les faire périr par la chaleur, et les piquer quand elles sont sèches. On peut aussi les mettre dans l'alcool affaibli. Ce dernier moyen est le seul qui laisse subsister les taches dorées ou argentées de certaines chrysalides de Diurnes, lâches qui sont dues à l'air intercalé sous un mince tégument, et qui disparaissent quand les chrysalides sont mortes et desséchées. I,a chasse des Lépiduplères adultes se fait au filet. On tue immédiate- ment les Diurnes et les Phalénides de taille un peu forte en les pres- sait entre les doigis sous le thorax. Pour toutes les petites espèces, qui seraient altérées par ce moyen, il faut se contenter de les étourdir dans le flacon à chloroforme ou à cyanure de potassium, puis les pi- quer, et compléter ensuite l'asphyxie, s'il en est besoin, au moyen d'une substance anesthésique placée dans la boite. Pour les Nocturnes et cer- taines Phalénides à duvet, la pression des doigis altérerait le thoiax et le dénuderait. On les pique vivantes et on les laisse dans une boîte à fond de liège, les pattes posées sur le fond, afin qu'elles se débattent moitis. On peut imprégner l'épingle d'une décoction concentrée de tabac qui les empoisonne, ainsi de jus de pipe. Pour les très-gros Lépidoptères, Sphinx, Ijombyx, Noctuelles, un très-bon moyen de les tuer et d'empêcher leur altération par les longues convulsions de l'agonie, est d'enfoncer dans le thorax une longue aiguille de cuivre ou d'argent, métaux très- bons conducteurs de la chaleur, et d'en chauffer l'extrémité libre à la flamme d'une lampe à alcool ou d'une bougie, en tenant entre les doigts le thorax de l'Insecte et l'empêchant de battre des ailes; au bout de quelques instants d'échaufl'ement interne, la mort survient. On retire aussitôt l'aiguille insecticide. Un grand nombre de Noctuelles se trouvent endormies sur les troncs des arbres ou sur les murs : on cherche souvent à les piquer sur place. L'épingle ordinaire glisse aisément sur leur tho- rax ; on se servira alors d'une forte aiguille d'acier à pointe très-aiguë, à laquelle on substitue ensuite l'épingle. On peut aussi, selon le conseil de M. Bellier de la Chavignerie, employer un système de trois aiguilles d'acier dont les têtes sont encastrées au moyen de cire dans un tuyau de plume. On maintient ainsi en place les espèces les plus vives, et on les pique aisément. il y a plusieurs genres de chasse spéciaux aux Lépidoptères nocturnes et que nous devons décrire avec soin, car ils donnent un moyen bien plus simple, et surtout plus général, que la recherche et l'éducation des chenilles, pour se procurer un grand nombre d'espèces qu'on ne rencontre presque jamais dans les explorations ordinaires. Dans la chasse dite à la lanterne, on place dans les jardins, au milieu des bois, des lampes à globe de verre ou des lanternes. 11 estbon d'étendre des draps au-dessous, afin d'éclairer par dilfusion l'espace environnant. Beaucoup de Papillons de nuit, et surtout les mâles, sont attirés par les ciiAssE i:r ccNsiinvAiioN. 161 (euv, sansdoulc par quelque dépendance de la Ibuction de génération. Ou capture au filet les Insectes attirés. On peut encore disposer une lumière dans un pavillon isolé, un kiosque au centre d'un jardin, une hutte de garde dans les bois, en laissant les fenêtres ouvertes. On trou- vera le lendemain matin beaucoup de papillons engourdis sur les murs de la salle. Depuis l'éclairage au gaz de certaines grandes promenades publiques, ce genre de chasse est devenu très-facile le soir, autour des candélabres. Les amateurs anglais prennent beaucoup de Phalénides, abondantes dans leur' pays brumeux, autour des becs de gaz des parcs. Nous recommanderons près de Paris les candélabres de l'allée qui va d'Auleuil à Boulogne, à travers le bois; ceux de la route de Sèvres et de Saiut-Cloud, le long de la Seine ; ceux des chemins stratégiques des Ibrtifications. On peut se contenter d'aller de grand matin chercher les insectes engourdis contre les vitres de la lanterne ou contre le socle. Il est très-curieux d"y rencontrer un nombre considérable de petites femelles aptères des genres Hibernia, Phigulia, etc., dans les mois de novembre et décembre, de février et de mars. Elles ont dû y grimper de l'intérieur des tailhs voisins, ou bien y ont été amenées accouplées par les mâles ailés. Ce genre de chasse réussit en toute saison. Une autre chasse, nommée à la miellée, est spéciale pour les Noctuelles et pour les Phalénides, in- sectes pourvus d'une spiritrompe et avides de matières sucrées. Cette chasse ne donne de résultats très-avantageux que dans les mois de sep- tembre et d'octobre, alors que les fleurs qui attirent ces Insectes au prin- temps sont devenues rares. Au coucher du soleil, on enduit le tronc de plusieurs arbres voisins avec du miel de qualité inférieure ou de la mélasse, en étendant d'iin peu d'eau la matière sucrée, qu'on doit choisir forte- ment odorante. On vient inspecter de temps à autre à la lanterne les arbres ainsi enduits, et l'on y trouve les Insectes si occupés à humer le miel, qu'ils se laissent aisément précipiter dans le filet ou piquer sur place. (Ji^i^nd on opère cette chasse en rase campagne, où il n'y a que des plantes basses, on dispose plusieurs piquets, avec des cordes de l'un à l'autre, et l'on recouvre de miel cordes et piquets. Il est bon de choi- sir les iiuils calmes et sans lune, dont la lumière blesse et elîarouche les Noctuelles plus encore que la lumière solaire. A l'arrière-saison, les raisins très-mûrs en espalier attirent lesiNoctuelles, de même les arbres dû l'on a reconnu l'existence de nombreux Pucerons à sécrétion sucrée. On doit les inspecter à la lanterne, le filet de l'autre main. Les grandes espèces de Nympliales sont fortement attirées par les odeurs ammoniacales. On réussira à les faire descendre en abi)ndatue du haut des arbres, en répandant sur le chemin du fumier gras des bergeries, qui est très-odorant. Les Bombycites, qui ne mangent pas, ne peuvent être rassemblés, comme les genres précédents, parl'attrail de substances sucrées ou pourries. Quand on pourra se procurer une fe- melle non fécondée de ce groupe, soit d'éclosion, soit autrement, il faul cniAUD. 11 162 INTRODUCTION. la suspendre dans une pelile cage de gaze, au milieu des bois, des jar- dins ou des champs, selon l'espèce. On est certain de prendre autour de cette cage de nombreux mrdes, appelés parfois à d'énormes distances par l'instinct de la reproduction, qui est devenu le seul appétit de ces Insectes à bouche atrophiée. Les pays de montagnes procureront aux amateurs des espèces qu'on chercherait vainement dans les plaines de nos climats. La chasse dans les montagnes présente cet attrait particulier qu'en s'élevant de quel- ques centaines de mètres, on trouve des espèces différentes (ce que nous disons ici des Lépidoptères se généralise pour les autres ordres). A me- sure qu'on s'élève, se montrent successivement les espèces qui appa- raîtront dans les plaines lorsqu'on s'avancera vers le cercle polaire arc- tique et au delà. Les montagnes moyennes, comme les Vosges et les causses de la Lozère, nous offriront les Parnassiens à la région des Rho- dodendrons. Le groupe des Érébies ou .Satyres nègres est exclusif aux montagnes d'une certaine élévation, ainsi que diverses Coliades et Argynnes ; et contre les neiges perpétuelles volent les Chionobas aux couleurs nébuleuses et comme pâlies par le froid. Ces Insectes corres- pondent aux Graminées, principale végétation des altitudes extrêmes. Les jeunes amateurs feront bien, s'ils ne peuvent voyager eux-mêmes, de recommander à leurs amis de capturer tout ce qu'on trouvera à partir de'cerlaine hauteur ; ce sera nouveau. La chasse des petites espèces, ou Microlépidoptères, nécessite quel- ques conseils particuliers. Il est indispensable de se servir pour eux du llacon anesthésiant, car il ne faut pas songer à les tuer en les pressant entre les doigts , on détacherait nécessairement quelques-unes de leurs pattes si délicates et l'on enlèverait une partie de leurs écailles pareilles ;\ la plus fine poussière. Si on les trouve engourdis sur les feuilles ou sur les branches, on peut les faire tomber immédiatement dans le flacon. S'ils volent, on les prend au filet et l'on introduit dans celui-ci le flacon. Il y a quelques genres de ces petites espèces qui volent pendant le jour : ainsi les Adèles aux longues antennes d'argent, dont les légions clincellent sur les buissons par les belles matinées du printemps ; les Diurnées, qu'on trouve sur les troncs d'arbres ; les Plalyomides, qui se tiennent dans les feuilles sèches ; mais la plus grande partie ne de- viennent actives que le soii*. En général, la même espèce abonde en in- dividus ; mais rien de plus circonscrit que la distribution de ces débiles hisectes, qui, faibles voiliers, s'écartent peu des plantes où vivaient leurs chenilles. Nous avons peu de chose à ajouter aux préceptes généraux déjà in- diqués pour la préparation des Lépidoptères en collection. Les espèces à abdomen volumineux ont l'abdomen sujet à se briser, surtout quand on transporte les boîtes, et les fragments, qui roulent, outre qu'ils s'al- tèrent, peuvent briser des ailes et des pattes. M. Bellierde la Chavignerie conseille fortement d'introduire sous la tête de l'Insecte, frais ou ra- CHASSE ET CONSEUVATION. 163 riKiIli, .111 moyen d une aiguille très-longue et ir'"'S-tin(!, un iil qu'on lail lossoi'lir par l'exlrémilé de l'abdomen ; puis on coupe C(! fil aux deiiv bouts, près de la tête et à l'extrémité du corps, l'ar ce moyen, l'ubdomen se trouve étroitement soudé au corselet. 11 est bon de trem- per ce fil dans une solution arsenicale ou dans une ibrte décoction de tabac, ce qui éloigne, au moins pour un certain temps, les Insectes destructeurs. On recommandera aux correspondants exotiques, qui envoient les magnifiques Papillons tropicaux, de détacher les abdomens des mâles, qui peuvent amener rapidement le graissage des ailes aux splendides couleurs. Cette précaution est prise d'habitude pour le magnifique Morpho Ctjpris des environs de Santa-Fe de Bogota. On recolle ensuite ces abdomens séchés ou vidés et passés à l'alcool sublimé. La préparation des Microlépidoptères est délicate, à cause de leur té- nuité. iM. Fologne recommande avec raison les soins que voici: On pique le petit Papillon, renversé sur le dos, entre les pattes de la première paire, au moyen d'une épingle à deux pointes ou du fil de platine. Cette opération est la partie la plus difficile ; on doit se servir d'une loupe si l'on n'a pas la vue très-perçante. Le dos de l'Insecte doit être appuyé sur un petit rectangle de papier glacé qu'on pique en même temps, et qui servira à proléger la fine pubescence du thorax, ou mieux dans la rainure du billot de moelle. Les étaloirs sont formés de deux lames de cristal de même épaisseur, avec papier blanc collé au-des- sous, adaptées sur une planchette, et offrant, dans leur étroit intervalle proportionné au corps des Mirrolépidoptèrcs, une bande de moelle de sureau. On étale les Papillons retournés, c'est-à-dire le dessus des ailes touchant les lames de cristal. On déploie les ailes en soufflant légère- ment d'arrière en avant; on les met en place avec une très-fine pointe d'aiguille, et l'on applique dessus de petits carrés de cristal. Le papier est toujours trop rugueux pour pouvoir être employé, et, comme les fortes nervures des ailes font saillie en dessous, il y a prise pour la pointe sans les percer. Avec de l'habitude, on arrive à étaler les plus petites espèces. Il y a quelques amateurs qui mettent les Papillons en album. Les uns coupent les ailes et les antennes, les collent et peignent le corps dans l'intervalle ménagé. On préfère beaucoup ordinairement opérer un dé- calquage des brillantes écailles des ailes. On place les ailes coupées sur le pa[ùer \élin, qui a été enduit au pinceau d'une dissolution dans l'eau de belle gomme arabique à laquelle on a ajouté un peu de sel de cuisine. (»n a laissé entre les ailes la place exacte du corps. On re- couvre le tout d'une feuille de papier de soie très-fin et très-lisse, puis d'une feuille de carton glacé, et par-dessus on met une planche chargée d'un fort poids, ou bien on comprime avec une petite presse à vis, comme celle qu'on emploie pour serrer et sécher les plantes dans les herbiers. Puis on découvre les ailes, et, avec un instrument délié et Hik INTRODUCTION. pointu, un enlève duucement la membrane de celles-ci, de sorte que le papier conserve adhérentes les écailles seulement. On a soin de des- siner et de peindre le corps, les pattes, les antennes. On peut coller celles-ci en nature. Les albums de Papillons ainsi appliqués sont bien plus commodes à manier que les boîtes et tiroirs et non soumis aux causes habituelles de destruction; mais il n'est pas besoin de longues explications pour faire comprendre qu'une collection ainsi entreprise ne peut être qu'un agréable sujet d'amusement, et non l'objet d'une véritable étude scientifique. L'ordre des Hémiptères, quoiqu'il soit loin d'être l'objet de collections aussi fréquentes que les Coléoptères et les Lépidoptères, est recherché par d'assez nombreux entomologistes. Il partage avec les Coléoptères l'avanlage d'une facile conservation pour presque tous ses groupes. On se borne, pour les Hémiptères hétéroptères, à piquer les sujets au milieu du thorax, sans étalage des ailes; celui-ci n'est usité que pour la plu- part des Homoptères. Enfin, si l'on se contente, comme c'est le cas le plus habituel, des espèces d'Europe, le nombre des sujets à recueillir est assez restreint, et l'on peut réunir une intéressante collection sans grande dépense pour le nombre des boîtes ou tiroirs, sans qu'elle exige une place considérable. Ces considérations pécuniaires sont de nature à faire réfléchir beaucoup d'amateurs avant d'entreprendre une collec- tion d'un ordre qui, par le nombre des espèces, peut amener, avec le temps, d'assez grands frais. Cette dernière remarque s'applique aussi aux ordres, assez peu nombreux en espèces d'Europe, des Orthoptères et des Névroptères ; mais leur préparation et leur conservation offrent plus de difficultés que pour les Hémiptères. La chasse aux Hémiptères se fait au moyen du filet et de la nappe. On place celle-ci au milieu d'une clairière entourée de hautes herbes ou d'arbustes, et l'on bat les végétaux tout autour, de manière que les Homoptères sauteurs viennent se rassembler sur la nappe. Le filet sert à prendre au vol beaucoup d'Iiétéroptères. On ramasse en général à la main les Punaises de bois. On peut aussi se servir du fauchoir pour rassembler les om- belles et les capitules, dans lesquels sont tant d'Insectes. Ce filet sert à pêcher dans la vaae les Hydrocorises ou à enlever à la surface de l'eau les Hydromètres et les Gerris. Enfin, le parapluie, au-dessus duquel ou bat les branches et dans lequel on jette les feuilles sèches, est égale- inent utile. Les Hémiptères sont introduits, comme les Coléoptères, dans des flacons avec rognures de papier imbibées de cliloroforme ou de benzine, et de la sciure sèche de bois blanc pour enlever toute humi- dité. De petits tubes servent à emporter isolément les espèces de faible taille et molles, comme les Pucerons et les Coccus, en ayant soin d'in- scrire sur le bouchon du tube, ou sur le papier qui l'enveloppe, ou sur une étiquette collée d'avance, le nom de la plante sur laquelle l'espèce a été récoltée. L'écorçoir et la fumée de tabac lancée à la pipe sont bons pour se procurer les espèces qui se cachent dans les fissures des arbres. CriASSK ET CONSERVATION. K)") F.a chasse des Hémiptères est très-inégalcmeiit rrucdieuse, selon les saisons. Les larves et nymphes vivant assez longtemps, e( la plupart des espèces n'ayant qu'une génération par an, c'est l'arrière-saison, septem- lirn et octobre, dans les environs de Paris et dans le nord de la France, qui fourniront le plus grand nombre d'espèces à l'élal adulte. En juin, juillet et août, on peut déjà capturer une certaine quantité d'Hétéro- ptères adultes, et la plupart des Homoptères apparaissent à cette époque. Il l'aut examiner les sablières, fouiller les touffes d'herbes, le dessous des mousses arrachées , en ayant soin d'enfumer pour faire sortir les Insectes qui se dérobent aux regards. Le bord delà mer, les rives des cours d'eau caillouteux, fournissent des espèces spéciales. Au mois de mars surtout, on doit visiter les fourmilières. On y trouve des Tettigo- mètres (Homoptères), ainsi que diverses espèces d'Hétéroplères. L'hiver permet la récolte d'espèces qui passent cette saison engourdies dans les mousses, les feuilles sèches, les fagots, sous les écôrces, etc.; mais il est i)lus simple d'attendie l'été ou l'automne pour se les procurer actives. Nous voyons donc que^ pour la majorité des Hémiptères, les époques de (•liasse sont beaucoup plus limitées que pour les autres Insectes. Il y a deux groupes, les Aphidiens et les Gallinsectes, qui demandent des indications toutes particulières. Ces petits Homoptères dégradés se déplacent peu , et le tout est d'examiner les végétaux qu'ils sucent. Leur petite taille est la principale difficulté. Comme ces Insectes sé- crètent des liqueurs sucrées qui attirent les Fourmis, on devra obser- ver avec soin la marche des Fourmis sur les feuilles et les écorces, et l'on sera conduit à s'emparer d'espèces quelquefois très-difficiles à aper- cevoir. C'est à l'arrière-saison, quand les froids vont commencer, qu'on trouve les mâles ailés des Pucerons, du moins pour beaucoup d'espèces; la saison chaude n'oiïre que les femelles aptères